28 septembre 2010

Jerôme, Sedona etc...

Premier arrêt sur la route qui mène vers le Nord de l'Arizona : Jerôme, une ancienne ville minière, devenue ville fantôme pour touristes en mal d'histoire.



Deux adresses à ne pas manquer, l'hôtel Connor et son bar du rez-de-chaussée, le Spirit room, et le Mile High Grill, un peu plus loin sur la même rue. Le premier pour y boire une bière, le second pour y déjeuner.








Altitude de ce dernier : 5280 pieds comme il est écrit sur le mur, soit exatement 1 mile et, approximativement, 1610 mètres.





Les deux bars sont ardemment fréquentés par les "bikers" qui descendent de leurs Harley Davidson et autres rutilants engins, le temps d'un déjeuner rapîde ou d'une bierre (sans alcool!)







T-shirts noirs, bandanas autour du cou, tatouages impressionnants : ils sont peut être avocats ou chirurgiens la semaine, mais le dimanche, ils entretiennent le mythe !




Un peu plus loin su la route, Sedona, une oasis verdoyante comme il se doit au milieu de roches rouge sang; quelques villas se devinent à peine, soigneusement dissimulées dans la végétation.
Sedona, c'est le royaume des retraités fortunés, mais aussi celui des New-Agers !

Le New Age est défini par Wikipedia comme "un courant spirituel occidental des XXe et XXIe siècle caractérisé par une approche individuelle et éclectique de la spiritualité."
Un mouvement issu de la génération Peace and Love. Hair, Aquarius, l'ère du Verseau .... Qui s'en souvient ?
Un passage au Crystal store, grand magasin métaphysique (!) nous en a appris beaucoup, sur les accessoires de ce "bricolage syncrétique de croyances et de pratiques" :
Les cristaux pendulaires étaient très beaux et sans même lui demander une réponse à mes questions existentielles, j'en aurais volontiers suspendu un à mon cou; la photo de l'aura malade puis réparé très impressionnante, bien que ce halo de lumière m'ait paru relever de l'efficacité de Photoshop plus que de tout autre effet magique ; les "dreamcatchers" empruntés aux Indiens, mignons comme tout. Quant au Vortex, j'en suis encore à me demander à quoi peut bien correspondre ce tourbillon d'énergie et surtout pourquoi il serait plus intense à Sedona qu'ailleurs.

A moins que les falaises rouges qui entourent la ville et les formes curieuses que prennent parfois les roches, les branches d'arbre ou les vieilles racines n'aient un effet délétère sur les esprits, qui finissent par voir des mystères partout.

















L'escalier vers le 7e ciel ?






La porte du paradis... ou de l'enfer ?



Et la toute puissance de l'aigle ?
Mais celui-ci de toute évidence a été crée par la main de l'homme !

27 septembre 2010

Old Beauties

De Phoenix à Santa Fe la route est longue. Heureusement, nous ne la faisons ni à pied, ni à cheval, comme les cow-boys d'autrefois !


Pas non plus, hélas, dans une de ces vieilles voitures, rutilantes et démesurées qui ont fait la gloire des années 50, mais auraient bel et bien disparu sans la passion de quelques collectionneurs qui non seulement les restaurent avec soin, les entretiennent avec tendresse, mais les font rouler !




































Nous n'avions hélas à notre disposition qu'une vulgaire Suzuki de location, mais vieille Américaine ou petite Japonaise, le ciel est le même pour tous : immense ! Et la route infinie.....


26 septembre 2010

Heard Museum in Phoenix

Le musée Heard est consacré à l'art des "native americans" puisque c'est le nom par lequel les Indiens souhaitent désormais être appelés.



C'est un joli musée, installé dans un bâtiment de style colonial espagnol (!) qui permet de se faire une idée de la créativité de ces peuples, si longtemps tenus à l'écart. Collections historiques et collections contemporaines sont juxtaposées ce qui permet de repérer la part de la tradition et la part de l'innovation dans les oeuvres exposées.





















La collection de poupées Kachinas, qui fait depuis longtemps la gloire du musée est particulièrement intéressante et permet de voir l'évolution des techniques de scultpure sur une bonne centaine d'années. Pour ma part je préfère les plus anciennes, encore rudimentaires, aux plus récentes qui ressemblent un peu trop à des figurines de jeux vidéo !




Dans la mythologie des Indiens Hopi ou Zuni, les kachinas représentent des esprits, bienfaisants ou peut-être malfaisants. Ces esprits sont également incarnés par des danseurs masqués et costumés, pendant les fêtes rituelles destinées à obtenir la protection de tel ou tel esprit. Les poupées sont offertes aux enfants pour les aider à se familiariser avec les mythes et les croyances de leurs ancêtres. Des objets éducatifs en quelque sorte.

Les Kachinas sont taillées dans du bois puis peintes et ornées de perles et de plumes. André Breton, a été le premier Européen à s'y intéresser; il a entraîné derrière lui la horde des collectionneurs. Quasi introuvables dans les années 60, elles remplissent désormais les vitrines des boutiques, breloques pour touristes ou oeuvres d'art signées par leur auteur. A chacune son prix bien entendu !

25 septembre 2010

24 septembre 2010

Le jardin botanique de Phoenix

A tout Seigneur, tout honneur !
Le saguaro, plante emblématique des déserts du Sud-Ouest américain, symbole de l'Arizona.
Pas de carte postale sans saguaro, pas de western sans saguaro, pas de Lucky Luke sans saguaro.

Le voici donc en majesté !

Solitaire ou en famille ! Mais je vous éviterai le saguaro sur fond de soleil couchant !








J'aurais bien aimé voir ses fleurs, qui profitent de la faîcheur de la nuit pour s'ouvrir et meurent au milieu du jour. Mais il aurait fallu que je vienne en Mai.


Tant pis ! Même en Septembre, le jardin botanique de Phoenix est un régal ! Entourées de collines sèches et rocailleuses couvertes de saguaros, il propose aux visiteurs une extraordinaire variété de cactus : des petits, des gros, des ronds, des pointus, des rampants, des suspendus...


Certains, malgré leur nom, ne sont pas vraiment une invite à s'asseoir !



Certains sont en fleurs, d'autres portent des fruits.




















Mes préférés sont les chollas, si beaux à contre-jour mais si trompeurs ! En particulier ceux que l'on surnomme "teddy bears" ou "jumping chollas", parce que de loin ils ont l'air de gros jouets en peluche, mais sont de redoutables compagnons : pour se reproduire ils n'ont rien trouvé de mieux que de détacher un de leurs tubercules qui s'accroche à celui qui a commis l'erreur de s'approcher d'un peu trop près, animal ou ... être humain ! Ensuite, pour s'en défaire c'est une autre histoire.

23 septembre 2010

James Turell et Robert Indiana

James Turrell est un sculpteur de lumière.
La pièce présentée au Smoca est d'une simplicité et d'une efficacité totale : une salle ronde, des murs de béton, une ouverture qui découpe dans le ciel un rond de lumière et dessine sur le mur ou le sol un deuxième cercle. Ciel bleu, cercle blanc. James Turrell joue avec la lumière mais aussi avec le temps qui s'écoule et modifie imperceptiblement la couleur du ciel. Il suffit que passe un nuage pour que l'oeuvre change,toujours semblable à elle-même, mais jamais la même exactement ...


Perception de la lumière et du temps, l'installation du Smoca est intitulée : Knight Rise ce qui permet à James Turrell de jouer avec les mots autant qu'avec nos sens. Mais si Edward Hopper n'avait déjà utilisé le titre, la pièce aurait aussi bien pu s'appeler Soleil dans une pièce vide.

A la sortie du musée, juste devant le Civic center est installée une sculpture très emblématique des années 70 : Love de Robert Indiana. Une oeuvre que les gamins de Scottsdale se sont appropriés sans se laisser intimider par les grands idéaux de leur aînés.
Tant mieux ! Trop de respect tue l'art. Il doit pour rester vivant rester familier pour que chacun puisse se l'approprier à sa façon.


22 septembre 2010

SMOCA

Scottsdale Museum Of Contemporary Art : Smoca, nettement plus facile à prononcer.


A quelques miles seulement de Taliesin, ce n'était pas un bien grand détour. Et de toute façon, je résiste difficilement à un musée d'art contemporain.

Mais du musée j'ai surtout retenu un patio, véritable piège à lumière.

James Carpenter, le créateur de ce patio, a travaillé avec l'architecte du musée, William P. Bruder pour réaliser ce lieu magique.

S'agit-il de design, d'architecture, d'oeuvre d'art ? Cela n'a guère d'importance








Une structure d'une simplicité extrême, mais qui permet de capter la lumière et de jouer de toutes les couleurs de l'arc en ciel enclot une esquisse de jardin, plutôt qu'un vrai jardin.









Il est vrai que dans cet environnement désertique, il suffit de peu de choses, quelques cactus, quelques graminées, pour enchanter le regard.




Couleurs aquatiques, transparences, impression de fraîcheur....
Les apparences sont trompeuses. Le patio, en réalité n'est que feu !

























21 septembre 2010

Frank Lloyd Wright

S'il est un lieu mythique pour les admirateurs de Frank Lloyd Wright, c'est bien Taliesin West, où il s'est installé dans les années 30 avec ses étudiants.


Conçu au départ comme un simple campement au milieu du désert, le Taliesin que l'on visite aujourd'hui a gardé les traces de ses origines : des bâtiments bas, très bas, tout de pierre et de bois, massifs quand on les voit de l'extérieur mais très lumineux de l'intérieur puisqu'au départ Wright n'avait pas prévu de toit mais de simples bâches qui devaient protéger les résidents du soleil (mais certainement pas de la poussière ni du vent !). Il a fallu, dit-on, toute la conviction de sa quatrième épouse, la plus tenace, pour qu'il accepte de vitrer les bâtiments et de trouver une solution plus adéquate pour le toit.


La totalité des bâtiments a été construite par les étudiants de Wright, qui en maniant pelle et truelle, apprenaient le métier plus sûrement que dans les livres. Des cailloux et du sable, rien que des matériaux trouvés sur place. Mais quel labeur ! Nous avons visité le site dans la chaleur étouffante du désert et dans la clarté éblouissante de midi. Ce qui nous a permis d'imaginer à quelle discipline étaient soumis les élèves de Wright. Ce dont notre guide, ancien élève de l'école d'architecture ne semblait aucunement se plaindre.

Mieux que n'importe quel autre bâtiment de Wright, et mieux que ses discours, Taliesin West permet de comprendre ce qu'il entendait par "architecture organique" : une architecture qui s'efforce d'établir entre la nature et l'homme un lien harmonieux, en satisfaisant les besoins de l'un sans dénaturer la première. Facile à dire peut-être; moins facile à réaliser !
L'école d'architecture fondée par Frank Lloyd Wright continue de fonctionner. Parmi les obligations des étudiants il y a celle de participer au Shelter Construction Program.
"An example of this aspect of the curriculum is the Shelter Construction Program, which challenges students to design and build small structures as case studies of how materials come together, how they withstand severe environmental conditions, and how the project realization can happen with resourcefulness and invention. The shelters form a core component of the housing stock for enrolled students. "


Nous n'avons malheureusement pas eu l'occasion de visiter ces "abris", mais on peut s'en faire une idée en allant sur le site de l'école.

J'aurais bien aimé aussi déjeuner sur place, dans la salle à manger aux chaises bleues, ouverte sur le désert, mais elle n'est pas accessible au public. Dommage !


19 septembre 2010

Back to the USA


De retour, une fois de plus, dans ce pays qui ne cesse de me fasciner, année après année, voyage après voyage !

On the road again, again ...

Parce qu'il y a toujours, au bout de la route, qu'elle soit "highway" ou "dirt road", quelque chose à découvrir.
Parce que le pays est trop grand pour qu'on en fasse le tour un un seul voyage.
Parce que la réalité, aussi cruelle soit-elle ne suffit pas à tuer le mythe.

De Phoenix (Arizona) jusqu'à Kansas City (Missouri), en passant par Santa Fe (New Mexico) et Wichita (Kansas) me voici repartie sur les routes américaines.


07 septembre 2010

Cinéma d'ailleurs

Hasard des progammations, je viens de voir successivement un film mexicain, Norteado, un film chinois, La Rivière Tumen, un film coréen, Poetry. Et je me souviens d'avoir vu, il n'y a pas si longtemps un autre film coréen, Mother.
Si chacun de ces films est en lui-même intéressant, ce sont les rapprochements que j'ai pu faire entre les uns et les autres qui m'ont particulièrement intéressée.

Ainsi Poetry de Lee Chang-Dong suit dans sa vie quotidienne une vieille dame, un peu perdue, qui s'inscrit à un cours de poésie pour essayer de rattraper les mots - et avec eux le monde - qui lui échappent. Elle a la charge de son petit-fils, adolescent déliquescent, impliqué dans un viol collectif, ce dont la vielle dame prend peu à peu conscience. Le film a bien quelques longueurs, et les leçons de poésie m'ont vite lassée, sans doute parce que le réalisateur semblait parfois hésiter entre deux sujets. Le vrai sujet à mes yeux est le chemin que doit parcourir la vieille dame pour en fin de compte, dénoncer son petit fils et donner à sa conscience la priorité sur son amour grand-maternel. Alors que Joon-ho Bong dans Mother choisissait pour son personnage l'option inverse : mère d'un enfant handicapé mental, coupable d'un meurtre, elle va elle-même jusqu'au meurtre pour sauver son enfant.
Loi morale contre instinct maternel, voilà le dilemme auquel nous confrontent ces deux films. Et la réponse est loin d'être évidente.














Dans Norteado et La Rivière Tumen, il s'agit de tout autre chose, mais une fois encore les deux films se font écho. Pure coïncidence.
Dans le premier, des clandestins mexicains essayent de franchir la frontière des Etats-Unis; dans le second, des clandestins nord-coréens profitent de ce que la rivière est gelée pour la traverser et trouver en Chine la nourriture dont ils manquent si cruellement. Rigoberto Perezcano est mexicain, Zhang Lu est chinois. Sur un tel sujet, ils auraient pu faire un film d'action aussi noir que spectaculaire. Leurs films sont noirs effectivement - comment pourraient-ils en être autrement ? - mais ils sont quasi intimistes. Dans Norteado le réalisateur souligne la tranquille désespérance de ceux qui malgré leurs échecs successifs, persistent dans leurs tentatives. Dans La Rivière Tumen le réalisateur montre comment, par la faute d'un seul, la méfiance et la haine s'insinuent entre les habitants des deux rives, hier encore solidaires.
Alors que la question de l'immigration se pose chaque jour de façon plus aigüe, ces deux films arrivent à point nommé pour aiguiser notre réflexion.














06 septembre 2010

Le grand projet encyclopédique

- On commence par quoi pour le XVIIIe siècle ? Voltaire ou Rousseau ?
- Ni l'un ni l'autre : Diderot !
- Diderot ? Vraiment ? Tu crois qu'il fait le poids à côté des deux autres ?
- Absolument ! Ne serait-ce que parce qu'il a un petit quelque chose de plus que les deux autres : écrivain, philosophe et ... encyclopédiste !
- Un petit quelque chose en moins aussi : il n'a pas d'adjectif attaché à son nom ! Les partisans de Voltaire sont voltairiens, ceux de Rousseau sont rousseauistes, et les admirateurs de Diderot, comment les appelle-t-on ? Il n'a pas d'admirateurs ?
- Raison de plus pour s'intéresser à lui. Pendant que Voltaire et Rousseau se traitaient de tous les noms d'oiseaux, Diderot cent fois sur le métier remettait son ouvrage, moins soucieux de sa gloire que de l'instruction du public.
- Ouille ! Je crains le pire... Tu vas encore me parler d'é-du-ca-tion !
- Evidemment ! Tu connais une meilleure cause, toi ?
- Certainement pas ! Aucune objection votre honneur. Je connais les slogans par coeur : L'instruction pour tous. Seule l'éducation pourra faire avancer l'humanité. Instruisons, éduquons, il en restera toujours quelque chose ! Et ... et je suis d'accord avec toi puisque je frétille d'impatience à l'idée de t'écouter !
- Diderot donc, né un an après Rousseau, mort la même année que Voltaire !
- Ah, quand même ! Tu ne les sépare pas...
- Vers 1747 - il avait donc...
- ?
- 34 ans. Il est sollicité par l' éditeur Le Breton pour traduire une encyclopédie anglaise parue en 1728. Cyclopedia or Universal Dictionary of Arts and sciences et assez vite, sous sa direction, le projet devient beaucoup plus important. Immensément important : il y a consacré 25 ans de sa vie, a travaillé avec une véritable armée de collaborateurs ...
- parmi lesquels Voltaire, Rousseau ...
- oui mais aussi le chevalier de Jaucour, D'Alembert, le baron d'Holbach...
- tous des "de", des aristos ?
- pas seulement! Il y avait aussi des bourgeois et même des artisans. Des étrangers aussi. Une armée te dis-je : plus de 150 personnes toutes engagées dans la diffusion du savoir. Parce que l'Encyclopédie c'est avant tout une grande entreprise de vulgarisation.
- Vulgarisation, vulgaire ... je croyais que les vrais scientifiques tordaient un peu le nez devant le mot.
- Les pédants peut-être ! Vulgariser une connaissance c'est tout simplement la mettre à la portée des gens ordinaires, du commun des mortels, vulgus en latin ! C'est permettre à tout un chacun de mieux comprendre comment fonctionne le monde. Tiens, voilà ce que Diderot écrivait dans le prospectus destiné à trouver des souscripteurs pour financer le projet.
« Le but d'une encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre ; d'en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous; afin que les travaux des siècles passés n'aient pas été inutiles pour les siècles qui succèderont; que nos neveux devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux; et que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain »
- Dis donc, ça ressemble pas à de la globalisation, ce projet encylopédique ?
- Ooooops ! laisse tomber ce jargon ! Globalisation est un mot fourre-tout, un mot qu'on met à toutes les sauces.
- Pourtant "rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre", c'est bien un projet "global", non ?
- "universel" plutôt, puisqu'il s'agit de transmettre les travaux des siècles passés aux hommes du présent et du futur. Un projet universel, à la différence d'un projet global, a une double dimension : spatiale et temporelle !
- Diderot est donc un universalistes, pas un globaliste.
- En effet. C'est quelqu'un qui s'adresse à tous les êtres humains, sans distinction.
- Et ses neveux ? Qu'est-ce qu'ils viennent faire là ?
- Ah, ces neveux .... plus instruits, plus vertueux, plus heureux .... Ils viennent compliquer l'histoire. Par "neveux" Diderot entend les générations à venir et il suppose...
- Que la vertu et le bonheur sont proportionnels à l'instruction. C'est un peu gros non ? Parce que je connais moi, des tas de gens très diplômés qui ne sont pas très vertueux, et des tas de gens qui n'ont pas de diplômes et n'ont pas l'air malheureux pour autant !
- Sans doute ! Et il n'est pas question de faire des statistiques. Le mot important dans la phrase de Diderot, c'est l'adverbe de comparaison "plus", qui suggère l'idée d'une progression de l'humanité vers le Bien et vers le Bonheur. Tu vois, on retrouve les majuscules chères à Platon et aux philosophes de l'Antiquité. Comme la plupart des philosophes du XVIIIe siècle, Diderot était persuadé que l'instruction était un facteur de progrès pour l'humanité.
- De progrès technique peut-être, mais progrès moral ?
- Pour Diderot, en tout cas, l'un ne va pas sans l'autre.
- Et pour toi ?
- Et bien, ça se discute ...
- Tu n'as pas l'air de trop y croire.
- Mais si, mais si ! Mais on est encore loin du compte. Et il y a encore beaucoup, beaucoup de progrès à faire en matière d'éducation. Alors, comment juger des résultats quand la tâche est à peine commencée. 20% de la population mondiale est toujours analphabète! Et maîtriser l'alphabet, ce n'est que le premier pas sur un chemin qui n'en finit jamais, celui de l'acquisition des connaissances et de la réflexion critique. La réflexion critique surtout !
- Allez, on revient à l'encyclopédie parce sinon, que tu vas finir par faire "vieux jargeot" !
- Et bien, que veux-tu savoir de plus ?
- J'en sais rien : c'est toi qui sais ! Comment il s'y est pris ? Combien de temps il lui a fallu ? Est-ce qu'il en a beaucoup vendu ?
- Voyons voir... une armée de collaborateurs, chargés de rédiger des articles en fonction de leur compétence, évidemment. Et parmi eux, des dessinateurs, car le coup de génie de Diderot c'est d'avoir utilisé le dessin pour mieux faire comprendre, le fonctionnement d'un métier à tisser par exemple. D'ailleurs la publication des volumes de planche a sauvé l'encyclopédie au moment où les attaques contre le projet avaient obtenu son interdiction.
- Parce que le projet a été attaqué ?
- Oui, et pas qu'un peu. Car l'Encyclopédie était devenue dans les mains de Diderot, une arme redoutable contre l'obscurantisme. Imagine deux armées, celle des savants, des intellectuels, bien décidés venir à bout des croyances non fondées, des superstitions, des préjugés et de l'autre côté, le clan des dévots et des bigots bien décidés à ne rien changer. Ils s'agissait pour les uns d'obtenir l'autorisation de publier et pour les autres d'empêcher toute publication. Or ceux-ci avaient souvent l'oreille du pouvoir; mais ceux-là avaient pour eux la ruse et l'appui de Malesherbes, Directeur de la Librairie ...
- C'est-à-dire ?
- Le responsable de la censure. Il ne pouvait pas tout à fait faire ce qu'il voulait, mais il avait une certaine marge de liberté, et en a usé pour dissimuler chez lui les exemplaires de l'Encyclopédie dont la destruction avait été ordonnée.
- Waouou ! Pas mal ! Et la ruse ?
- Pas mal non plus : l'astuce consistait à glisser les propos les plus litigieux, les plus susceptibles d'attirer les foudres des censeurs, dans des articles apparemment anodins et de rédiger de façon anodine les articles les plus litigieux.
- Par exemple ?
- La critique la plus virulente sur les ordres religieux ne se trouve ni à "Capucin", ni à "Cordelier" mais à "Capuchon" auquel le précédent renvoie. Les propos les plus durs contre les superstitions sont dissimulés dans l'article sur "Agnus Scythicus", une plante ordinaire à laquelle on prêtait toutes sortes de pouvoirs miraculeux.
- Et ça a marché ?
- En partie oui, puisqu'au bout de 20 ans d'efforts acharnés 17 volumes de textes ont finalement été publiés ainsi que 10 volumes de planches; 24000 exemplaires ...
- Je suppose que pour l'époque, ça faisait beaucoup ?
- Sans doute, sans doute.
- Mais ?
- Mais il est difficile de mesurer l'impact de l'Encyclopédie sur les gens du XVIIIe siècle.
- Evidemment, sans Médiamétrie ... !
- Chacun des volumes coûtait en réalité très cher et de toute façon, la plupart des gens ne savaient toujours pas lire.
- Ouh là ! Tu ne vas quand même pas me proposer de lire les 17 volumes !
- Non, mais tu pourrais lire Jacques le Fataliste.
- Combien de pages ?

01 septembre 2010

Les couleurs et la lumière

Pour quelles raisons ai-je tant de plaisir à revenir à Arles chaque année ?
Les photos bien sûr ! Découvrir des photographes dont j'ignore tout, comme ce fut le cas cette année pour Giacomelli; approfondir la connaissance que j'ai de quelques autres, comme Peter Klasen, fasciné par l'univers industriel et qui se tient toujours à la frontière de la peinture et de la photographie. J'attends surtout du festival d'Arles qu'il me fasse découvrir les photographes de demain. Et sur ce point l'exposition intitulée ReGénération 2, organisée par le Musée de l'Elysée de Lausanne m'a comblée.





Les photos, oui bien sûr, mais pas seulement !

J'aime tout autant les lieux dans lesquels les expositions sont présentées.

D'autant que chaque année s'en ajoutent de nouveaux, comme cet hôtel en voie de restauration de la rue du Cloître. Ou le futur centre de traducteurs installé dans une partie rénovée du couvent Saint Césaire, avec, dans la cour, un subtil jeu de miroirs qui, sans qu'on s'en aperçoive, en double la profondeur.

Incontestablement, le côté "décalé" de ce festival me plaît beaucoup.


Et j'aime énormément la façon dont les organisateurs jouent des lieux pour présenter les expositions.

J'aime la façon dont ils introduisent de la couleur dans des lieux qui en sont, le plus souvent, dépourvus.









































J'aime la façon dont la lumière vient se glisser entre deux poutres ou deux persiennes. Cette lumière du midi, si violente, si crue qu'elle en viendrait presque à effacer les murs, si elle n'était d'une façon ou d'une autre, tamisée.