23 mai 2011

Atlantes et cariatides

Elles supportent sur leurs frêles épaules tout le poids d'un balcon, d'une balustrade, d'un chapiteau...


Pudiques ou impudiques, mais toujours impassibles, elles offrent leur nudité au regard des passants.


Longtemps elles ont été les figures préférées des architectes qui les ont multipliées sur les façades de Prague.



























A force de chercher j'ai bien fini par trouver quelques silhouettes masculines dont la tête semble ployer sous le poids de la charge à supporter, bien que leur musculature avantageuse semble les préparer, mieux que les femmes, à cette écrasante fonction.


Mais quelque chose me chiffonne ...
Ces cheveux crépus, cette chaîne attachée à un anneau... incontestablement, l'Atlante est un esclave.

Irai-je jusqu'à conclure que c'est sur le dos des opprimés, qu'ils soient esclaves ou femmes, que repose le poids du monde ?

Avouez pour le moins que le constat est troublant.













22 mai 2011

Un sgraffito, des sgraffiti

Un mot que je viens d'ajouter à mon dictionnaire.
Je connaissais "graf", et "graffiti", mais pas "sgraffiti" qui est apparemment un terme technique réservé à l'architecture. Il s'agit de gratter, griffer, égratigner, une couche de peinture (ou autre revêtement de façade) claire pour retrouver, en dessous, une couche de peinture plus sombre (ou l'inverse) et ainsi dessiner un motif.


Le motif peut être abstrait et par le jeu de la répétition, créer l'illusion du relief. Comme sur la façade du Palais Schwarzenberg.



Mais les motifs peuvent aussi bien être floraux et représenter toutes sortes de figures, animales, historiques, mythologiques... si bien que les façades "sgraffitées" finissent par ressembler aux pages d'un livre de contes.

L'ennui, c'est qu'à force de regarder en l'air, on se retrouve parfois le cou un peu tordu !

La même technique peut être utilisée pour décorer des palais somptueux, avec loggia à l'italienne !


... aussi bien que des immeubles plus ... "ordinaires", comme celui de la rue Janska.

L'essentiel étant alors d'assortir ses géraniums à la plaque indiquant le nom de la rue !

21 mai 2011

Le Jardin Vrtba

C'est un jardin secret, enfin presque, parce qu'il faut, pour y parvenir, franchir une porte-cochère, traverser une cour intérieure et pour finir, gravir quelques marches avant d'arriver au guichet qui donne accès au jardin.


C'est un jardin " à la française ", mais un jardin "suspendu" qui va de terrasse en terrasse. On y accède par des volées d'escaliers dont les balustrades sont ornées de statues. Parterres géométriques, bordés de buis taillés au cordeau; au centre de la première cour, un bassin et quelques poissons; un peu plus loin, une volière... Tout en haut du jardin, une dernière terrasse, permet de prendre la mesure du jardin et de contempler les toits de Mala Strana, le quartier dans lequel il se trouve.





A demi dissimulé derrière un vase Medicis, un "puto" à cul nu semble épier quelqu'un, quelque chose... Un touriste indiscret ? Marre qu'on le prenne en photo ? Mettez-vous à sa place ...




20 mai 2011

Les vrais livres de la bibliothèque Strahov

Des vrais livres, il y en a bien quelques uns dans la bibliothèque du couvent de Strahov.

Mais ils sont soigneusement mis sous verre et il n'est pas question d'y toucher !
















Encore moins de les feuilleter !
Dommage !
Il est vrai que la plupart de ceux qui sont présentés dans leur cercueil de verre, sont des livres religieux, des bibles pour la plupart, bien que celui-ci m'ait tout l'air d'un livre de voyage !

19 mai 2011

Les bibliothèques du couvent de Strahov

S'il ne fallait qu'une bonne raison pour aller à Prague, ce serait pour moi, sans conteste, la somptueuse bibliothèque du couvent de Strahov.
On commencerait par traverser le Pont Charles, et puis on monterait doucement par la rue Vlasska, calme et tranquille; on traverserait ensuite les grands vergers du monastère avant de se retrouver devant une grille entrouverte ... que l'on refermerait juste pour le plaisir de voir le motif qu'elle dessine alors.


On se perdrait un peu dans le dédale du monastère, juste pour le plaisir de retarder le moment de la découverte. De toute façon la bibliothèque est fermée entre midi et 13 heures, alors autant s'arrêter, le temps de goûter à l'apfelstrudel du café d'à côté.

Il y a, en réalité, deux bibliothèques dans le couvent de Strahov : la salle de Philosophie qui date du XVIIIe siècle, toute en boiseries et dorures, avec au plafond une immense fresque d'Anton Maulbertsch...


et la salle de Théologie, qui date elle du XVIIe siècle et pour laquelle j'ai une petite préférence, non pour ses stucs extravagants, mais pour sa collection de mapemondes !


Mais, s'il faut dire la vérité, la visite des bibliothèques de Strahov ressemble un peu trop à une arnaque.

D'abord vous n'avez pas le droit de pénétrer dans ces salles, juste de regarder par la porte où se pressent des dizaines de touristes aussi curieux que vous; vous êtes de surcroît attentivement surveillés par un cerbère (une, en l'occurrence, soucieuse de vérifier que vous portiez bien le badge vous autorisant à photographier); et comble de l'ironie, les livres sur les étagères ne sont que des trompe-l'oeil, des couvertures vides.

Je ne sais qui est le personnage à l'entrée de la salle, Diogène peut-être avec sa lanterne ? Il a en tout cas, l'air presque aussi déçu que moi. A moins qu'il n'ait simplement très mal aux dents !



Il y avait heureusement, dans une vitrine du couloir, quelques vrais livres ... enfin, je crois !

18 mai 2011

Statues pragoises

Sa statue domine la ville.
Mais de qui s'agit-il ? De Rilke ou de Kafka ? De Dvořák ou de Smetana ? De Kupka ou de Mucha ? De Jean Hus ? De Zátopek? De Vaclav Havel ? Et je n'ai même pas encore nommé un seul architecte !
Mais non ! L'homme dont la statue se trouve à l'entrée du Château n'est ni architecte, ni peintre, ni musicien, ni écrivain. Ni coureur de fond, ni théologien.
C'est Tomáš Garrigue Masaryk, qui après avoir proclamé en 1918 l'indépendance de la Tchékoslovaquie en devient le premier président en 1920. Un homme politique donc. Qui a tenu à ajouter à son nom, Tomas Masaryk, celui de sa femme, Charlotte Garrigue. Voilà pourquoi, sur le socle de la statue sont gravées trois lettres T. G. M.
Tomáš Garrigue Masaryk, un féministe ? Apparemment.

Des statues, à Pague, il y en a vraiment beaucoup. En particulier sur le Pont Charles, mais comme le pont est quasi inaccessible étant donné le monde qui s'y presse, je ne les ai pas beaucoup regardées. Certaines mériteraient sans-doute un bon décapage pour retrouver la couleur originelle de leur pierre. Mais les Pragois, apparemment, préfèrent les garder "en l'état".

Il y a donc, à Prague, toutes sortes de statues, des belles et des moins belles, des baroques et des modernes...


Des "Grâces" assez classiques ...















Des éphèbes plus ... nouveaux.

Et ...
un gros bébé joufflu, fessu, très contemporain, multiplié à trois exemplaires à côté du musée Kampa.


Vus de près, et de face, ces bébés géants feraient presque peur. Image d'une société devenue si mercantile que le code-barre tient désormais lieu de visage ? Image de notre déshumanisation à venir ?
Quoi qu'il en soit, dix de ces bébés de bronze sont déjà en train d'escalader la tour de la télévision tchèque. Prenez garde !

David Černý, l'auteur de ces surprenants "poupons" est un artiste pourvu d'un sens de la provocation et de la subversion particulièrement développé. Comme en témoigne son premier coup d'éclat : le char Joseph Staline, symbole de la libération de Prague par l'Armée rouge, repeint en rose (!) ou l'installation d'une statue du roi Venceslas, grand héros tchèque, sur un cheval mort suspendu par les pieds dans le passage Lucerna. Sans oublier cet étrange personnage accroché par une main à une poutre au-dessus d'une rue de Prague.

Et si quelque chose, dans le visage de l'homme suspendu, vous rappelle Lénine, ce n'est peut-être pas tout à fait un hasard.

D'ailleurs, pour peu qu'on lève le nez en marchant dans les rues de Prague, on découvre parfois d'autres icônes de l'ère soviétique, comme cette version de "l'ouvrier et la kholkozienne" sur la façade d'un immeuble de la rue Na Příkopě : à elle, la faucille; à lui le marteau.



















Les statues pragoises, en fin de compte, excitent notre curiosité, nous séduisent, nous amusent, mais il en est une qui nous émeut particulièrement. C'est le mémorial aux victimes du communisme, réalisé par le sculpteur Olbram Zoubek et les architectes Jan Kerel et Zdenek Hoelzel.



















Ces hommes de bronze qui se désagrègent peu à peu au fil de l'escalier parlent d'eux-mêmes.
J'aurais aimé visiter le Musée du Communisme, mais je n'ai pas réussi à le trouver. Il était pourtant bien précisé sur l'affiche qu'il se trouvait "au dessus de Mc Donald's" ! Ironie de l'histoire.


11 mai 2011

Animal Kingdom

Vautré sur un canapé devant la télé, un adolescent légèrement bovin, le regard vide; à ses côtés, une femme avachie. La première image du film surprend, mais l'on apprend rapidement que la femme n'est pas avachie, elle est morte.
D'une overdose !

L'adolescent désormais orphelin, est recueilli par sa "tendre" grand-mère et rejoint avec elle le clan familial, dont il découvre, en même temps que le spectateur les us et coutumes. Vite initié et mêlé à leurs trafics, il se retrouve dans une situation quasi cornélienne, contraint de choisir entre sa famille et la police, bien que celle-ci n'incarne pas plus le bien que ses quatre oncles.


Famille de dégénérés, flics pourris (à l'exception d'un seul !), David Michôd, le réalisateur pousse un peu la charge, mais accroche sans faiblir le spectateur jusqu'à la dernière scène.
On appelle cela un film noir, vraiment très noir ! Âmes sensibles s'abstenir...

10 mai 2011

L'homme d'a côté

L'homme d'à côté est un film à trois personnages, dont le premier est une maison, la seule maison dessinée par Le Corbusier en Amérique Latine.
Construite pour un médecin de La Plata qui souhaitait pouvoir exercer sa profession et résider au même endroit, la villa Curuchet a été achevée en 1954, mais n'a été habitée par ses propriétaires que pendant une dizaine d'années. Longtemps négligée, dégradée et quasi oubliée, elle a finalement été restaurée dans les années 80 et déclarée Monument Historique National. Elle est actuellement le siège de l'Association des architectes de la Plata.

Toute en blancheur, transparence et lignes épurées, elle incarne, dans le film de Mariano Cohn et Gaston Duprat la réussite professionnelle d'un designer, Leonardo, véritable caricature de l'intellectuel branché. Rien, ni dans sa maison, ni dans sa vie n'échappe à ses exigences esthétiques, pas même la musique, bruitale, expérimentale qu'il écoute avec componction. Dans son environnement tout est parfaitement assorti, méticuleusement harmonieux. Jusqu'à la robe de sa femme (tendance hystérique), jusqu'au T-shirt de son adolescente de fille (tendance autiste).


Car voilà, la perfection esthétique n'est pas la vie. Et lorsque le voisin de Leonardo, qui ne demande qu'à attraper "un rayocito de luz", perce un trou dans le mur mitoyen, le monde si parfait du designer se fissure.Car Victor, le voisin, a des façons de faire aux antipodes de celles de Leonardo. Il est jovial mais vulgaire, brutal, impulsif et surtout très très kitsch.

La confrontation des deux personnages et de leurs univers respectifs est absolument jouissive. D'autant que les réalisateurs poussent la caricature dans les deux sens. D'un côté l'intellectualisme, la recherche esthétique, l'aspiration vers le haut dirait Baudelaire, mais tant de froideur. Un univers mortifère. De l'autre la laideur, la vulgarité, la force brutale et quasi animale, mais quelque chose comme la générosité, l'instinct de vie.

Ne comptez-pas sur moi pour dévoiler ce qu'il advient "in fine" des deux personnages. Ce serait gâcher votre séance. Sachez seulement que les deux réalisateurs sont vraiment très, très habiles.

09 mai 2011

08 mai 2011

24 heures à Lyon

Nous avions au moins trois bonnes raisons de nous arrêter à Lyon.

Un opéra, Laura Miller, de Giuseppe Verdi mis en scène par David Alden, une mise en scène aussi esthétique qu'efficace : en gris le peuple d'où est issu l'héroïne, en rouge le pouvoir, écrasant et arbitraire.
Un très bel opéra, vraiment !

Une exposition sur le regard que l'Europe moderne pose sur les arts de l'Islam, Génie de l'Orient, et une autre sur l'art contemporain indien, Indian Highway.
Intéressant et instructif !

Vannés, épuisés, il nous restait encore à faire un tour au Parc de la Tête d'Or. J'espérais y trouver les roses en pleine floraison, mais les unes étaient déjà fanées, les autres encore en boutons ! Aléas d'un printemps bizarroïde.
Déception!

Alors je me suis consolée avec les serres.







04 mai 2011

La Ville fertile

Joli titre pour une expo à laquelle il conviendrait de consacrer plusieurs heures tant elle est riche; la diversité des propositions stimule la réflexion : construire les villes à la campagne, à la façon d'Alphonse Allais ? Ou, au contraire, végétaliser, naturaliser les villes ? Et de toute façon, prendre en compte le vent, l'eau, la terre, l'air et le feu ? Mais aussi l'horizon, l'espace, les rives ....
Photos de projets déjà réalisés ou en cours, schémas, plans, perspectives ... l'imagination est sollicitée tout au long du parcours.

L'exposition en fin de compte est une formidable invitation au voyage ; très vite vient l'envie d'aller découvrir les lieux emblématiques dont il est ici question. Lille, Bordeaux, St Nazaire, Amiens, Ceret, Meudon, Vincennes ... même pas besoin d'aller très loin pour rêver !



Quelques-unes des photos à retrouver sur le site de la cité de l'architecture et du patrimoine

03 mai 2011

Expos parisiennes

Trois jours à Paris cela signifie courir d'une exposition à l'autre, en diversifiant ses choix au maximum pour ne pas se lasser. On passe ainsi de Cranach à Morellet, sans vraiment se passionner ni pour l'un ni pour l'autre.

Patrick Tosani, à la Maison européenne de la photographie, nous arrête un moment, le temps de se dire que ces photos sont parfaites, insolites, originales mais ... sans âme.

La Camera obscura, une galerie du Bd Raspail qui vaut toujours le détour, expose Michael Kenna au rez-de-chaussée, Marc Riboud au sous-sol. Difficile d'oublier le regard de ce jeune bonze au bord d'une rivière !





Photographie, 30 x 40 cm © Marc Riboud



Il suffit ensuite de traverser la rue pour entrer à la Fondation Cartier qui propose en ce moment une exposition sur le vaudou.

Les statuettes exposées sont intrigantes, fascinantes, inquiétantes parfois. On a beau tourner autour, elles ne livrent pas leur mystère. Il faut aller s'asseoir dans la salle à côté où sont projetés des films absolument passionnants qui éclairent un peu la personnalité de Jacques Kerchache, le collectionneur pour qui la valeur ethnologique de l'objet importait moins que sa valeur esthétique : " [...] devant la sculpture africaine, il faut cesser d’avoir peur d’être profane et se laisser envahir par elle, il faut s’en approcher, la fréquenter, se l’approprier, l’aimer." Le documentaire le plus passionnant est celui qui montre les "sorciers vaudou" à l'oeuvre dans leur village : consultation, diagnostique, mise en place du traitement... impossible toutefois de savoir en fin de compte si l'aphasique a retrouvé la parole car il y a des portes que les non initiés ne peuvent franchir... Dommage ! Mais pour une fois je suis restée scotchée devant l'écran vidéo jusqu'au bout.

Sculpture vaudou Fon, Bernin - Bois, corde, cheveux, tissu, plumes, argile, patine sacrificielle
(8 x 6 x 8) Coll. Anne et Jacques Kerchache Photo @ Uuji Ono