21 janvier 2026

Tiffany Mc Daniel, L'été où tout a fondu

Les livres de Tiffany Mc Daniel ne ressemblent à rien de ce qu'on a déjà lu, parce que, d'une écriture aussi vive qu'imagée, elle raconte des histoires qui se tiennent à la limite de la réalité et du fantastique. Déjà deux romans traduits en français, Betty, puis L'été où tout a fondu et un troisième, Du côté sauvage (pas encore lu mais cela ne saurait tarder...) Tous chez Gallmeister.

 

 Un coin perdu de l'Ohio dans les années 80. Un été de canicule. Un pasteur et sa famille. La réalité la plus terre à terre. Jusqu'à ce que ce pasteur ait l'idée saugrenue d'inviter le diable et que se présente quelques jours plus tard, venu d'on ne sait où, un jeune enfant noir. Enfant perdu ou créature diabolique ? Et voilà le lecteur dans l'entre-deux, comme tous les personnages du roman. Que se produise un incident, un accident, qu'une femme enceinte tombe, sur le ventre (!)  et perde l'enfant à venir .... certains immédiatement y voient l'oeuvre du Malin, en l'occurrence l'enfant dont la couleur de peau et les yeux verts détonnent dans cette petite ville de rien du tout, à population blanche évidemment.  Fielding, le fils du pasteur, est non seulement l'ami de Sal, l'enfant noir, mais l'écrivaine en fait le narrateur, ce qui lui permet d'opposer la candeur de l'enfance au monde réel empêtré dans ses préjugés. Après, à chaque lecteur de choisir le monde qu'il préfère.  

Bien que L'Eté où tout a fondu, comme Betty d'ailleurs soit centré sur l'enfance, sur l'innocence, le roman n'a rien de naïf : c'est bien de la société américaine que parle Tiffany Mc Daniel, de la société américaine et de ses aspects les moins plaisants. Elle aurait pu en faire un roman noir, elle aurait pu en faire un essai, mais en choisissant la fiction, la vraie, avec tout ce que cela implique d'élucubrations, elle touche je crois un plus grand public qui ne peut rester indifférent devant le désarroi de ce jeune garçon noir aux yeux verts. 

19 janvier 2026

Le Dernier des Mohicans

Dernier Mohican, dernier Apache, dernier Cheyenne .... cris de victoire pour certains; lamentations pour d'autres...

En l'occurrence le film de Michael Mann, sorti en 1992 est une adaptation du roman de Fenniore Cooper publié en 1826. Un écart considérable qui, à moins de relire le roman, ne permet pas vraiment de dire ce qui, dans la représentation des Indiens est dû à l'écrivain ou au cinéaste. De toute façon Nathanael, le personnage principal n'est pas vraiment indien: il a été adopté enfant par les Mohicans dont le chef en a fait son "fils blanc". 

A vrai dire, on s'embrouille un peu dans l'intrigue, parce que distinguer les uniformes des anglais ou des français n'a rien d'évident, comprendre le rôle de la milice, des Hurons et des Iroquois n'a rien d'évident non plus. Tout juste parvient on à saisir qu'il y a les bons Indiens et les mauvais Indiens. Au milieu de la confusion des batailles, embuscades, tueries et trahisons diverge, émerge la romance entre la fille du colonel Munro (anglais) et Nathanael, l'Indien blanc. Visiblement la question indienne n'est pas vraiment au coeur du film, et ne bouleverse pas vraiment les consciences. En revanche la performance de Daniel-Day Lewis est tout à fait étonnante, un rôle très physique pour un acteur que l'on vu dans des rôles aussi intenses, mais plus ... cérébraux.

 

18 janvier 2026

Mr Nobody contre Poutine

Démêler le vrai du faux...  Propagande contre propagande...  L'esprit critique, le doute systématique comme seuls moyens de résistance à l'avalanche d'informations qui arrivent de toute part. 

Mr Nobody contre Poutine, le documentaire qu'Arte propose sur sa plateforme et qui sera diffusé mardi soir, malheureusement à une heure tardive (22h45) est de ceux qui donnent matière à réflexion. 

Le titre est parfaitement clair, à condition de savoir qui est ce Mr Nobody, qui se présente sous le nom de Pavel Talankin, pédagogue chargé de la coordination des activités dans son établissement scolaire. Une fonction assez floue qui lui permet de filmer tout ce qui concerne le quotidien des élèves et de leurs enseignants, dans les classes et en dehors des classes. Un quotidien que "l'expédition spéciale" contre l'Ukraine va modifier au fur et à mesure que sont mises en place les instructions venues de Moscou : lever de drapeau, chants patriotiques, leçons d'histoire franchement orientées pour ne pas dire biaisées, apprentissage du maniement des armes, championnats de lancer de grenades (non, pas les fruits !), rencontre avec des miliciens Wagner... Cela paraît énorme, mais la "militarisation" des esprits est bel et bien à l'oeuvre et les instructions sont scrupuleusement respectées par les enseignants.  Par conviction pour certains,  par indifférence ou lassitude pour d'autres, par peur aussi sans doute. 

Pasha en tout cas continue de filmer, d'enregistrer, de documenter (après tout c'est son boulot et il doit rendre compte de son travail)  et parvient (sur ce point le film est plus flou, et il est peut-être bon de n'en savoir pas plus) à faire passer ses videos à un certain David Borenstein, et même à quitter la Russie en emportant ses disques durs dans ses bagages. 

Témoin impuissant ? militant engagé ? Lanceur d'alerte ? Qui est vraiment Pavel Talankin ? Qui est David Borenstein ? Aussi édifiant  - et crédible - que soit le film, je continue de m'interroger sur les auteurs de ce documentaire. 


  

Le Sergent noir

Après les Indiens, les Noirs ? Toute l'histoire du western revisitée ? C'est un peu ce que la programmation récente d'Arte semble proposer. Parce que Le Sergent noir, film tardif (1960) de John Ford fait figure de rareté dans le cinéma américain en mettant en scène un soldat noir engagé dans la guerre contre les Apaches. 

En complément du film, Arte proposait ce soit là Black Far West, un documentaire sur la présence des Noirs, non seulement dans les westerns, mais dans la véritable histoire de l'Ouest. Soldats comme les Buffalo soldiers, mais aussi cowboys, ranchers, ou simples fermiers partis chercher fortune à l'Ouest, loin des territoires où ils avaient été esclaves. Tout un pan de l'histoire américaine qui a encore besoin d'être clarifiée pour sortir des préjugés. 

Le film  de Ford y contribue à sa façon en faisant du sergent Rutledge, injustement accusé, un homme droit, intègre, moralement indiscutable, intelligent, généreux, altruiste... presque trop parfait, mais il fallait être convaincant ! Le Sergent noir est un film de procès, genre qui a ses règles, et le réalisateur alterne habilement scènes au tribunal et flash-back destinés à appuyer les plaidoiries.  



    Je n'ai pas cherché toutes les affiches de film ou toutes les couvertures     de DVD correspondant au Sergent noir, mais celles que j'ai trouvé me     parassent assez intéressantes.  


    La première comporte le titre original :  Sergent Rutledge, c'est à dire le nom du sergent noir, mais c'est  Cantrell, son officier supérieur, blanc, qui est la figure dominante. 


La couverture du DVD italien mais à égalité les deux personnages, ce qui correspond mieux au             propos du film. 

La troisième affiche introduit, par le biais, le motif du procès : l'agression contre la femme blanche.  La position des deux hommes suggère clairement que c'est le premier, dont les traits du visage ne sont pas visibles, qui est tenu pour coupable. Le lieutenant Cantrell, qui le met en joue, est pourtant son défenseur dans le procès. 


Quant à la quatrième affiche, graphiquement très réussie, elle me paraît plus difficile à interpréter. Une femme essaye d'échapper à un homme (il faut agrandir l'image pour voir qu'il est noir et qu'il porte un uniforme). Plus d'indiens dans le paysage, juste une évocation de Monument valley où a été tourné le film. En revanche les deux mains noires encerclées par des menottes dont la chaîne traverse l'affiche, indiquent clairement l'interdit absolu : la femme blanche sur laquelle un homme noir ne peut porter un regard sans risquer sa vie.




Je n'ai pas les dates de ces images, mais elles correspondent à autant d'interprétations différentes d'un film qui pose suffisamment bien la question de la place des Noirs dans l'histoire américaine pour faire réfléchir ... ceux qui le veulent bien.

17 janvier 2026

Les Indiens au cinéma

Beaucoup de vieux westerns dans la programmation récente d'Arte. L'hiver qui pousse à la paresse et au repli devant son écran de télévision ? Ou une façon de remettre les idées en place sur l'histoire des Etats-Unis ? 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bronco Apache  de Robert Aldrich date de 1954; Les Cheyennes de John Ford date de 1964. 10 ans entre les deux films, 10 ans qui permettent de voir une légère évolution du regard porté sur les "Indiens" ?  Burt Lancaster maquillé à outrance pour avoir l'air d'un indien  dans Bronco Apache ? Non, cela ne passe pas très bien. Et dans Les Cheyennes la plupart des Indiens sont joués par des hispaniques. Ce n'est guère mieux, mais au moins dans son dernier western, John Ford reconnaît aux Indiens certaines qualités qui manquent cruellement aux Blancs et amorce ainsi un léger changement dans la façon dont les Indiens sont présentés dans les westerns, changement confirmé dans les années 70 avec Un homme nommé cheval, d'Elliot Silverstein ou Soldat bleu de Ralph Nelson. Films que je n'ai jamais revus depuis leur sortie mais qui m'avaient marquée. 

Quelques films ne suffisent pas à fonder une hypothèse. Mais le sujet m'intéresse suffisamment pour avoir envie de revoir d'autres vieux westerns "indiens" et surtout d'aller voir le documentaire de Clara et Julia Kuperberg, Les Indiens à Hollywood. Une tragédie américaine, projeté au Ciel le 1er février. 

https://le-ciel.fr/event/les-indiens-a-hollywood-une-tragedie-americaine

16 janvier 2026

Le Maître de Kabuki

Le cinéma ne remplace pas les voyages, mais il fait voyager, dans le temps et dans l'espace. L'Espagne, la Pologne et maintenant le Japon ... tout ça en quelques jours ! 

 

Le Maître de Kabuki est une véritable plongée dans un art dont nous ignorons tout, un art qui tient autant du théâtre que de la danse, un pantomime vécu comme un rituel sacré...  un art que le film de Sang-il Lee nous permet d'approcher d'autant plus facilement que le film ne se limite pas à documenter le Kabuki, mais construit toute une intrigue autour de la rivalité entre deux adolescents héritiers l'un par le sang, l'autre par le talent, du Maître devenu "trésor national". Et l'on s'aperçoit peu à peu que dévoiler le travail des acteurs de kabuki, c'est aussi dévoiler quelque chose  de la culturen de la mentalité, bref de l'âme japonaise. Sans doute beaucoup mieux qu'un voyage.

15 janvier 2026

Moi Ivan, toi Abraham

Encore un film passé quasi inaperçu alors qu'il a tout pour séduire. Par sa qualité photographique tout d'abord : un noir et blanc tout en nuances et lumineux, des cadrages particulièrement soignés, qui donnent parfois l'envie de faire un arrêt sur image pour mieux en profiter. Mais non le film avance parce qu'il a beaucoup à dire sur les conditions de vie de deux enfants dans la Pologne des années 30. Double transposition, géographique et historique pour le spectateur, mais Yolande Zauberman, la réalisatrice, ne s'arrête pas là : parce que le moteur du film c'est l'amitié entre les deux garçons, que leur religion - Abraham est juif, Anton ne l'est pas - devrait séparer mais ne sépare pas.  Ce premier duo amical est complété par un deuxième duo : Rachel, la soeur d'Abraham est amoureuse de Nahon, communiste tout juste sorti de prison grâce à l'intervention de ses camarades. 

 

Film sur l'enfance, film sur la jeunesse, Moi Ivan, toi Abraham montre surtout le poids des traditions - religieuses mais pas seulement -  et la façon dont les enfants cherchent et parviennent (?) à s'émanciper, à se libérer de la chape qui pèse sur eux. Drôle, étonnant, émouvant ... autant de qualificatifs qui s'appliquent à ce film qui date de .... 1993 ! 

Je n'avais jamais entendu parler de ce film, ni de Yolande Zauberman.  Une belle découverte. Et il n'est pas trop tard pour aller chercher d'autres films de la réalisatrice. 

 

14 janvier 2026

Los Tigres

J'étais seule dans la salle de cinéma. Et je me demande encore pourquoi, parce que le film d'Alberto Rodriguez est loin d'être inintéressant. 

Certes, installations portuaires et raffineries pétrolières ne constituent pas le paysage le plus romantique, mais Antonio et Estrella sont plongeur professionnels et leur univers est celui des tankers, porte-conteneurs, et autres cargos, pour lesquels ils effectuent des travaux sous-marins. Rien à voir avec les films de Cousteau, même si une grande partie du film se passe sous l'eau. ! Mais pour une fois que le cinéma s'intéresse a un vrai milieu professionnel, aux conditions dans lesquels s'effectuent ces travaux, sans pour autant virer au documentaire, on aurait tort de s'en plaindre. D'autant que la condition sociale  des personnages conditionne l'intrigue : pour faire face à ses difficulté financières qui risquent de le priver de ses filles, Antonio est prêt à détourner à son profit un ballot de drogue qu'il a découvert dans un cargo. On passe alors au mode polar, bien que l'action soit en réalité moins importante que la relation entre le frère et la soeur, une relation ancrée dans l'enfance et que rien n'est venu altérer. 

Alberto Rodriguez s'était fait remarquer avec La Isla Minima, un polar à la fois social et politique sorti en 2014 et présenté au festival Ojoloco. Los Tigres  qui joue sur trois tableaux à la fois, thriller, film social, film psychologique, est de la même veine... alors pourquoi bouder son plaisir ? 

 


10 janvier 2026

Father, mother, sister, brother

La filmographie de Jim Jarmush est pleine de films étranges. Et si de film en film on est certain de retrouver quelque chose de la patte Jarmush, on est certain aussi de voir quelque chose de différent. 

Father, mother, sister, brother se présente comme un film à sketches sur la famille, une sorte de triptyque qui à chaque fois explore les relations entre parents et enfants devenus adultes. Autant de variations autour d'un même thème dont le spectateur s'amusera à repérer les différences et les similitudes, qu'elles soient dans la description des personnages, des lieux, des boissons partagées, des propos échangés.... Très vite, on se rend compte que chaque image est importante parce que chaque image doit être prise comme un indice pour donner du sens au film, parce qu'ici l'image l'emporte sur la parole volontairement insignifiante.  Du vrai cinéma donc qui alterne les scènes de déplacements en voiture - lieux à la fois clos sur les personnages et ouverts sur l'environnement - avec des scènes statiques lorsque les enfants se retrouvent dans la maison familiale. Ah, la séquence de "tea party" filmée en surplomb avec juste le bruit des tasses de thé reposées  délicatement... parfaite pour montrer à quel point tout est depuis longtemps figé dans la relation entre la mère et ses deux filles. 

Avec Jarmush tout est à la fois extrêmement subtil et volontiers outrancier, il n'a peur ni de la caricature, ni de la drôlerie, ni même, en fin de compte de la tendresse. Son ironie frôle parfois le sarcasme, mais au final tout est bien vu, bien observé. Son film exige du spectateur un regard attentif puisque chaque détail compte et le conduit peu à peu vers une réflexion sur les conventions non écrites qui régulent ses propres relations familiales. 

Est-il besoin de dire que le casting est parfait, que les acteurs sont remarquablement dirigés avec en tête une recommandation du genre "less is more" et que Charlotte Rampling est plus étonnante que jamais.  

Rédiger une critique c'est un peu comme revoir le film, mais celui-ci, je crois que je retournerai volontiers le revoir en salle.  


09 janvier 2026

Le 5e plan de la Jetée

Celui-ci, j'ai failli le manquer, parce qu'il ne restait plus qu'une seule séance et tout s'était mis en travers de mon chemin ce jour-là. Mais ouf, je suis arrivée à temps au cinéma.
 
La Jetée de Chris Marker, est un film qui m'avait fascinée à sa sortie, par sa forme bien sûr, quelque chose comme un roman-photo puisque composé comme une suite d'images fixes, mais aussi par ce qu'il essayait de dire sur le fonctionnement de la mémoire, sur les images récurrentes, l'impression de déjà vu...  
Même fascination quand je l'ai revu des années plus tard parce que son propos est resté aussi flou; mais c'est justement cette part d'incompréhensible, cette atmosphère étrange, vaguement inquiétante, ce qui résiste à l'élucidation rationnelle qui, à mes yeux en tout cas, fait l'intérêt du film. 
 
Le film de Dominique Cabrera est presque aussi étrange que le film de Chris Marker et tout aussi fascinant. Parce que le travail qu'elle entreprend sur le 5e plan de La Jetée est un documentaire sur la remontée d'un souvenir à partir d'une seule image, celle où un sien cousin croit s'être reconnu dans le film de Marker. Oui, mais était-ce bien lui l'enfant aux oreilles décollées, un pied sur la rambarde, devant les piste d' Orly, il y a plus de 60 ans ? 
Le travail de la mémoire est le vrai sujet du film de Dominique Cabrera qui convoque le ban et l'arrière ban de sa famille pour essayer de corroborer un souvenir, d'en faire, à défaut d'une vérité, une possibilité, voire une probabilité. Un aventure collective qui inclut l'histoire, puisque 62, l'année de la sortie du fim est aussi l'année du retour en métropole, des pieds-noirs dont fait partie la famille de Dominique Cabrera.
Le film est une avancée pas à pas dans les souvenirs des uns et des autres, qui s'appuie sur tous les moyens dont dispose la documentariste pour extraire des images du film de Marker, les agrandir, les décomposer. 
Un remarquable travail sur la remontée (ou la perte) des souvenirs, remontée parfois chaotique, toujours incomplète, incertaine, mais bel et bien fascinante.  
 

 

06 janvier 2026

Piergiorgio Pulixi, L'illusion du mal

Cela faisait longtemps que je voulais lire Pulixi, dont on me disait grand bien. Et bien voilà, c'est fait et je souscris aux éloges qu'on en fait. Dans le genre polar bien noir, bien sanglant, bien glauque c'est tout à fait réussi. Mais pas seulement! Parce que c'est aussi un livre qui nous en dit beaucoup sur le monde d'aujourd'hui. Un rôle souvent plus dévolu aux polars qu'à la littérature, devenue un peu trop nombriliste à mon goût. 

 
Qu'est-ce qui fait de L'illusion du mal, un bon polar ?Le roman accroche très vite parce que les personnages sont rapidement identifiables, bien typés avec pour l'essentiel deux enquêtrices, d'apparence et de personnalité très différentes, qui forment un duo très efficace. On rajoute un politologue de haut niveau (et de grande stature), toute une hiérarchie policière et judiciaire, des meurtres sordides mais des victimes peu recommandables, bref une représentation  assez typée de la société. En dehors du choix des personnages, le talent de Pulixi tient indubitablement à sa conduite de l'intrigue, une successions de chapitres courts, avec autant de changements de lieu, et des dialogues percutants. Un montage quasi cinématographiqsue
Mais ce qui donne au roman sa profondeur c'est qu'il remet en question l'idée que l'on se fait de la justice, et plus généralement du bien et du mal, parce que les victimes, judicieusement choisies, sont en réalité des malfaisants que la justice a jusqu'à présent épargnés. Et tant qu'à faire, l'écrivain remet aussi en question le traitement des faits criminels par les médias et la façon dont le public - nous - se laisse manipuler par les réseaux sociaux. 
Bref, la société d'aujourd'hui en prend pour son grade et c'est très bien comme cela.  L'illusion du mal est non seulement un roman bien fait, mais un roman intelligent. 

02 janvier 2026

Isabelle Delloye, Le Jardin d'Hadji Baba

Trouvé dans une boîte à livre, et choisi pour sa couverture, le livre d'Isabelle Delloye tient plus du documentaire que du roman, ou plutôt mettons que la forme romancée permet à l'autrice de présenter de façon agréable tout ce qu'elle sait de l'Afghanistan puisqu'elle y a vécu et enseigné. 

Le récit, situé en 2001 commence dans le jardin d'Hadj Baba et montre la relation quasi filial entre le vieil homme et Djon Ali, l'enfant qu'il a élevé comme un fils, ainsi que la façon de vivre dans ce pays, alors même que son histoire ne cesse d'être bousculée. Lorsque meurt Hadji Baba, Djon Ali quitte l'Afghanistan et suit son propre chemin, qui l'emmène en Europe et aux Etats-Unis où il croise et recroise ceux qui comme lui ont émigré sans pour autant oublier le pays d'où ils viennent.

Un livre parfait pour ceux qui ont longtemps rêvé d'aller en Afghanistan ...  ou peut-être y sont déjà allés. Il y a longtemps. 


 



01 janvier 2026

Rebuillding


Rebuilding : de reconstruction il est en effet question dans le film de  Max Walker-Silverman. A commencer par la reconstruction du ranch de Dusty réduit en cendres par un incendie gigantesque qui a mis la terre à nue pour un certain nombre d'années, 10 ans peut-être ... Père d'une petite fille, mais séparé de sa femme, il ne reste rien au jeune rancher, propriétaire de quelques acres, ni maison, ni rêve ni projet. La vente de son troupeau lui a tout juste permis de rembourser ses dettes. La FEMA l'agence fédérale chargée de porter secours aux victimes des grandes catastrophes lui a alloué un mobile home dans un camp au milieu de nulle-part où quelques familles aussi démunies que lui ont trouvé refuge. Rien. Il ne possède plus rien. Comment peut-on reconstruire sa vie à partir de rien, et d'abord se reconstruire soi-même. 

Rebuilding est un film sur la résilience, celle des petits pas faits chaque jour avec le désespoir en tête, des petites étapes franchies pas à pas. De cette reconstruction, le réalisateur ne fait pas une grande geste héroïque. Il montre un personnage accablé, les épaules courbées, la démarche de ceux qui ne croient plus à rien. Qui ne tient debout que parce qu'il y a autour de lui des gens qui font ce qu'ils peuvent, des gens bienveillants, des gens qui savent partager, sans grand discours et sans effets de manche.  Rebuilding c'est le film des petits riens qui comptent énormément quant on a tout perdu. 

Alors, évidemment je me suis demandée si, au delà de l'histoire de l'individu, de ce rancher en jean et Stetson,  le film de Max Walker-Silverman n'était pas tout simplement une métaphore pour parler des Etats-Unis.  Loin, très loin des slogans Maga, une Amérique qui se reconstruirait autour d'autres valeurs que l'argent et le pouvoir. Qui n'aurait plus honte de sa générosité, de sa solidarité, de sa bienveillance, de son sens de l'humain tout simplement. 

Rebuilding n'est pas un "grand" film, c'est juste un "bon" film, dont on en sort rasséréné. 

 

2026

De la couleur, du mouvement, de la vie !