06 juin 2021

Les Séminaristes

 Cela fait bien longtemps que je n'avais pas vu de film slovaque. Cela fait bien longtemps aussi que je n'avais pas vu de jeunes séminaristes en soutane !  Un accoutrement qui se révèle presque aussi photogénique que dans les photos de Mario Giacomelli auxquelles on ne peut s'empêcher de penser tout au long du film tant la séduction de ce noir et blanc est grande. Outre les soutanes des séminaristes il y a aussi l'architecture du séminaire, murs blancs, couloirs vides, dont le cameraman souligne la grandeur écrasante par de magnifiques plans; je pense en particulier à cette cour carrée filmée depuis très haut en contreplongée, un plan qui revient à plusieurs reprises et suggère bien sûr l'enfermement,  autant que la pesanteur de l'idéologie.

 Le premier atout du film est incontestablement sa beauté visuelle. Et le mode de narration, très élliptique, choisi par le réalisateur, qui suggère sans jamais être totalement explicite. Ce qui convient parfaitement à la situation décrite, où tout le monde fait l'objet de soupçons et chacun doit apprendre à se méfier de chacun, y compris et surtout de ceux que l'on croit connaître

Deux jeunes séminaristes se retrouvent ainsi pris au piège d'une hiérarchie religieuse qui a prêté allégeance à la dictature politique (on est en Tchékoslovaquie dans les années 80 !) alors même qu'une résistance, soutenue  en secret par le Vatican, s'est organisée à l'intérieur du séminaire,  La collusion de l'Eglise et de l'Etat  ! Le film est certes historique, mais le sujet reste plus que jamais d'actualité ! Quelle que soit la religion. Quel que soit l'Etat !

Le titre anglais The servants me paraît à cet égard beaucoup plus riche de possibilités que "Les séminaristes". Le terme existe en français pour désigner les auxiliaires de messe dans l'Eglise catholique,  , mais il existe bien des possibilités de servir : la messe ... Dieu... l'Eglise... ou le Parti... comme il existe toutes sortes de servitudes, volontaires ou non.  Autant de pistes de réflexion que le film suggère. Ivan Ostrochovský n'en est peut-être qu'à son deuxième film, mais c'est définitivement un cinéaste à suivre.

03 juin 2021

Drunk

" Je bois.... systématiquement..... pour oublier... tous mes emmerdements ! "

Impossible de ne pas penser à ce poème de Boris Vian quand on a vu le dernier film de Thomas Vinterberg. Parce que boire c'est une chose et les quantités d'alcool ingurgitées par les quatre personnages du film sont comme on pouvait s'en douter, phénoménales ! Mais encore faut-il savoir pourquoi on boit. Et c'est là tout l'intérêt du film car c'est au cours d'un repas entre amis que ces quatre hommes au mitan de leur vie, professeurs en lycée,  décident de tenter une expérience et de boire - systématiquement - pour vérifier la théorie selon laquelle l'homme naîtrait avec un déficit d'alcool dans le sang, déficit qu'il conviendrait donc de combler. Une tâche à laquelle ils vont immédiatement s'atteler.

Où cette "expérience" va-t-elle les mener ? C'est ce que le film raconte et pour le spectateur, en l'occurrence la spectatrice, c'est l'occasion de pénétrer dans un monde d'hommes, de découvrir leurs états-d'âme, leurs difficultés à se situer dans leur métier, dans leur couple, avec leurs enfants, avec les autres tout simplement. Drunk malgré les apparences n'est pas qu'une pochade sur les méfaits  - ou les bienfaits de l'alcool, c'est aussi une réflexion sur la façon d'appréhender la vie et les contraintes qui pèsent sur chacun. Et c'est surtout un beau film sur l'amitié. 





31 mai 2021

Des oeufs de merle dans un nid  ! Il y a des centaines, des milliers de photos sur Internet. Oui mais ce nid là, il est dans ma glycine, visible seulement depuis la fenêtre de l'étage. Et il est différent de tous ceux que j'ai regardés parce que, autour du nid constitué comme tous les autres de brindilles enroulées, le merle que j'ai vu à l'oeuvre a pris soin de doubler l'isolation du nid avec des grandes feuilles sèches trouvées dans le jardin. 

Un oiseau soucieux de la nouvelle régulation thermique ? Ou juste un fondu de déco ?


29 mai 2021

Ojoloco : Ojos negros

Le film est court  (1h05) et c'est très bien comme cela parce que je n'ai pas réussi à m'intéresser à cette adolescente contrainte de passer ses vacances chez sa grand-mère en compagnie de sa tante alors que sa mère et son père se disputent sa garde. L'ennui de l'adolescence, la tristesse des familles désunies, la fragilité des amitiés, l'incertitude de l'avenir, oui il y a tout cela dans le film,  mais vaguement suggéré, à peine esquissé.... En réalisant Ojos negros, Marta Lallana et Ivet Castelo ont choisi de rester dans la demi-teinte, dans le sous-entendu en comptant sans doute sur la lucidité et l'empathie du spectateur. Une occasion perdue en ce qui me concerne.



Ojoloco 2021 : Chaco

Une armée en déroute perdue dans une contrée déserte, inhospitalière. Une armée c'est beaucoup dire, un groupe de soldats qui ne sait plus où se trouve le reste de la troupe, de pauvres silhouettes qui n'ont plus ni eau ni vivres, tout juste quelques munitions. A leur tête, on ne sait trop pourquoi, un officier allemand qui s'entête à avancer sans pour autant savoir où il va. 

L'histoire est supposée se passer au début des années 30, pendant la guerre qui opposait la Bolivie à l'Uruguay. Mais on est très loin d'une reconstitution historique. Il s'agit plutôt de montrer l'absurdité  des guerres quand elles sont vécues au niveau des individus ordinaires. Lorsqu'il ne s'agit même plus de combattre et de gagner des territoires, mais juste de survivre. 

On est, avec Chaco, très loin des films de guerre, d'action ou d'aventures. Diego Moncada, le réalisateur, choisit une toute autre voie : son sujet ce n'est pas l'action et encore moins l'héroïsme, non c'est plutôt la déréliction, ce sentiment d'abandon et de solitude morale. Ce qui explique le rythme lent et les scènes forcément répétitives.




28 mai 2021

Ojoloco 2021 : La Fièvre


 

 Manaus, une ville au coeur de la forêt vierge. Pour avoir trop lu Cendrars, ce fou de Brésil je m'étais fait de Manaus une idée qui n'a pas grand chose à voir avec celle du film : Justino est agent de sécurité sur la plateforme du port de commerce où sont alignés les containers, et toute la machinerie nécessaire à leurs déplacements. Lorsqu'il rentre chez lui, le bus le dépose au bord de la forêt d'où émanent des bruits étranges, une bête fauve se serait échappée??? 

Paysages urbains, industriels et vides d'un côté, une nature dense, étouffante de l'autre. Pas surprenant que Justino l'Indien qui a quitté la forêt de ses origines, que cet homme solitaire et silencieux s'interroge sur le monde auquel il appartient.  Celui de ses "racines"  ou celui dans lequel il a appris à évoluer. Pour sa fille, la question est tranchée, elle s'engage dans des études de médecine qui feront d'elle un être "civilisé" c'est à dire quelqu'un que le monde moderne, celui des machines et de la raison, n'effraye pas. 

La Fièvre est le premier long métrage d'une jeune réalisatrice, Maya Da-Rin qui dresse là un beau portrait d'homme tout en posant une question existentielle : celle des choix de vie que nous faisons.


27 mai 2021

Ojoloco 2021 : Ella es Cristina

 Un autre film "gentiment féministe" dans la même journée ? C'est cadeau ! 

Elle, c'est Cristina, une blonde ordinaire, jolie, mais peu sûre d'elle et donc forcément dominée par des pseudo intellectuels prétentieux, égocentriques et dominateurs. 

Susana est son amie de toujours, une brune du genre un peu costaud qui n'a surtout pas sa langue dans sa poche, envoie promener un petit ami décidément trop ennuyeux mais se laisse, elle aussi embobiner par un père qui la convainc de souscrire un prêt à sa place.


 Ces deux jeunes femmes à la fois fortes et fragiles, avancent dans la vie entre fêtes alcoolisées et galères ;  leur amitié, connaît des hauts et des bas; elles se fâchent, puis se réconcilient. Ce sont leurs hésitations, leurs craintes et leurs tentatives  d'exister par elles-mêmes, pour elles-mêmes que le réalisateur, Gonzalo Maza met en scène, une mise en scène sobre qui laisse toute la place au jeu des acteurs.  

Elles sont plus jeunes que la Rosa du Mariage de Rosa, vivent dans un milieu moins traditionnel, mais il n'est pas plus facile pour elles que pour Rosa de s'imposer comme des individus libres de leurs choix. Faut-il pour autant blâmer le "système", s'en prendre à la société dans son ensemble qui les pousse à endosser des rôles dont elles n'ont que faire ? Je n'en suis pas certaine. Les deux films, Le Mariage de Rosa comme Ella es Cristina suggèrent plutôt qu'il appartient à chacune de trouver la force de faire ses propres choix et de tracer sa route.




Ojoloco : Le mariage de Rosa

 


Rire, sourire, compatir, s'impatienter, s'exaspérer, espérer ... le film d'Iciar Bollain s'accompagne d'un flot d'émotions diverses, émotions partagées par la salle puisque c'est en salle que j'ai eu la chance de voir Le Mariage de Rosa, dont la distribution devrait désormais être assurée par d'autres réseaux.

Rosa est une belle femme de 45 ans, trop énergique et trop gentille pour ne pas être exploitée par sa famille, sa patronne ou ses amis : elle ne sait pas dire non ! Alors,  lorsque son père, veuf depuis deux ans décide de s'installer chez elle, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Et Rosa décide de reconquérir son indépendance. Dure conquête ! 

Le Mariage de Rosa est un film drôle, tendre, tonique, à l'image de son personnage; à l'image aussi de sa réalisatrice dont les films (Flores de otro mundo, Même la pluie, L'Olivier, Yuli ...) jouent plus sur la force des personnages et l'originalité du scénario que sur les effets de mise en scène. En tout cas le public, à la sortie de ce film gentiment féministe était ravi !

26 mai 2021

Ojoloco 2021 : Animo Juventud


 Ils sont 4. Quatre jeunes Mexicains, entre 15 et 20 ans dont on suit, un moment l'histoire. 

Martin, le jeune graffeur indien est amoureux d'une fille, mais bien trop timide pour le lui dire en face. Alors il l'écrit sur les murs. Daniel s'est fait jeter par la mère de son futur enfant et fait tout pour rattraper la situation. Pedro a des choses à dire sur la vie, la politique, mais ne s'exprime que dans un charabia incompréhensible. Dulce fait la maline devant ses copines, mais aimerait trop casser son image de dure. Quatre adolescents qui ne savent pas comment empoigner la vie et se glisser dans la vie adulte. 

Carlos Armella  croise, recroise et entremêle à l'occasion les histoires les histoires de Dulce, Pedro, Daniel et Martin. Montage alterné, ellipse, rythme accéléré ou ralenti selon les moments, le film essaye de coller au mieux à son sujet et l'on s'attache assez vite à ces quatre personnages. Le moins réussi peut-être est l'allusion aux violences et à la corruption, maux endémiques du Mexique, mais ici traités de façon un peu caricaturale. En revanche le réalisateur est plus convaincant lorsqu'il montre, sans s'appesantir, le mal-être de la jeunesse,  un mal-être qui n'est pas spécifiquement mexicain.

 

Ojoloco 2021 : Erase una vez en Venezuela

 

Un village flottant quelque part au Venezuela. Des maisons de guingois, qui suintent la misère, et des habitants qui pour la plupart oscillent entre indifférence et résignation.  Voilà ce que propose aux spectateurs  le documentaire d'Anabel Rodriguez Rios

Vivre à Congo Mirador est certes pittoresque... vu de l'extérieur. Mais à l'intérieur des maisons il en va tout autrement. La pollution, la diminution de la pêche, l'absence de revenus... Le documentaire ne cache en rien la misère, mais montre que la vie malgré tout continue. Il met surtout en évidence deux femmes qui refusent de s'accommoder de la situation :  Tamara, un drôle de petit bout de femme, qui ne jure que par Chavez, fait preuve d'une assurance indémontable, persuadée d'avoir suffisamment d'entregent pour obtenir que le gouvernement agisse. En vain ! Natalie, l'institutrice qui se bat contre les médisances, mais finira quand même par partir vers d'autres horizons. Deux combats. Deux échecs.


25 mai 2021

Suzanna Andler

Le pitch ?  "Années 60. Une villa de vacances, au bord de la mer, hors saison."

Luxueuse la maison ! Des pièces immenses, quasiment vides et une terrasse avec vue sur la mer .... une récompense après tant de mois enfermés. 


Oui, mais ... le reste n'est que dialogues,  phrases suspendues, gestes amorcés, déchirures sentimentales  : du théâtre filmé. Pas ma tasse de thé. Malgré la qualité de jeu des acteurs. 

24 mai 2021

Ernest Hancox, Les Pionniers

 Un gros livre, lu passionnément. Un autre livre paru dans la collection dirigée chez Actes Sud par Bertrand Tavernier. Un livre qui vous plonge immédiatement dans l'atmosphère des westerns et l'histoire (vraie) de l'Amérique.Car il s'agit de suivre au fil de ses 500 et quelques pages, une caravane d'une centaine de pionniers, qui ont quitté le Kentucky où ils s'étaient installés pour trouver de meilleures terres et une nouvelle vie du côté de l'Orégon.

Le roman commence avec les difficultés matérielles des immigrants qui doivent avancer dans des contrées souvent inhospitalières ne serait-ce qu'en raison du relief, du climat, de la fatigue. Il faut transborder les chariots sur des radeaux pour descendre la rivière, puis regagner la terre pour éviter les rapides les plus dangereux. Cela permet, d'un point de vue romanesque, de mettre en relief les personnalités de ceux qui s'affirment comme des meneurs ou au contraire des individus peu fiables. Toute une gamme de l'humanité qui se révèle au fur et à mesure que les difficultés se présentent. 

Mais la partie la plus intéressante du roman est celle de l'installation des pionniers sur les terres de leur choix, à distance les uns des autres mais regroupés néanmoins en communauté. Il faut au plus vite construire des cabanes, abattre des arbres, tailler des planches mais aussi défricher, labourer, prévoir les plantations à faire, en espérant survivre à l'hiver, au froid, à la faim car les provisions apportées ne dureront pas longtemps. 

Pionniers est le dernier roman d'Ernest Haycox, un roman-testament peut-être parce qu'en dehors des descriptions époustouflantes et des péripéties sans cesse renouvelées, s'insèrent des passages plus inattendus, des considérations politiques sur la nécessité ou pas d'élever des murs, des barrières, sur les conditions dans lesquelles une communauté peut se regrouper derrière un meneur . Parfois les considérations sont d'ordre quasi métaphysique et portent sur le sens de la vie, sur les valeurs essentielles pour les uns ou les autres. Mais le roman n'a jamais rien de pesant parce que ces discussions sont amenées dans le cadre d'un dialogue entre deux personnages, qui réagissent en fonction de leur personnalité ou de leur rôle dans la communauté. 

Et puis il y a les personnages féminins, des caractères bien trempés et même, pour l'époque particulièrement audacieux, comme cette Edna dont les désirs charnels sont clairement revendiqués. Ou Katherine, à la recherche d'un équilibre qu'elle ne veut devoir qu'à elle-même. Le roman date de 1952, il est écrit pas un homme mais j'ai rarement trouvé de personnages féminins aussi décidés et aussi bien mis en valeur. Disons le clairement, un roman aussi fondamentalement féministe. 

Reste que ce western, comme beaucoup d'autres, qu'ils soient littéraires ou cinématographiques, nous permet de mieux comprendre les fondamentaux de la mentalité américaine : l'individualisme et le refus des institutions gouvernementales qui va avec, mais aussi le sens de la solidarité  dans une communauté librement choisi, le respect des choix de chacun, mais la certitude de la supériorité blanche sur les populations d'origine... Le pire et le meilleur d'une population qui s'est employée à fuir une situation devenue intenable pour des raisons matérielles ou religieuses et a tenté de recréer ailleurs une société sur de nouvelles bases. Une occasion que la "vieille Europe" n'a jamais eu.

ADN

 Oui, ADN n'a pas eu sa chance avant le confinement et il était normal de le reprogrammer à la réouverture des salles.  Mais franchement un film qui commence dans un Epahd, avec la mort d'un vieil homme, qui n' épargne rien au spectateur des démarches funéraires, qui se complaît à montrer les disputes autour du cadavre entre les membres d'une famille sévèrement toxique et s'achève par la recherche d'identité de celle qui revendique la nationalité algérienne parce qu'elle a besoin de "retrouver ses racines".... ah les racines ! 


Oui, c'était un sacré défi de proposer ce film à la sortie du confinement et pour ma part je n'ai pas accroché. Du tout. Mais je n'avais jamais vu de film réalisé par Maïwenn. J'ai vu. Et je m'arrêterai-là !



22 mai 2021

Hospitalité

 Le film commence par une portrait de famille : dans la famille Kobayashi il y a le père, un modeste imprimeur dont l'atelier occupe le rez-de chaussée de l'appartement où il vit avec sa compagne, qui n'est pas sa femme puisque celle-ci l'a abandonné, et sa fille à qui la précédente s'efforce d'apprendre l'anglais bien qu'elle ne le  maîtrise guère .... La soeur de Kobayashi vit aussi avec eux, et puis il y a l'intrus qui sous prétexte de travailler à l'imprimerie s'immisce peut à peu dans la famille, en introduisant sa maîtresse, une blondasse assez provocante....


Une famille japonaise traditionnelle ? Dans un quartier japonais traditionnel ?  Peut-être...Peut-être pas ... Les commères du voisinage ... non pardon : le "comité de surveillance du quartier"  qui effectue régulièrement des rondes, est là  pour s'assurer que rien ni personne ne vient troubler l'apparente quiétude du quartier. 

Alors forcément, le film déraille peu à peu au fur et à mesure que le spectateur découvre que chacun des membres de la famille Kobayashi a un secret à cacher et que les "étrangers", les "SDF" que la ville vient d'évacuer d'un parc où ils avaient trouvé refuge, sont des gens aussi respectables, si ce n'est plus respectables que les honorables citoyens japonais. 

Hospitalité : un film comme une leçon de morale qui tourne en dérision la xénophobie et plus généralement la peur de l'autre. Un mal qui n'est pas spécifiquement japonais, hélas. 

Et un réalisateur japonais de plus, Kôji Fukada, dont il sera intéressant de suivre les prochains films.

21 mai 2021

Balloon

 


Balloon c'est l'histoire d'une famille tibétain.

Le Tibet .... Consolation des grands espaces par ces temps de confinement !  Dès les premières images on est séduit par la beauté des paysages, ces vastes étendues d'herbes, ces infimes ondulations des steppes qui semblent s'étendre jusqu'à l'infini. Paysages magnifiés par la caméra de Pema Tseden, réalisateur chinois d'origine tibétaine à qui on doit déjà Jinpa, un conte tibétain.

La famille dont il est question élève des brebis et si les premières scènes concernent l'arrivée d'un bouc dans le troupeau, c'est parce qu'il est question, dans le film, de reproduction, mais aussi de contraception, un sujet encore tabou dans la culture tibétaine. Balloon est donc aussi un film intimiste puisque centrée sur Drolkar, la mère sur qui repose le choix des moyens contraceptifs, alors que la tradition et la religion s'opposent à tout contrôle de la natalité. Drolkar, rieuse, réfléchie et énergique est un beau personnage de femme tiraillée entre ses désirs, l'amour des siens et son envie de progrès. Car, pour elle,  il ne s'agit pas seulement de procréer, il s'agit d'élever un enfant et de lui donner accès à l'éducation. 

Pema Tseden impose si peu son point de vue, qu'à la sortie du film, on s'interroge sur le sens à donner au film : une apologie de la tradition  ? ou au contraire, un film de propagande en faveur du contrôle des naissances  ? Mais le réalisateur a l'intelligence justement de laisser le spectateur décider. Parce que le conflit entre la tradition (surtout quand elle d'origine religieuse) et la modernité n'est pas spécifiquement tibétaine ou chinoise, elle est simplement universelle.