15 mai 2007

On dirait ...

Ce serait ....
Un tableau de Rothko ?
Non, juste la baie de Somme !
Côté Somme ou côté mer, c'est le même ravissement : la terre, le ciel et la mer confondus
Et pour celle dont les montagnes encerclent l'horizon, pas de plus grand enchantement que cet espace ouvert à l'infini

"J'ai retrouvé l'éternité, c'est la mer avec le soleil allée "

10 mai 2007

Lucrèce (suite)

- Alors Lucrèce ? On s'y remet ?
- Pas d'impatience. De toute façon, pour apprécier le De Natura rerum, il faut prendre son temps.
Je parie que tu n'as même pas commencé !
- Et bien non, puisque je t'attendais. J'aimerais d'abord savoir ce que tu lui trouves à ton Lucrèce ...
- Voyons voir. L'essentiel en trois points ? Cela risque d'être un peu juste mais essayons quand même !

D'abord, l'éloge d'Epicure : un motif récurrent et quasi obsessionnel à la hauteur de l'admiration que Lucrèce porte à Epicure. L'éloge du maître, comme l'invocation à Venus qui ouvre le premier livre, cela fait partie des conventions. Encore maintenant : pas de thèse sans hommage appuyé à celui qui l'a dirigée. Flagornerie le plus souvent. Mais Epicure est mort depuis longtemps et de toute façon ce que Lucrèce admire ce n'est pas l'homme mais l'audace de sa pensée.

" Au temps où, spectacle honteux, la vie humaine traînait à terre toutes les chaînes d'une religion qui, des régions du ciel, montrait sa tête aux mortels et les effrayait de son horrible aspect, le premier, un homme de la Grèce, un mortel, osa lever contre le monstre ses regards, le premier il engagea la lutte. Ni les fables divines, ni la foudre, ni le ciel avec ses grondements ne purent le réduire; son courage ardent n'en fut que plus animé du désir de briser les verrous de la porte étroitement fermée de la nature. Mais la force de son intelligence l'a entraîné bien au-delà des murs enflammés du monde. Il a parcouru par la pensée l'espace immense du grand Tout, et de là, il nous rapporte vainqueur la connaissance de ce qui peut ou ne peut pas naître, de la puissance départie à chaque être et de ses bornes inflexibles. Ainsi la superstition est à son tour terrassée, foulée aux pieds, et cette victoire nous élève jusqu'aux cieux. "

Qu'est-ce que tu en dis ? Impressionnant non ? Et bien concret ! Imagé... l'inversion entre le haut et le bas, l'ouverture, l'expansion, la révolution par la seule force de la pensée. belle rhétorique, vraiment ! Et puis, il y a, en puissance dans ce petit paragraphe, toute l'idéologie des Lumières.
- Sans doute, mais il parle de qui, là, au juste, ton Lucrèce, de Prométhée ou d'Epicure ? Parce que franchement je ne vois pas bien la différence ...
- Tu as tout à fait raison. Le geste prométhéen, en tout cas tel qu'il est présenté par Eschyle, permet à l'homme d'accéder à la pensée; Epicure n'est ni un dieu, ni même un demi-dieu, juste un homme qui a fait usage du don de Prométhée. Un bon usage apparemment !

- C'était ton premier point ?
- Oui, mais si tu veux, je peux développer ...
- Pas la peine : je te vois venir ! L'éducation, la connaissance, la réflexion, la pensée, le propre de l'homme et le salut de l'humanité. T'en fais toujours un peu trop dans le genre.
- .....

- Oh, allez, fais pas ta mauvaise tête ! Quel est ton deuxième point ?
- D'abord un constat, banal : les hommes ne sont pas heureux ! Puis une hypothèse : les hommes ne sont pas heureux parce qu'ils ont peur. Ils ont peur des dieux et ils ont peur de la mort. Si on parvient à supprimer ces deux peurs, les hommes seront heureux.
- Et il y parvient ton Epicure ?
- Ce n'est pas "mon" Epicure ! Mais oui, je crois qu'il y parvient.
- Comment ?
- Pour la peur des dieux, c'est facile : il suffit d'expliquer que les dieux n'ont pas plus crée les hommes qu'ils n'ont crée le monde, qu'ils ne s'y intéressent même pas tant ils sont occupés à gérer leurs petites affaires et que par conséquent les hommes n'ont pas à craindre le regard des dieux qui regardent ailleurs. Pour la peur de la mort...
- Oh, oh, pas si vite. Il ne suffit pas de dire, il faut peut-être aussi le démontrer !
- Pour la peur de la mort, c'est un peu plus difficile parce qu'il faut d'abord expliquer ce que c'est que la vie et par conséquent expliquer la formation de l'univers, un univers qui n'a pas été crée par une instance divine puisqu'il n'est que l'assemblage en partie fortuit et surtout provisoire d'éléments infimes que l'on a pris l'habitude d'appeler "atomes". C'est en essayant d'expliquer la nature des choses, qu' Epicure entend supprimer les grandes angoisses existentielles de l'homme. Tu sais, le "D'où venons nous ? Où allons nous ? etc.... "
Comme tu le vois les deux peurs sont liées, et la réponse à ces deux peurs passe nécessairement par la connaissance du monde physique. Cela ne veut pas dire qu'Epicure a résolu toutes les questions, il y a dans ses propositions beaucoup d'approximations. N'importe quel scientifique te dira qu'une hypothèse qui n'a pas été vérifiée par l'expérimentation reste une hypothèse. Epicure avance donc à tâtons, imagine. Il imagine même beaucoup et cela donne quelques pages assez drôles, celles sur les atomes en particulier ! Mais il a le mérite, aux yeux de Lucrèce (et aux miens) d'avoir essayé, d'avoir ouvert des pistes, lancé des suggestions dont certaines seront par la suite vérifiées.
- L'univers comme un assemblage fortuit et provisoire d'atomes... donc en perpétuelle évolution... un assemblage qui s'est fait comme cela mais aurait pu se faire autrement .... un nombre illimité d'atomes et donc la possibilité d'avoir d'autres univers, semblables au nôtre ou différents, plusieurs univers qui se sont composés, se composent se décomposeront....
Ouah ! quelles perspectives ... ya vraiment tout ça dans ce petit bouquin ?
- Tout ça et beaucoup plus parce que ce que tu viens de dire à propos de l'univers, tu peux le dire de chaque être vivant... Je suis, tu n'es qu'un petit assemblage d'atomes. Ton existence ne tient qu'à cette capacité que les atomes ont de s'accrocher entre eux...
- Ah, oui, les atomes crochus ! Alors quand tu meurs, ce sont les crochets qui lâchent...
- Si on veut, et ces même atomes vont se disperser et vraisemblablement aller s'accrocher ailleurs.
- Rien de perdu donc !
- Rien de perdu ! et comme tu le vois, la mort, ce n'est que la fin d'un assemblage particulier. Lucrèce reconnaît quand même que c'est sans doute un moment un peu difficile à passer ; mais comme "après" ressemblera exactement à "avant", pas de quoi se faire du souci !
- En effet ! Du coup je me demande où mes atomes, enfin mes ex-atomes, vont aller s'accrocher ?
- Plus précisément, tu peux te demander avec quels autres atomes, tes ex-atomes - qui ne t'ont jamais véritablement appartenu, souviens-toi, ce n'était qu'un prêt - vont aller se mélanger. Tu vois que Lucrèce, ça fait rêver ! Dans le livre II par exemple, tu trouveras un inventaire des atomes : il y a des atomes lisses et ronds, d'autres crochus et serrés, d'autres qui ne sont ni tout à fait lisses ni tout à fait crochus et armés de pointes; il y en a des petits, des gros, des très légers, des particulièrement subtils... pas très scientifique peut-être, mais très amusant.
- Je récapitule : si nous savons comment fonctionne l’univers, nous n’aurons plus peur de la mort ni des dieux. Atomisée, la mort ! Et les dieux ? volatilisés !
- Pas exactement ; les dieux sont toujours là, mais ils ne s’occupent pas de nous.
- Oui, mais comme ils ne sont pour rien dans cette histoire, et que ni l’univers, ni les hommes ne dépendent d’eux, Epicure aurait aussi bien pu les supprimer, non ?
- Sans doute mais à son époque, ce devait être difficile. Et puis Zeus, Hera, Aphrodite, Athena et les autres, ça fait quand même de belles histoires, non ? `
- C’est vrai…
- A propos d’histoires, il y en a de très drôles dans le De Natura rerum ? Ainsi, dans le livre IV , il y a tout un passage sur la passion amoureuse, à mourir de rire ! Ecoute !

« Il faut repousser tout ce qui peut nourrir la passion ; il faut distraire notre esprit, il vaut mieux jeter la sève amassée en nous dans les premiers corps venus que de la réserver à un seul par une passion exclusive qui nous promet soucis et tourments. L’amour est un abcès qui, à le nourrir, s’avive et s’envenime ; c’est une frénésie que chaque jour accroît, et le mal s’aggrave si de nouvelles blessures ne font pas diversion à la première […] »
Et la page qui suit, c’est encore pire :
« [...] la vie de l’amant est nécessairement vouée à l’esclavage. Il voit son bien se fondre, s’en aller en tapis de Babylone, il néglige ses devoirs ; sa réputation s’altère et chancelle. Tout cela pour des parfums, pour de belles chaussures de Sycone qui rient aux pieds d’une maîtresse, pour d’énormes émeraudes […] "

- Et ça te fait rire !
- Bien sûr ! parce que c'est tellement excessif que ça en devient risible. Lis toi-même, tu verras. Un vrai délire de misogyne ! Que veux-tu, nul n’est parfait et c’est tant mieux !

- Et ton troisième point dans tout ça, tu l’as oublié ?
- Pas du tout ! J’y viens : le clinamen !
- Le quoi ?
- Clinamen . Essaye d’imaginer un nombre illimité (!) d’atomes en train de se mouvoir dans l’espace infini. Les uns avec crochets, les autres sans crochets. Voici ce que dit Lucrèce :

« Les atomes descendent bien en droite ligne dans le vide, entraînés par leur pesanteur ; mais il leur arrive, on ne saurait dire où ni quand, de s’écarter un peu de la verticale, si peu qu’à peine peut-on parler d’une déclinaison. »
Sans cet écart, tous, comme des gouttes de pluie, ne cesseraient de tomber à travers le vide immense ; il n’y aurait point lieu à rencontres, à chocs, et jamais la nature n’eût pu rien créer. »

Déclinaison, en latin, se dit "clinamen". C’est cet écart, infime et indéterminé qui fonde notre existence, et par là même notre liberté.
- Comment ça, notre liberté ?
- Sans cet écart, sans cette part d’aléatoire, tout l’univers serait régi par la seule nécessité des lois physiques, des lois de la gravitation par exemple. Grâce à ce minuscule écart, nous échappons à la détermination. Elle est peut-être infime notre liberté, mais elle existe ! Tu comprends maintenant pourquoi le De Natura rerum est une œuvre majeure, une œuvre fondatrice. Et tu devines aussi pourquoi Epicure et les Epicuriens n’ont jamais été bien vus par ceux qui détenaient le pouvoir. La liberté, ça dérange toujours les puissants.
- Je comprends surtout qu’Epicure fonde sa métaphysique sur … la physique. Du coup, je vais peut-être regarder d’un autre œil les cours de physique et de SVT.
- Réconcilier sciences et philo, pourquoi pas, mais il y a du boulot !

07 mai 2007

Lucrèce

Après Homère, Hésiode, Platon, le théâtre grec et Eschyle, il est peut-être temps de quitter la Grèce. Non que j'en aie épuisé les richesses, loin de là, mais puisque nous sommes partis pour un long voyage littéraire qui doit nous mener jusqu'à aujourd'hui, il importe avant tout de de ne pas s'encombrer et donc de voyager léger.
J'ai toujours en tête les PPOC (Plus Petites Oeuvres Complètes ) dont j'ai essayé, pendant des années, de propager le concept afin de ne pas décourager, dès l'abord, ceux dont l'appétence culturelle n'est pas encore très affirmée. Je ne sais si l'appétit vient en mangeant, mais le goût des lettres vient en lisant, c'est certain. A condition toutefois de ne pas commencer par le plus lourd et le plus indigeste ! Des PPOC, je suis passée au BCM (bagage culturel minimum), et en voyageuse avisée je ne mets dans mon sac de voyage, que l'indispensable, de sorte qu'il reste beaucoup de place pour "les souvenirs" glanés en route, et parfois beaucoup plus précieux parce qu'on les a découverts "tout seuls" ! Je pourrais poursuivreplus loin la métaphore rappeler que des bagages bien organisés permettent de retrouver facilement ses affaires et de dénicher l'emplacement adéquat où l'on pourra glisser chaque nouvelle trouvaille. Vous venez de lire Bérénice (excellente lecture!), la pièce trouvera facilement sa place à côté des tragédies d'Eschyle; vous êtes en train de lire Aristote et vous savez déjà que vous le rangerez à côté de Platon, même s'ils doivent s'eng... un peu. La dispute est de toute façon l'apanage des philosophes (surtout quand ils se mêlent de politique ! )
J'ai l'air de donner des conseils ? Un peu trop directive ? Pas du tout : je parle, je parle mais au fond, chacun n'en fait qu'à sa tête.

Venons en aux choses sérieuses : Lucrèce. Car c'est de Lucrèce que j'aimerais vous parler ce matin. Lucrèce et son De Natura rerum; De la Nature des choses en français, souvent abrégé en De la Nature. Un peu plus de 200 pages, ce n'est pas la mer à boire; mais pour pleinement apprécier la tentative de Lucrèce, il faut prendre son temps : lire tranquillement, posément, l'un après l'autre chacun des six livres, les annoter. Revenir sur certains passages. Mon exemplaire est souligné, surligné, gribouillé ... à la mesure de mon intérêt pour ce que dit Lucrèce.

Et que dit Lucrèce ?
Mais d'abord qui était Lucrèce ?
Un poète latin, né à Rome vers 98 avant Jesus-Christ et mort en 55, suicidé peut-être !
Nous savons en réalité bien peu de choses du bonhomme. Nous n'avons guère que son oeuvre, un poème en 6 chants, rédigé en hexamètres dactyliques, 7415 vers au total ! Voilà pour la forme. L'essentiel est ailleurs, l'essentiel est dans ce que Lucrèce cherche à faire comprendre; or, ce qu'il cherche à faire comprendre, c'est la doctrine d'Epicure.

Et nous voilà revenu en Grèce.
Lorsque naît Epicure - pour autant que les dates soient confirmées - Platon vient de mourir. Aristote a une quarantaine d'années, Zénon de Citium n'est pas encore né.

- Attends, attends. Tu n'es pas en train de nous faire tourner en rond, là ? Tu devais nous parler de Lucrèce et on se retrouve en train de parler d'Epicure; on en était au premier siècle de notre ère et on retourne quatre siècles en arrière ? Arrête et explique-toi : tu nous donnes le tournis.
- D'accord, c'est pourtant simple. Si je pouvais, je te ferais un dessin, mais avec l'ordinateur, je sais pas faire.
Voyons voir... soit un axe chronologique qui va de X à Y. Tu places le point zéro au premier tiers (en gros 1000 ans avant, 2000 après : ça fait déjà pas mal comme axe culturel ! ) Tu ajoute des graduations tous les 100 ans environ, tous les 50 si tu tiens à raffiner.
- Je le fais comment mon axe ? vertical ou horizontal ?
- Aucune importance, cela revient au même. Mets ton crayon 4 siècles avant le point zéro. Et là, tu inscris 4 noms : Platon, Aristote, Epicure et Zénon. Et sous chacun de ces noms, 4 noms de lieux : Académie, Lycée, Jardin et Portique . Un moyen facile de se souvenir des 4 grandes écoles philosophiques grecques ! L'Académie pour l'école de Platon, le platonisme donc; le Lycée pour Aristote et l'aristotélisme; le Jardin pour Epicure et l' Epicurisme, et ...
- Le Portique pour... ça ne marche pas ton truc !
- Si, enfin presque. Portique, en grec, se dit "stoïcos" et l'école du portique, c'est donc le stoïcisme dont le grand maître est Zénon de Citium. 4 noms, 4 lieux, 4 grandes tendances philosophiques, au 4ème siècle (à peu près). C'est plutôt facile à retenir. Une base ... carrée sur laquelle on peut construire. Ce qui est intéressant ensuite, c'est de voir ce que sont devenues chacune de ces écoles. Comment ont-elles été perçues ? Qu'est-ce que les générations suivantes en ont retenu ? Quelles influences ont-elles eues sur l'évolution des idées?
- Ah non ! T'as dit bagage culturel minimum : là c'est plus du minimum !
- Bon, bon, mais on y reviendra peut-être quand même plus tard.... Quand tu seras mieux disposé parce que ce matin, je te sens ... "chichigneux".
- Normal : un lendemain d'élections !

- On continue quand-même ?
- Sûr ! Au moins, ça change les idées !
- Voici donc Epicure au milieu des trois autres, dans le carré de base. Le problème c'est que Platon et Aristote ont beaucoup écrit, mais pas Epicure, ni Zénon d'ailleurs ! Ou plutôt leurs oeuvres, s'il y en a eu, ne nous sont pas parvenues. Et ne me demande pas pourquoi parce que c'est une autre histoire.
- J'ai rien demandé !
- Des écrits d'Epicure nous n'avons que quelques fragments, quelques lettres et, heureusement, le grand poème de Lucrèce, son admirateur, son zélateur, qui n'a eu de cesse de vulgariser la pensée d'Epicure. Et s'il a choisi la poésie, c'est dans l'espoir de la rendre accessible à tous.
- Ah ouais, genre la cuillère de confiture ou de miel qui fait passer la pilule !
- Exactement !
- Un peu comme ton baratin non ?
- Mettons que l'intention est la même; pas le talent. Mais le problème avec Lucrèce, c'est qu' il rédige son poème, longtemps après Epicure et que nous n'avons aucune idée des textes qu'il avait à sa disposition et donc de l'écart qu'il peut-y avoir entre ce que pensait vraiment Epicure et ce que dit Lucrèce.
- C'est grave ?
- Non, pas trop. Du moment que l'on sait qu'il y a - probablement - un écart !
- Alors, ce Lucrèce et cet Epicure, pourquoi tu les aimes tellement ?
- Parce que les premiers ils ont essayé d'expliquer le monde, logiquement, rationnellement, scientifiquement sans inventer des bobards à dormir debout !
- Stop ! Deux points : Expliquer le monde ? ils n'étaient pas les premiers : Platon aussi. Et scientifiquement ? Tu m'as bien dit qu'Epicure était philosophe...
- Oui, mais à l'époque, le même mot désignait le savant et le sage; on ne faisait pas de différence entre le philosophe et le physicien. Les philosophes étaient aussi des forts en maths, Platon par exemple était super bon en algèbre. Un philosophe, pour philosopher, doit nécessairement s'appuyer sur sa connaissance du monde physique sinon sa philosophie n'est que pure spéculation. C'est en tout cas ce que je pense, mais je reconnais que depuis un ou deux siècles, cela devient de plus en plus difficile. La science va trop vite et surtout elle est de plus en plus morcelée entre des savoirs parcellaires et personne n'est plus capable de faire la synthèse. Le monde est complexe mais nous ne sommes plus capables de le saisir dans sa globalité, dans sa complexité.
- Ah non, tu ne pas pas t'y mettre toi aussi à parler de déclin des connaissances et bla bla bla...
- Certainement pas, au contraire. Je relève juste une difficulté : l'accroissement continue des connaissances ne va pas de pair avec le développement de notre intelligence. Il ne faut pas freiner les connaissances, mais juste essayer d'être plus intelligent et donc faire travailler plus intensément nos neurones. Et pour revenir à ta première remarque que je n'ai pas oubliée, Epicure et Lucrèce n'étaient certes pas les premiers à essayer d'expliquer le monde, mais ils le faisaient pour permettre aux hommes de ne plus avoir peur, car, à leurs yeux c'était la peur qui empêchait les hommes d'être heureux. Et ce qu'ils voulaient avant tout, c'est permettre aux hommes d'être plus heureux.
- Comme tous les philosophes, non ?
- Tu as vraiment mauvais esprit ce matin ! Mettons comme la plupart des philosophes, mais, eux ils y sont parvenus !
- Ah oui ? et comment ?
- Et bien je te le dirai ... demain. Ou dans quelques jours parce que demain et après demain j'ai beaucoup à faire !
- Menteuse ! Tu dis ça parce que toi aussi tu es de mauvais poil. Les élections qui ne passent pas...
- C'est vrai, elles passent mal. Mais au moins, il y a 85% de votes exprimés !

02 mai 2007

To Kill a mockingbird

Ce qui donne en français : Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur.

Voici un très beau livre, qui m'avait échappé et je suis un peu vexée ; alors qu'il a été publié en 1960, je ne l'ai découvert que très récemment, et encore par hasard. Par le hasard d'une couverture, qui plus est !

Mais une photo de Dorothea Lange, je ne pouvais pas la manquer ! Et pour cause, c'est la même photo, pareillement recadrée, qui est en couverture de la monographie sur la photographe de la FSA, publiée en 1998 par Elizabeth Partridge (éditions Viking)


Sur la quatrième de couverture du livre de Harper Lee, la photo est donnée dans son cadrage originel; on entrevoit le visage d'un garçon, un adolescent, chapeau sur la tête et bien entendu, comme souvent quand il s'agit d'e Dorothea Lange, cette photographe américaine qui, pendant la crise des années trente avait été engagée par la FSA (Farm Security Administration) pour témoigner des conditions de vie des fermiers de l'Alabama ou de l'Oklahoma, bien entendu donc, on aimerait en savoir plus sur les conditions dans lesquelles la photo a été prise. D'où venaient-ils, où allaient-ils ? Qu'est devenue cette petite fille ? N'est ce pas la même petite fille qui se niche dans le cou de sa mère dans la très célèbre photo intitulée
Migrant Mother ?

“I had to get my camera to register the things that were more important than how poor they were - their pride, their strength, their spirit.”



Dorothea Lange, photographer. "Migrant Mother, Nipomo, California." Feb. 1936.
Image trouvée sur la page www.loc.gov/rr/print/coll/052b_fsa.html.


Mais revenons à Harper Lee et à l'oiseau moqueur ! Un roman tout à fait dans l'esprit de la citation de Dorothea Lange. Un univers dans lequel je me suis parfaitement retrouvée bien qu'il soit très éloigné du mien.
Le cadre d'abord : l'Alabama des années trente, un état dans lequel la guerre de Sécession n'appartient pas encore à l'histoire, à peine au passé. Une année passée en Alabama à la fin des années 70 m'a convaincue que, pour certains sudistes, la nostalgie de "l'ante bellum" est inguérissable. Ensuite, dans ce Sud que l'on dit profond, une petite ville américaine, comme il en existe des milliers, au carrefour de Main street et de First street, mais souvent sans même une Second street, une ville suffisamment petite pour que tout le monde connaisse tout le monde. Des Blancs, des Noirs et entre les deux, un abîme. Oui c'est bien cela, souvenirs romanesques et souvenirs vécus se confondent dans ma mémoire. J'ai l'impression d'avoir moi aussi habité à Maycomb. Et croisé cent fois Scout cette gamine en salopette mélange de hardiesse et de naïveté, ainsi que son frère Jem, jamais bien loin de sa soeur quand il s'agit de la protéger bien qu'elle sache parfaitement se défendre toute seule. Leur père, Atticus Finch, qui les élève seul depuis la mort de leur mère est avocat, mais c'est surtout un humaniste dans la lignée des Abraham Lincoln ou Thomas Jefferson bien que son temps soit celui des Roosevelt. Cet avocat est commis d'office pour défendre Tom Robinson accusé d'avoir violé Mayella Ewell, pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Autant dire que le verdict est connu d'avance !

A Maycom, la ville de la famille Finch ou à Monroeville, la ville où est née et a grandi Harper Lee, il ne devait pas être facile d'apprendre à vivre et de se heurter sans cesse aux préjugés et aux conventions qui régissaient la vie de chacun. Il revient à Scout et son frère Jem, par leur candeur, leur énergie et leur confiance dans la vie, de briser ce carcan. Ensuite viendra Martin Luther King et la loi sur les droits civiques. Mais la route est encore longue ....

I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed: “We hold these truths to be self-evident: that all men are created equal.”
[•••]
I have a dream
that one day down in Alabama, with its vicious racists, with its governor
having his lips dripping with the words of interposition and nullification; one day right down in Alabama little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers.
[•••]


Certains trouveront le roman trop didactique, trop moralisateur, trop sentimental ...
M'en fous ! Je n'aime rien tant que pleurer et rire en lisant un livre.
A quoi bon un livre si ce n'est pour se mettre à la place des autres et vivre leurs émotions. Cela n'empêche en rien de réfléchir.

29 avril 2007

Still Life et le cinéma asiatique

Le film de Jia Zhang Ke, Still Life sort la semaine prochaine. Je profite de l'occasion pour dire tout le bien que j'en pense puisque j'ai eu la chance de le voir au Festival de Cinéma Asiatique qui s'est tenu à Deauville à la fin du mois de Mars.
Je n'y ai passé que deux jours et demi, à ce festival, juste le temps de me gaver de films, sans même arriver à satiété. Signe sans doute de la qualité de la programmation.

En dehors d'un hommage à James Lee (?) et Park Chan-Wook dont le dernier film I'm a cyborg but that's OK , intriguant et quasi surréaliste, n'a plus rien à voir avec sa trilogie sur la vengeance, il y avait deux compétitions parallèles, l'une consacrée aux films d'auteurs, l'autre aux films d'action, ce qui permet d'alterner les séances sans jamais se lasser. En complément étaient présentés des films déjà primés dans d'autres festivals. Un grand choix; un bon choix.

Côté cinéma d'auteur, le prix a été à Apichatpong Weerasethakul pour Syndromes and a century qui est, bizarrement le film que j'ai le moins apprécié. Trop conceptuel pour ne pas être ennuyeux !
En revanche j'ai beaucoup aimé Ad Lib Night du Coréen Lee Yoon-ki , étrange aventure d'une nuit, dans une famille en deuil; Route 225 du Japonais Nakamura Yoshihiro, intriguant et même perturbant pour les esprits trop rationnels; I dont want to sleep alone du Taiwanais Tsai Ming-Liang, qui se passe à Kuala Lumpur dans le milieu des travailleurs immigrés venus du Bangladesh, démunis parmi les plus démunis, mais pas pour autant dépourvus d'humanité. Un film violent, parce que la misère est toujours violente, mais aussi parce que les sentiments sont d'autant plus violents qu'ils ne parviennent pas à s'exprimer par la parole . Une plongée dans les bas-fonds, façon Gorki aisatique.

Mais les films qui m'ont le plus intéressée sont les films chinois ... est-ce vraiment une surprise?
Teeth of Love de Zhuang Yuxin suit pendant une décennie une jeune femme à la personnalité affirmée mais que la vie va peu à peu casser. Libre à chacun d'y voir une métaphore de l'évolution politique de la Chine.
Lost in Beijing de Li Yu, une jeune réalisatruce originaire de Shan Dong : un portrait au vitriol de la nouvelle société chinoise dont toutes les valeurs vacillent devant la valeur suprême : l'argent ! Aucun des quatre personnages ne sort indemne de cette histoire de harcellement, de viol, de chantage, alors qu'au départ il devait être question d'amour!
Still Life de Jia Zhang Ke qui a déjà une sérieuse filmographie derrière lui (Pickpocket, Platform, Plaisirs inconnus, The world). Le titre chinois Sanxia Haoren, qui peut se traduire par Les braves gens des Trois Gorges est parfaitement explicite. L'intrigue - un mineur à la recherche de sa femme partie travailler iol y a seize ans sur le chantier du barrage - sert de fil conducteur à un récit qui s'attache avant tout à montrer les conséquences de cette construction pharaonique sur la population de la région. Rien que nous ne sachions déjà, mais le film le montre avec une force qui nous laisse abasourdis à la porte du cinéma, qui nous laisse surtout sans illusion sur l'état de la société chinoise.

A côté de Still Life, The Restless de Cho Dong-ho, Dragon Tiger Gate de Wilson Yip ou même The City of Violence de Ryo Seung-Wan sont purs divertissements : splendides visuellement, ils enchaînenet combats réglés au millimètres, effets spéciaux et pyrotechnies époustouflantes pour le plus grand plaisir du spectateur sans cesse tenus sur des charbons ardents mais dont la vie n'est pas pour autant remise en question. Rien à voir avec Still Life.


Toutefois, en attendant d'aller voir Still Life, vous pouvez aller voir Très bien, merci d'Emmanuelle Cuau. histoire de bien réfléchir au type de société dans laquelle vous voulez vivre. Allez y avant... dimanche par exemple !

26 avril 2007

Lire et jardiner

Avec ce beau temps insolent qui s'est installé depuis des semaines, il est de plus en plus difficile de trouver du temps pour tout : lire, écrire, aller au cinéma, voir des ami(e)s et ... jardiner !
Surtout jardiner ! Tâche sans fin !
Mais je n'ai pas dit mon dernier mot et les deux derniers bouquins que je viens de découvrir devraient m'aider.

Le premier est intitulé Jardin sans eau. Il est publié aux éditions Edisud dans la collection Jardins Défis : Tout un programme ! L'auteur, Brigitte Lapouge propose toutes sortes de solutions pour réduire les arrosages et donc économiser à la fois l'eau et mon temps ! Une bonne idéee non ? Et apparemment un thème vendeur car vient de sortir chez Actes Sud, Un Jardin sans arrosage d' Olivier Filippi, que je n'ai pas encore eu l'occasion de parcourir. Demain sans doute... après avoir planté les deux pieds de tomate et le pot de menthe marocaine achetés samedi dernier à la foire aux plantes d'Aiguebelette ... taillé le genèvrier, biné les rosiers, tuteuré les pivoines, ratissé les fleurs de glycine, désherbé le petit talus, nettoyé l'escalier....

Le second est encore plus prometteur : Jardiner Cool de Tobias Gold et Martina Baümler qui dès la couverture remplacent "jardiner" par "Lézarder. Flemmarder. Se la couler douce . En faire moins pour en profiter plus ...."
A vrai dire les deux auteurs abuse un peu de l'adjectif "cool" et mine de rien il reste encore beaucoup à faire au jardin, mais ce qui m'intéresse particulièrement dans ce livre, c'est l'inventaire des plantes "cool", celle qui poussent sans caprices et sans chichis.

Question impertinente : si je suis tous les bons conseils de ces astucieux jardiniers, est-ce que je récupérerai suffisamment de temps pour tenir plus régulièrement mon blog ?

Mais voici un dernier titre qui ralliera, j'en suis certaine, tous les suffrages : Un Jardin pour les Oiseaux, sous-titré Attirer les amis, éloigner les indésirables et signé Gérard Grolleau.


Lire ou jardiner, est-ce là mon dilemme ? Pas demain en tout cas, car la pluie tant attendue va enfin mettre un terme à cette insoutenable légèreté de l'air .

17 avril 2007

Azouz Begag

J'ai passé une grande partie de mon dimanche à lire le dernier livre d'Azouz Begag : Un mouton dans la baignoire et je reste perplexe. Car ce livre pose finalement plus de questions qu'il n'apporte de réponses.
Il est présenté par les médias comme un "brûlot anti-sarkozyste"; sans doute ! Mais l'antinomie entre Sarkozy et Villepin est connue depuis longtemps et l'on n'est pas vraiment surpris d'apprendre que l'agressivité de Sarkozy s'exerce non seulement vis à vis de Villepin mais vis à vis de son entourage, dont Begag.

Qu'ai-je appris que je ne savais pas ?
Dès sa nomination, je me suis demandée ce que Begag allait faire dans cette galère. Car depuis la parution du Gone du Chaaba, je me suis intéressée au parcours de cet enfant des bidonvilles devenu brillant universitaire et écrivain corrosif. Son entrée en politique relève certainement d'une envie d'agir et de contribuer à atténuer les inégalités de la société française, mais c'est aussi pour lui un nouveau défi à relever, histoire de vérifier qu'il n'y a pas d'obstacle qu'il ne puisse franchir. Une aventure personnelle en quelque sorte dont le prix à payer est démesuré. Le mouton dans la baignoire, c'est celui qu'on égorge pour la fête de l'Aïd el Kebir ! Et Begag fait souvent figure, dans cette histoire, de victime expiatoire. Fier d'être ministre, de se déplacer en voiture avec chauffeur, accessoirement précédés de motards, fier de côtoyer des gens importants, des gens célèbres, Begag n'oublie pas pour autant ses origines. C'est son côté : "t'as vu d'où je viens et t'as vu où je suis".

J'ai donc la réponse à ma première question. La réponse à la deuxième question : "Pourquoi est-il resté ?" est assez vite trouvée : par fidélité à Villepin à qui il doit sa place et qu'il admire, par fidélité à lui-même et indirectement aux gens vis à vis desquels il s'est engagé : les femmes, les handicapés, les vieux, les immigrés, puisqu'il est ministre non pas de l'immigration mais de l'égalité des chances. Rester au gouvernement, malgré les avanies et les insultes c'est aussi continuer de faire face, refuser de tourner les talons dès les premières difficultés. Quitte à s'en rendre malade !

Viennent ensuite d'autres questions en rafale : les moeurs politiques sont-il réellement aussi féroces et les hommes politiques prêts à tous les coups tordus pour servir leurs seules ambitions ? J'ai du mal à le croire. Le rôle joué par les médias est-il aussi important que cela ? Qu'il soit important de faire savoir ce que l'on fait en politique, j'en conviens mais que la médiatisation d'une fonction finisse par devenir plus importante que la fonction me paraît inquiétant. Accorder tant d'importance à la médiatisation de son action n'est-ce pas faire glisser le pouvoir du côté des médias plutôt que des hommes politiques ? Comment se faire une place au milieu des loups quand rien dans votre vie précédente ne vous y a préparé ? Un vrai pêle-mêle de questions que je n'ai pas encore fini de débrouissailler.

Mais toutes ces questions aboutissent finalement au grand dilemne des écrivains tentés par la politique ? Où se situer si l'on veut être efficace ? Hugo, Zola, Malraux, Camus, Mauriac, Hemingway... ils sont nombreux à s'être posé la question. La réponse est loin d'être évidente et chacun peut se tromper.

16 avril 2007

Bruges

Pour évoquer Bruges - où nous nous sommes brièvement arrêtés à l'occasion d'une escapade printanière, il n'y a que deux solutions :

la carte postale

(signée Marc Boseret et publiée aux éditions Artistic wies)

puisque la ville - et ses canaux - est (presque) aussi connue que sa rivale italienne !


ou le détail insolite


une rampe d'escalier qui aurait pu être photographiée n'importe où !

Il y a bien sûr la possibilité aussi de se référer aux musées, en particulier celui de Memling, enfant de la cité ou celui... du chocolat ! Mais je crois que de Bruges je garderai surtout le souvenir des béguinages ...

qui, même redevenus simples lieux d'habitation, gardent quelque chose de leur sérénité originelle.

Sérénité : un terme qui convient bien à cette ville.

Et qui convient tout aussi bien à La Galleria, délicieuse maison d'hôtes où nous avons, trop brièvement logé. L'accueil y est charmant, les chambres ravissantes, le petit déjeuner délicieux et cerise sur le gâteau, La Galleria est aussi, comme vous pouviez vous en douter, une galerie d'art.
http://www.lagalleria.be/fr/bienvenue.php
Une adresse à glisser toutes affaires cessantes dans votre agenda !

13 avril 2007

Impossible de quitter le Laos sans parler de livres !
Deux seulement, petits et peu encombrants, mais qui accompagnent parfaitement le voyage.

Sao Keo ou le bonheur immobile de Pierre Billotey est un roman d'amour autant qu'un roman d'aventures. Deux destins parallèles, deux hommes ensorcelés par le Laos et qui vivent, à vingt années d'écart la même histoire ! Un roman à la Somerset Maugham, publié en 1930 et réédité chez Kailash en 1999.
J'ai déjà parlé de cette maison d'édition de Pondichery qui s'est spécialisé dans la réédition de vieux romans exotiques, romans "coloniaux" pour la plupart. Des livres plaisants à lire autant qu'à regarder et à manipuler (format, choix du papier, du cartonnage, du dessin de couverture...) Le livre une fois reposé, il reste le sentiment d'avoir un peu mieux compris l'esprit d'une époque.

Le deuxième livre est simplement intitulé Le Laos. Il s'agit d'un récit de voyage époustouflant parce qu'effectué par une femme, Isabelle Massieu, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'avait pas froid aux yeux ! Entre Décembre 1896 et Mars 1897, elle entreprend de rejoindre Hué, ancienne capitale du Vietnam, en partant de la Birmanie et par conséquent en traversant le Laos. Seule ! On se plaint de l'état des routes laotiennes mais en 1897, il n'y avait tout simplement pas de routes : le voyage s'est donc effectué par voie fluviale (rapides compris) jusqu'à Luang Prabang puis en taillant une piste à travers la jungle. "J'ai renoncé aux voies d'eau pour quitter Luang Prabang [...] Donc, à cheval, et malgré les tigres ! Go ahead ! " Et ce n'est pas de la frime ! Car elle l'a vraiment fait ...
Qui était Isabelle Massieu ? Impossible d'en savoir plus que ce que nous en dit l'éditeur, c'est à dire trois fois rien. Le Net est pour une fois muet ! Pourtant le personnage est sacrément intriguant ! Intrépide sans aucun doute ; mais contrairement à Ella Maillart, très centrée sur elle-même, Isabelle Massieu ne cesse d'analyser, de comparer, de commenter. Une simple voyageuse ? une observatrice chargée de mission ? mais par qui ? une espionne ? au service de qui ?
Le livre est publié aux éditions Magellan et Cie, dans une collection intitulée Heureux qui comme ... dont les astucieux directeurs dénichent de vieux récits de voyage inédits et souvent passionnants. Celui-ci m'a paru exceptionnel, peut-être simplement parce qu'il s'accordait bien avec l'esprit du voyage.

10 avril 2007

Encore des adresses ?

Oui, mais en vitesse car il serait peut-être temps de passer à autre chose.

Laos, a weavers dream ? Sans aucun doute ! Le Laos est un pays de tisserands et, par conséquent, un pays pour les passionnés de tissage, ou plus simplement pour tous ceux que les textiles intéressent.
Pas un village "ethnique", pas un marché sans métier à tisser et démonstration de tissage (ou de broderie ! ) On retrouve ensuite, dans les boutiques de Luang Prabang ou de Vientiane, le meilleur de la production : des ateliers - souvent dirigés par des Occidentaux - qui sélectionnent fils, couleurs, motifs. Difficile de toujours résister à la tentation.
Une petite sélection de sites, en attendant d'aller voir sur place ?
http://www.ockpoptok.com/index.php/home
http://www.fibre2fabric.org/index.htmlhttp://www.laotextiles.com/
http://www.artofmekong.com
http://www.carusolao.com/
http://www.kopnoi.com/
Ces deux derniers sites sont "en construction" mais allez faire un tour sur
http://www.ecotourismlaos.com/activities/act_handicrafts.htm, vous y trouverez un répertoire complet de l'artisanat laotien.
(J'aurais bien craqué pour ces trois bouddhas dorés ! Et tant qu'à faire pour le panneau tissé sur lequel ils se détachaient si bien ! A défaut je les ai photographiés...)

Et si le tissage et les textiles ne vous passionnent pas plus que cela, arrêtez-vous à Books and tea où vous pourrez faire oeuvre utile en apportant les livres déjà lus qui pèsent si lourd dans vos bagages. D'autres en profiteront à coup sûr.
Vous pouvez également passer à Big Brother Mouse et faire provision de livres à offrir aux enfants que vous rencontrerez au gré de vos prégrinations.
http://www.bigbrothermouse.com/index.html

Mais comme il est difficile de toujours avoir la tête bien pensante et qu'en voyage la mienne est souvent futile, voici pour terminer, une autre vitrine qui m'a bien plu, celle de la fleuriste de Luang Prabang !

Pas tout à fait aussi spectaculaire que celle de Guylaine, ma fleuriste préférée, mais pas mal quand même !

Les bonnes adresses de Luang Prabang ?

Les guides sont faits pour en donner. Mais à Luang Prabang, nous avons eu le temps de nous poser assez longtemps pour en apprécier certaines plus que d'autres et en découvrir quelques unes qui ne sont pas encore dans les guides.

Un quartier ? sans hésiter, le vieux quartiers français, en gros entre l'école située juste à côté de la Villa Santi, au début de la rue Sakkarine et le bout de la péninsule. Un quartier proche de tout, mais assez loin du tohu-bohu de Sisavangvong; un quartier comme un village avec ses petites échoppes, ses boutiques, chics ou moins chics, ses hôtels classsieux et ses maisons d'hôtes beaucoup plus modestes; un quartier comme un village avec ses petits jardins, ses coqs (bruyants les coqs !), ses enfants qui jouent dans la rue avant d'aller à l'école, les étudiants des Beaux-Arts qui s'essayent à la peinture devant motif. Quelle que soit l'heure, il y a toujours quelque chose pour accrocher le regard, pour éveiller la curiosité ...

les galettes déposées sur des panneaux de bambou qui sèchent au soleil,

les poubelles fabriquées dans de vieux pneus, qui attendent d'être ramassées...






le va et vient des tucs-tucs, des vélos, des passants; le vieux fou qui arbore casque colonial et sarong un jour, capote militaire et bonnet de laine le lendemain ...



Un café ? sans hésiter, le Ban Sene http://www.elephant-restau.com/FR/liens.htm juste en face de l'école. Facile à trouver et des tas de raisons pour en faire son QG ! En voici déjà trois :
- La tarte au citron : un régal ! Aussi bonne que celle d'Odile ce qui n'est pas rien.
- En terrasse ou à l'intérieur ? Qu'importe puisque les portes sont grand ouvertes. Il suffit d'ouvir les yeux et de laisser traîner ses oreilles : entre l'école et la rue, le spectacle est permanent.
- Les serveurs sont non seulement aimables et efficaces, mais ... très beaux !
Pourtant la vraie raison de notre assiduité tient en deux mots : Le Monde ! Oui, c 'est ici que tous les jours, sous un prétexte ou un autre - un petit coup de fatigue, une grande soif - nous allions nous poser, le temps de lire, imprimée en grand format, la version Internet du journal . Le Monde en même temps - peut-être même avant- qu'à Paris : pour un provincial, quelle conquête !

Un restaurant ? Classique et classieux ? le restaurant en étage de la Villa Santi http://www.villasantihotel.com/ si possible en terrasse. Mais celui d'en face, Les Trois Eléphants ou peut-être Les Trois Nagas, a aussi sa terrasse en étage alors...
Vous y mangerez français ou asiatique. C'est chic, un peu snob et bien sûr un peu cher sans laisser vraiment un souvenir gastronomique inoubliable, mais on y va plutôt pour l'atmosphère. Néo-coloniale ?
Juste à côté du restaurant L'Eléphant (de bonne réputation mais cher), Couleur Café, sur fond de jazz est une adresse plus raisonnable dans le genre branché - sympa. Il a même une critique dans le NY Times : c'est dire ! http://travel.nytimes.com/travel/guides/asia/laos/luang-prabang/restaurant-detail.html?vid=1154654648200

Mais pour une vraie expérience culinaire, pour goûter la vraie cuisine laotienne, une seule adresse : Le Tamarind, en face du Vat Nong. Délicieux petit restaurant où la composition de chaque plat vous est soigneusement expliqué et si vous ne parvenez pas à choisir, optez pour une des assiettes de dégustations ! Quant aux jus de fruits frais, quel régal ! Et si vous allez y prendre un verre sur le coup de 5 heures de l'après-midi, vous entendrez, depuis la terrasse, psalmodier les moines !

Pour se loger ? l'embarras du choix ! Il y a bien sûr la Maison Souvannahom, ancienne résidence d'un prince, mais c'est plutôt l'endroit que l'on va voir pour sa déco - superbe effet de couleurs dans la salle à manger : verres rouges, serviettes noires sur vaisselle blanche ! et très bel accrochage de photos dans le hall d'acceuil - ou pour y prendre un verre au bord de la piscine.

Mais la maison Souvannaphoum étant à l'opposé de mon quartier d'élection, j'ai préféré la très modeste Amata guesthouse, extraordinairement bien située et dont les propriétaires sont absolument charmants.

Avantage supplémentaire, il suffit de sortir sur la terrasse pour assister au défilé matinal des moines mendiants ! Pas de petit déjeuner, mais un nouveau bâtiment est en cours de construction qui doit bientôt abriter un café. Les murs sont en papier (en bambou plutôt!) ce qui permet de vivre en symbiose avec les bruits de la rue et d'être réveillés, à 6 heures du matin par un étrange bruit : pong, pong, pong, pong, assez régulier... deux gamins qui dans la rue s'entraînent au badminton ! Mais je préfère ce bruit à celui des voitures....

Des adresses de shopping ? pas le temps aujourd'hui : il faudra attendre ... le prochain billet ?




06 avril 2007

Luang Prabang en livres

Si j'ai réussi à vous faire partager mon intérêt pour cette ville, voici deux livres qui devraient vous plaire.

Le premier, simplement intitulé Luang Prabang est l'oeuvre de quatre jeunes gens passionnés : Thomas Renaut pour les photos; Francis Engelman pour le texte et les légendes, Jean-Christophe Marchal et François Greck pour les croquis. Le livre est publié par les Editions d'Indochine dans la collection Capitales de Légende. Il est peut-être difficile à trouver. Mais voici le site de l'éditeur qui vous permettra de découvrir d'autres titres de la collection.
http://www.asaeditions.com/html/capitales.htm

Le second, Luang Prabang, an architectural journey est une oeuvre collective qui reprend certains des "documents visuels et techniques" qui ont servi à constituer le dossier qui a permis d'inscrire Luang Prabang sur la Liste de l'Héritage Mondial de l'Unesco. Il est publié - en anglais - aux Ateliers de la Peninsule dont voici le site :
http://www.peninsulasgroup.com/webcontent/001/... et voici la page du livre qui correspond à l'une de "mes" trois maisons

Les deux livres font partie des "beaux livres intelligents" : photos superbes, dessins fouillés, textes brefs mais suffisants, informatifs sans être austères, mise en page dynamique et agréable à l'oeil. Un régal.

05 avril 2007

Architecture coloniale




Luang Prabang est définitivement une ville pour les amoureux de l'architecture, car à côté des pagodes bouddhistes dont j'ai déjà parlé il y ces grandes bâtisses qui datent de l'époque coloniale qui ont l'air de vieilles demeures provinciales, maisons de notables, spacieuses, élaborées, avec parfois quelque chose d'un peu asiatique : une corniche relevée, un fronton alambiqué, un porche ...
Certaines, protégées par l'Unesco, ont été restaurées; elles ont changé de fonction et abritent désormais boutiques, hôtels ou restaurants. D'autres, à l'abandon, sont restés en l'état, décaties, rongées par l'humidité, au bord de la ruine. Les jardins sont envahis par les ronces au milieu desquelles se glisse parfois un bougainvillé.

Ce sont elles qui ont ma préférence.
Car elles permettent de rêver, d'imaginer... de se souvenir des fêtes, des réceptions ou des disputes dont leurs murs ont été les témoins. De se demander par quel bout on commencerait si on avait la charge de les restaurer. Faut-il garder sur les murs ce jaune un peu fade ? Et le flamboyant qui a trop poussé faudra-t-il l'abattre pour redonner aux pièces du haut un peu de luminosité ? Et l'escalier, moussu et branlant, pourra-t-on le conserver ?










Si j'avais eu des euros, des dollars, des baths ou des kips plein mes poches, j'aurais acheté trois maisons à Luang Prabang. Une blanche, juste en face de l'Amata, notre petite "guesthouse", la rose tout au bout de la rue avant d'arriver au Vat Xieng Thong et puis la jaune dans la rue perpendicualire à côté de la galerie du jeune photographe qui vient de s'installer.

Si vous passez par Luang Prabang, soyez gentils, dites-moi ce que ces maisons sont devenues !

04 avril 2007

Les pagodes de Luang Prabang

Dans notre souvenir, c'étaient les plus belles pagodes du monde : fines, élancées, délicates...dorées à l'or fin : de vraies feuilles d'or que les fidèles achetaient par piété, apparemment plus soucieux d'orner l'habitat de leurs dieux que de remplir leurs ventres. Rouge, noir, or. Trois couleurs seulement. Pas de monstres, pas de grotesques mais des Apsaras, des fleurs stylisées, des motifs appliqués au pochoir sur les colonnes qui soutenaient les temples.
Comme sur cette vieille diapo de 1974 !


Aujourd'hui, les pagodes sont toujours là.

Un temps abandonnées pour cause de différent idéologique, elles ont été réouvertes lorsque le Laos est passé à un régime communiste "allègé".
Certaines ont été restaurées, grâce aux efforts conjugués de l'Unesco et de bienveillants donateurs, souvent des Laotiens expatriés.
D'autres restaurations sont en cours ...

Pourtant l'éblouissement n'est plus le même !
Notre regard s'est-il blasé ?
Je ne crois pas.
Il y a, à Luang Prabang plus de 25 pagodes : Vat Xieng Thong, Vat Visunarat, Vat Aham, Vat That Luang, Vat Maisuvannaphumaham, Vat Manolom, Vat Xieng Muan, sans oublier les temples du Phus Si, la colline qui domine la ville : de quoi tourner la tête à n'importe quel amoureux de l'architecture bouddhiste.
Mais celle qui a ma préférence, celle qui m'a vraiment émue se trouve de l'autre côté du Mékong, dans le village de Xieng Maen dont elle porte le nom. Elle n'est ni plus grande, ni plus vieille, ni plus prestigieuse que les autres : mais lorsque la vieux moine qui en a la charge a sorti de sa poche une très grosse clef et poussé les deux battants de la porte, dans l'instant, j'ai retrouvé tout ce dont je me souvenais et que j'aime tant : une forêt de colonnes noires et or, dans un ensemble rouge sang. Simple, modeste, éblouissant.
Et puis, il faut bien le dire, nous étions seuls ...

02 avril 2007

Lundi classique : Eschyle

Pourquoi Eschyle ?
Parceque s'il n'est pas le premier et le plus ancien des auteurs tragiques, il est le premier et le plus ancien des auteurs tragiques que nous connaissons et parce que j'aime bien le principe des textes fondateurs. Comment tout cela - la littérature, le théâtre, la culture ... - a-t-il commencé ?
Et pourquoi Prométhée enchaîné ?
Parce que le mythe de Prométhée est justement le mythe fondateur de la culture occidentale.
- C'est vrai, tu nous en a déjà parlé. C'était... c'était... à propos d'Hésiode non ?
- Gagné ! Et ce qui est intéressant, c'est de comparer les différentes versions du mythe.

Si tu as lu la pièce, tu as très vite repéré son fonctionnement qui n'a pas grand chose à voir avec celui des tragédies du XVIIe; ce n'est qu'une succession de scènes toutes construites sur le même modèle : Prométhée face à un autre personnage. Les uns, Héphaïstos et Hermès, sont plutôt du côté de Zeus; les autres Océan et Io, plutôt du côté de Prométhée. Quant au choeur, il sert essentiellemet de groom (celui qui tient la porte ouverte pour faire entrer un nouveau personnage), mais un groom qui n'hésite pas à donner son avis et à faire des commentaires.

L'histoire en quelques mots ? Prométhée est puni parce qu'il a commis une double faute : en essayant de protéger les hommes, il s'est révolté contre Zeus. Le châtiment est à la mesure de sa faute : effroyable !

Mais voyons de plus près comment Eschyle présente la "faute" de Prométhée.
Zeus avait entrepris de faire de l'ordre chez lui, en attribuant à chacun tel ou tel privilège. Mais rien pour les mortels. Pire il voulait en faire disparaître la race tout entière pour en faire naître une nouvelle - décidément une manie chez les dieux ! Prométhée, pris de pitié, s'y oppose.
"Mais peut - être as tu poussé la bonté plus loin encore ? " s'interroge alors le Coryphée, qui connaît son Prométhée.
" Oui, j'ai mis fin aux terreurs que la vue de la mort cause aux mortels. " avoue fièrement le protecteur des hommes qui précise : "j'ai logé en eux d'aveugles espérances." et reconnaît deux lignes plus loin "J'ai fait plus encore : je leur ai donné le feu." Prométhée, comme tu le vois, a fait des hommes, "des êtres doués de raison et de réflexion." et c'est pour cela qu'il est puni !
Le message est clair, il est le même que celui d'Epicure; il est le même que celui d'Homère ! C'est parce qu'il prenait le temps de réfléchir qu'Ulysse a survécu à l'Odyssée; c'est parce qu' il utilise les lumières de la raison pour expliquer la nature des choses qu'Epicure a permis aux hommes de ne plus avoir peur de la mort. C'est toujours le même fil que l'on tire pour essayer de sortir l'humanité de sa fange.
Plutôt fierot le Prométhée. Pas très content du supplice qui l'attend, mais il n'entend pas pour autant renoncer à son combat. Et lorsqu' Hermès se présente pour faire exécuter la sentence, Prométhée revendique non seulement son geste mais annonce la chute du tyran : "[...] qu'il lance la flamme dévorante, qu'en déchaînant la neige à l'aile blanche et les tonnerres souterrains il confonde et bouleverse le monde entier, rien de tout cela ne me fera fléchir et je ne lui révèlerai point par qui il doit être renversé du pouvoir. "

- Dis, ça rappelle pas un peu Molière ?
- La fin de Don Juan ? Oui, tout à fait ! Le même fil encore et toujours, qui va de l'un à l'autre. Tu pourrais penser aussi à l' Antigone d'Anouilh... Rien que des emmerdeurs ! Pas contents du monde tel qu'il est et qui le font savoir. Des empêcheurs de tyraniser en rond. Ou simplement des gens qui posent les bonnes questions, celles qui dérangent.
Mais pour en revenir au Prométhée d'Eschyle, écoute ça :
"Dès lors, que la tresse de feu à double pointe soit lancée sur moi, que l'éther soit ébranlé par la foudre et la rage des vents sauvages; que leur souffle, secouant la terre, l'arrache de ses fondements, avec ses racines; que la houle bruyante et rude des mers confonde dans le firmament les orbites des astres et qu'il précipite mon corps au fond du ténébreux Tartare dans les tourbilllons d'une impitoyable contrainte : en tout cas, il n'arrivera pas à faire mourir le dieu que je suis. "
Belle période oratoire, non ?
- Superbe exemple de réthorique en effet, mais surtout quel défi lancé à la face de Zeus.
- D'autant plus que jusqu'au dernier moment Prométhée ne cède pas : alors même qu'il est foudroyé, il prend le ciel à témoin pour dénoncer le caractère injuste du châtiment qu'on lui inflige : "Voilà donc la rafale que Zeus, pour m'épouvanter, déchaîne ouvertement sur moi. O ma vénérable mère et toi, Ether, qui fais rouler autour du monde la lumière commune à tous, voyez-vous quel traitement inique on m'inflige. "
Tu vois, c'est ce que j'aime dans cette pièce. Eschyle fait de Prométhée un super-héros et prend soin de lui laisser le dernier mot. Alors que, si tu t'en souviens, Hésiode fait de Prométhée une victime puisque "malgré tout son savoir, la contrainte d'un lien terrible le tient." La défaite de Prométhée illustre dans ce cas, l'idée que "le mal est sans remède" ou bien encore qu' "il n'est nul moyen d'échapper aux desseins de Zeus."
- Brrr... pas très optimiste ton Hésiode. Je crois que, tout bien réfléchi, je préfère la version d'Eschyle.
- Moi aussi, mais entre les deux versions, les temps ont changé. Avec Eschyle on s'approche du siècle de Périclès et de l'avènement de la démocratie. Le Zeus contre lequel Prométhée se révolte dans le texte d'Hésiode est le premier des dieux. Celui d'Eschyle est un tyran qui s'est récemment emparé du pouvoir et en use arbitrairement. Le mythe est clairement utilisé ici à des fins politiques. Intéressant non ? et cela confirme assez bien ce que je disais à propos du théâtre antique.
- Ouais, sans doute, mais on peut peut-être s'arrêter là parce que je sens que sinon on va partir du côté d'Arthaud ou de Brecht ou ...
- D'accord ! On attendra un autre lundi classique.