Yang Fudong lui semble jouer avec des images plus ludiques, rétro,
décalées dans une installation vidéo où se succèdent des images de
jeunes chinoises au bord de la mer, poses de starlettes et de naïades,
dans un univers très coloré mais carrément fictif.
Le
regard glisse d'un écran à l'autre, pris dans un tourbillon de
couleurs, fasciné, hypnotisé par les mouvement filmés au ralenti. The Coloured Sky : New Women II, 2014
est une sorte de chromo nostalgique d'une Chine qui n'a jamais existé,
ludique, sensuelle et insouciante à mille lieues de la réalité d'une
Chine laborieuse et miséreuse dans sa très large majorité.
19 avril 2016
Des artistes chinois dans la turbulence des mutations : Zhang Huan
Le titre de l'exposition présentée par la Fondation Vuitton est un peu long, mais significatif : on y retrouve des artistes connus depuis un certain temps déjà, d'autres encore totalement inconnus. On se perd un peu dans le dédale de l'exposition, on est parfois contraint de demander son chemin pour s'y retrouver, trouver les cartels qui correspondent aux oeuvres. Et comme dans toutes les expositions d'art contemporain, le pire côtoie le meilleur ou plus exactement certaines oeuvres séduisent d'emblée, d'autres laissent de glace.
Le Long Island Buddha de Zhang Huan est ici présenté entre des murs blancs, alors qu'il est souvent installé dans des parcs, des jardins, en plein air. Dans une salle voisine sont accrochées d'immenses tableaux du même artiste, l'un représentant la place Tian Anmen sous un angle inhabituel (La Cité interdite n'est pas frontale et le portrait de Mao est invisible !). Le matériau lui aussi est inhabituel puisque les tableaux ont été réalisés avec de la cendre d'encens.
Plus conceptuels qu'esthétiques les oeuvres de Zhang Huan poussent à la réflexion sur la façon dont la Chine traite son peuple. Et en particulier les Tibétains.
Le Long Island Buddha de Zhang Huan est ici présenté entre des murs blancs, alors qu'il est souvent installé dans des parcs, des jardins, en plein air. Dans une salle voisine sont accrochées d'immenses tableaux du même artiste, l'un représentant la place Tian Anmen sous un angle inhabituel (La Cité interdite n'est pas frontale et le portrait de Mao est invisible !). Le matériau lui aussi est inhabituel puisque les tableaux ont été réalisés avec de la cendre d'encens.
Plus conceptuels qu'esthétiques les oeuvres de Zhang Huan poussent à la réflexion sur la façon dont la Chine traite son peuple. Et en particulier les Tibétains.
18 avril 2016
17 avril 2016
Mon cul, ma tête
Côté pile ou côté face, il est toujours aussi beau, le paon du jardin de Vizille. Un peu prétentieux peut-être puisqu'il n'a rien de mieux à offrir que "son cul et sa tête". Mais n'est ce pas souvent le cas de certains écrivains ou cinéastes ? Certains seulement. Et non, je ne les nommerai pas !
15 avril 2016
Fondation Vuitton
Je n'avais pas encore eu le temps de visiter la Fondation Vuitton. C'est chose faite, mais j'avoue n'être qu'à moitié séduite.
J'aurais peut-être plus apprécié l'architecture de Frank Gehry si je l'avais vue dans sa version originelle, ailes nacrées et toute en légèreté. Mais je n'ai pas aimé du tout la version "arlequin" du moment !
La circulation à l'intérieur du bâtiment est terriblement compliquée, biscornue, labyrinthique : monter, descendre, tourner autour, s'égarer, trouver porte close, revenir sur ses pas, attendre une éternité un ascenseur qui, bien entendu ne s'arrête jamais à votre étage ... L'impression d'être sous les ailes d'un moulin dont la charpente, qu'elle soit de bois ou de métal, paraît non pas aérienne, mais simplement complexe.
Les moyens techniques qui ont permis la réalisation de ce caprice
architectural sont certainement prodigieux, mais le visiteur ne trouve en fin de compte
d'apaisement que dans l'horizontalité et le parallélisme de l'escalier
d'eau.
L'eau sans doute et les miroirs qui fractionnent et multiplient les formes tout en les adoucissant.
La perspective donnée par la longue colonnade jaune et son jeu de miroirs est, j'en conviens assez hypnotique.
Mais je me demande si, à tout ce brio architectural, je n'ai pas préféré, la douceur d'un arbre en fleurs...
... ou la vue sur un Paris inattendu depuis une des terrasses supérieures. Pour un peu l'horizon parisien prendrait des allures de "skyline" américain !
14 avril 2016
Fernell Franco à la Fondation Cartier
C'est la deuxième exposition à la fondation Cartier, mais après les immenses photos de Daido Moriyama, les photos de Fernell Franco, plus modestes en taille souffrent un peu de la comparaison. C'est dommage car son travail est également intéressant, entre photographie urbaine et photographie sociale. Franco Fernell reste très proche du photo-reportage, d'autant que les clichés exposés à la fondation concernent tous la ville où il a grandi, Cali, la grande rivale de Medellin !
Les seules photos en grand format, sont les plus étranges : de gros paquets emballés de toiles et de cordes et dont, bien entendu, on ne connaît pas le contenu ce qui laisse le champ libre à l'imagination.
13 avril 2016
森山大道 à la Fondation Cartier
On entre dans le labyrinthe photographique de Daido Moriyama, comme happé par la couleur. Ce qui, pour un photographe connu pour avoir surtout travaillé sur le noir et blanc, est assez curieux.
Les photos sont associées par deux, comme des dominos, mais aussi par trois, quatre ou six, ce qui implique une interrogation sur la raison de l'assemblage.
La raison est parfois aussi évidente qu'une association de couleurs, ou de formes...
Surréalistes les photos de Daido Moriyama ? Sans doute un peu. Mais on retrouve d'une photo à l'autre, des motifs,
des thèmes, des obsessions - arrondis des tuyauteries, grillages et
résilles, entrelacements des branches ou des fils électriques...
Daido Moriyama aime errer au hasard des rues, c'est un flâneur des villes qui porte son regard là où les autres ne le portent pas, sur les détails curieux plus que sur les grandes réussites architecturales, sur les scories urbaines plus que sur les joyaux de la civilisation.
Dans la salle à côté, sont présentées par vagues de quatre, en grand format vertical d'autres photos en noir et blanc, peut-être plus dans sa manière habituelle. Avec des noirs très noirs.
En couleur ou en noir et blanc le regard de Daido Moriyama sur la ville nous incite à ouvrir les yeux sur notre environnement et sans doute à changer notre regard sur la ville.
12 avril 2016
06 avril 2016
Un hommage à Jim Harrison
Jim Harrison est mort il y a quelques jours. Ce n'était pas mon écrivain américain préféré. Certains de ses livres m'ont beaucoup plus, d'autres un peu moins voire pas du tout.
Mais un écrivain que j'aime beaucoup, Dan O' Brien lui a rendu un très bel hommage sur son blog.
Un beau texte, vraiment.
A retrouver ici : Dan O'Brien Remembers Jim Harrison
05 avril 2016
Meet the author : Craig Johnson
For Grenoble’s English speakers, the big moment
of Le Printemps du Livre was here at
last, when we could meet the author Craig Johnson, the great writer from
Wyoming.
Of course this isn’t the first time that I write about
him in this blog as I am one of many who are hooked on his books ; I have
read all of them, without ever getting the least bit bored.
Why do I like his books ? The answer is
easy : I like his characters --- strong, unique, endearing ; his
well-constructed plots, and his special talent to have us discover his country,
his landscapes, and climates in such a
way that we find ourselves escaping from the hum-drum of our daily lives. And I can’t forget to mention his special
Craig Johnson humour and irony.
So much for his books
But it’s obvious that the man himself has other
talents : he’s a born actor, a
story-teller who can always spontaneously come up with the little anecdote just
perfect to make his point. He’s also a
pro in public relations and, to top it all off, a real charmer who with just
three sentences and a burst of laughter has his audience wrapped around his
little finger.
Le Printemps
du Livre held in Grenoble last
weekend provided us with three opportunities to meet him. The first forum was a time for talking about
« whodunit » novels along with two French writers, Martin Ledun and
Pierre Pécherot. At the second
« Meet the Author », he talked about his writings in general and
about Steamboat in particular. The third get-together provided an
opportunity for his English readers (mainly coming from University Inter-Ages
English classes) to chat with the cowboy-writer, in a very informal, but ever
so congenial, way…and all in V.O.! Not
a stilted discussion, just a natural
flow of questions and answers : about his work as a writer, about Wyoming, about a particular detail in one of his
novels, about the United States in general, (and the coming presidential
elections !) about his travels throughout France… A real dialogue, with no
« B.S. » (as he would
say !). All for the pleasure of those who were there,
and there was a big crowd indeed…not everyone could get in.
A pleasant moment of exchange, both linguistic and
literary. You bet !
(Thanks to J.B. for the translation)
Printemps du livre : Craig Johnson
Pour les anglophones, le grand moment du Printemps du livre c'était la, ou plutôt les rencontres avec Craig Johnson, le grand écrivain du Wyoming !Bien sûr ce n'est pas la première fois que je parle de lui dans ce blog puisque je fais partie des accros qui ont lu tous ses livres, sans se lasser.
Pourquoi j'aime ses livres ? La réponse n'est pas difficile : des personnages forts, singuliers, attachants, des intrigues bien ficelées et cette faculté de nous faire découvrir des contrées, des paysages, des climats qui nous sortent de notre quotidien ordinaire. Sans oublier l'humour et l'ironie qui lui sont propres
Voilà pour les livres.
Mais il est évident que le bonhomme a d'autres talents : c'est un acteur né, un conteur qui a toujours sous le coude l'anecdote parfaite pour illustrer son propos, un professionnel de la communication et un séducteur qui, en trois phrases et un éclat de rire met le public dans sa poche.
Le printemps du livre qui s'est tenu ce week-end à Grenoble nous a donné trois belles occasions de le rencontrer. Une première fois pour parler polar avec deux collègues français, Marin Ledun et Pierre Pécherot. Une deuxième fois pour parler de son oeuvre en général et de Steamboat en particulier. La troisième occasion a permis à ses lecteurs anglophones (issus principalement de l'UIAD) de dialoguer avec l'écrivain cow-boy, de façon un peu chaotique certes, mais tellement sympathique ! Rien de compassé dans les échanges, juste le flux continue des questions et des réponses : sur son travail d'écrivain, sur le Wyoming, sur tel détail d'un roman, sur l'Amérique en général (et les prochaines élections ! ), sur ses voyages en France.... Un vrai dialogue, sans langue de bois.Pour le plus grand plaisir de ceux qui étaient là, et ils étaient nombreux !
Un joli moment d'échange, linguistique et littéraire.
You bet !
04 avril 2016
Printemps du livre 2016 : Guillaume Rivière
Juste deux photos pour inciter ceux que cela intéresse à aller voir l'exposition de photos intitulée "DETROIT : DECOMPOSITION, RECOMPOSITION.
Les photos de Guillaume Rivière sont exposées jusqu'au 30 avril à la bibliothèque Khateb Yacine. Il n'est sans doute pas le premier photographe à s'intéresser aux ruines de Detroit, mais ses photos, au format carré, semblent se tenir au croisement de la photo-reportage et de la photo d'art.
Les deux photos ci-dessous sont peut-être les plus sombres, mais il y a au fond de l'obscurité une tache jaune, une tache bleue et une échappée vers la lumière.
Quelque chose comme la promesse d'une sortie des ténèbres, la suggestion d'un futur possible pour la ville.
03 avril 2016
Eduardo Mendoza, Bataille de chats
Dans ce roman de Mendoza paru en Espagne en 2010 et en France en 2012, il n'est pas beaucoup question de chats, de vrais chats. Mais il y est beaucoup question de Madrid et des Madrilènes qui doivent leur surnom à un soldat d'Alphonse VI qui a réussi à escalader une muraille avec l'agilité d'un chat. Le surnom lui est resté et a fini par désigner les habitants de la ville en général.
En tout cas, dans le roman de Mendoza c'est surtout l'agilité intellectuelle de l'auteur que l'on remarque.
Il parvient en effet à raconter les querelles très embrouillées qui ont opposé les diverses factions présentes à Madrid dans les dernières semaines avant le déclenchement de la guerre civile comme s'il s'agissait d'un roman de cape et d'épée très romanesque ou d'un polar que l'on n'arrive pas tout à fait à prendre au sérieux tant s'y succèdent les rebondissements. L'affaire est grave comme l'Histoire nous l'a appris, mais l'on en n'est encore qu'aux prémices de la guerre civile, au moment exact où tout peut encore basculer d'un côté ou d'un autre; phalangistes et rouges s'affrontent dans les rues pendant qu'en coulissent les généraux peaufinent leurs plans. Dans le désordre ambiant débarque un Anglais, grand spécialiste de Velasquez, venu expertiser un tableau dont la vente pourrait permettre de financer ...
Inutile de poursuivre, car le charme du roman tient beaucoup aux effets de surprise ménagés par l'auteur. Il tient aussi à la multiplicité des personnages empruntés aux milieux sociaux les plus disparates; cela va de la haute aristocratie à particule dont les femmes sont peut-être plus délurées qu'on ne s'y attendrait jusqu'au bandit louche, aux diplomates courtois mais intransigeants, aux services de police et espions de passage.
On s'amuse beaucoup, au début surtout, à suivre à la trace les déplacements des personnages sur une carte de Madrid, à rechercher les tableaux de Velasquez mentionnés. J'avoue être toujours fascinée par la part de vérité des romans - qu'elle soit géographique ou historique - une vérité qu'Internet nous permet à tout moment de vérifier. Je me suis un peu lassée sur la fin mais j'apprécie le talent de Mendoza, un talent souvent facétieux, qui permet de revisiter une page importante de l'histoire espagnole, et même européenne.
En tout cas, dans le roman de Mendoza c'est surtout l'agilité intellectuelle de l'auteur que l'on remarque.
Il parvient en effet à raconter les querelles très embrouillées qui ont opposé les diverses factions présentes à Madrid dans les dernières semaines avant le déclenchement de la guerre civile comme s'il s'agissait d'un roman de cape et d'épée très romanesque ou d'un polar que l'on n'arrive pas tout à fait à prendre au sérieux tant s'y succèdent les rebondissements. L'affaire est grave comme l'Histoire nous l'a appris, mais l'on en n'est encore qu'aux prémices de la guerre civile, au moment exact où tout peut encore basculer d'un côté ou d'un autre; phalangistes et rouges s'affrontent dans les rues pendant qu'en coulissent les généraux peaufinent leurs plans. Dans le désordre ambiant débarque un Anglais, grand spécialiste de Velasquez, venu expertiser un tableau dont la vente pourrait permettre de financer ...Inutile de poursuivre, car le charme du roman tient beaucoup aux effets de surprise ménagés par l'auteur. Il tient aussi à la multiplicité des personnages empruntés aux milieux sociaux les plus disparates; cela va de la haute aristocratie à particule dont les femmes sont peut-être plus délurées qu'on ne s'y attendrait jusqu'au bandit louche, aux diplomates courtois mais intransigeants, aux services de police et espions de passage.
On s'amuse beaucoup, au début surtout, à suivre à la trace les déplacements des personnages sur une carte de Madrid, à rechercher les tableaux de Velasquez mentionnés. J'avoue être toujours fascinée par la part de vérité des romans - qu'elle soit géographique ou historique - une vérité qu'Internet nous permet à tout moment de vérifier. Je me suis un peu lassée sur la fin mais j'apprécie le talent de Mendoza, un talent souvent facétieux, qui permet de revisiter une page importante de l'histoire espagnole, et même européenne.
02 avril 2016
Printemps du livre 2016 : Thomas Reverdy et Duncan Wylie
Le Printemps du livre au musée. L'idée est plutôt bonne quand elle permet des rencontres entre un livre et un tableau.
La rencontre d'hier matin entre le roman de Thomas Reverdy : Il était une ville et le tableau de Duncan Wylie, Cabin Fever m'a semblé particulièrement réussie tant les deux oeuvres avaient de points en commun.
Thomas Reverdy a commencé par lire deux passages de son roman où il décrit la ville de Detroit dans son état actuel de décrépitude, d'abandon et de destruction. Le tableau de Duncan Wylie, peintre originaire du Zimbabwe qui a connu la destruction volontaire et systématique de sa ville sur ordre du président Mugabe est ensuite commenté par une guide du musée.
Les points communs entre le tableau et le livre relèvent d'une coïncidence a posteriori, d'autant que le romancier qui n'a découvert Detroit que bien après avoir écrit et publié son roman reconnaît avoir été au départ inspiré par le livre de photos d' Yves Marchand et Romain Meffre publié en 2005 sur Les Ruines de Detroit.
Ruines contre ruines, ruines d'ici et d'ailleurs le sujet reste fascinant quel que soit l'artiste qui le traite.
Dans le tableau de Duncan Wylie on voit surtout une sorte de trop plein qui déborde le cadre, le moment de la destruction brutal, violent, malgré les couleurs, alors que les photos de Romain et Meffre suggèrent plutôt l'abandon, le vide, l'absence. D'un côté l'imminence de la disparition avec encore comme un semblant de vie, de l'autre le temps d'après et le souvenir d'une grandeur passée pas totalement oubliée.
Quant au livre il dit peut-être l'entre deux, le passé et le présent, la vie au milieu des ruines; il dit aussi la résistance, le dernier moment, lorsque le choix existe encore de se laisser porter vers la mort et l'oubli ou, au contraire, de décider de vivre.
http://routedeslivres.blogspot.fr/2015/08/il-etait-une-ville.html
http://www.thomasreverdy.com/
http://www.duncan-wylie.com/
http://www.marchandmeffre.com/detroit 01 avril 2016
Printemps du livre 2016 : Judith Perrignon
Pourquoi tombe-t-on amoureux d'une ville ? Surtout d'une ville comme Detroit. C'est pourtant ce qui m'est arrivé lorsque je l'ai découverte en 2012.
Et c'est ce qui est aussi arrivé à Judith Perrignon qui depuis son reportage sur Les Jardins de Detroit paru dans le n° 12 de la revue XXI, est retournée plusieurs fois dans la ville de la General Motors.
Judith Perrignon est journaliste; elle connaît bien l'histoire de Detroit, elle connaît ses habitants et elle en parle avec passion, mais sans illusion.
Detroit, comme sans doute Berlin ou Pekin sont des villes qui ont connu des bouleversements radicaux; la rapidité des changements donne une impression de bouillonnement, de folle vitalité, mais aussi de fragilité et c'est peut-être ce qui fascine autant. En moins d'un siècle Detroit a connu tous les extrêmes : extrême opulence du début du siècle, lente déchéance depuis les années 30 jusqu'au marasme total. Vidée de l'essentiel de sa population (plus de 50% des habitants de Detroit ont fui quand ils le pouvaient encore), couverte de dettes au point de devoir se déclarer en faillite, la ville résiste pourtant, en économie de survie pour un temps, avec un futur qu'elle s'efforce de réinventer.
Detroit c'est une leçon d'histoire en accéléré où tout se carambole, l'économie, la sociologie, la culture... Detroit, c'est une ville, mais surtout des habitants, qui aiment leur ville et en sont fiers.
"Ma ville en ruine et moi on se ressemble, on est deux vieilles mal en point, on suffoque en août et on grelotte en janvier, on a les mêmes souvenirs, les mêmes fantômes, la même nostalgie, on a cru trouver de l'or, connu la folie des grandeurs et des cadences infernales, ici Ford, General Motors et Chrysler ont dicté la taille du capot et des routes, ici a été calibré le rêve américain, ici la fièvre des modernes fomentait les cancers des maris, hommes-machines soudés à l'usine douze heures par jour et brisés lorsqu'ils rentraient chez eux, mais jamais nous ne l'avouerons, ma ville en ruine et moi, nous sommes trop fières. "C'est ce que fait dire Judith Perrignon à Mary Lee, l'un de ses personnages de son roman LES FAIBLES ET LES FORTS, un roman qui pour l'essentiel se passe en Louisiane et raconte le racisme et la difficulté des Noirs à se faire une place dans la société blanche.
Un joli roman choral, qui montre que si elle est effacée dans les lois, la ségrégation ne l'est pas encore tout à fait dans les têtes.
Judith Perrignon est présente au Printemps du livre, aujourd'hui et demain encore.
Son dernier livre : Victor Hugo vient de mourir (que je n'ai pas encore lu).
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