16 février 2012

Ruta salitrera : Chacabuco

Comme Humberstone et Santa Laura, Chacabuco est une mine abandonnée.
Mais Chacabuco c'est une toute autre histoire. Infiniment tragique.
Parce que Chacabuco est devenu, en 1973, un camp de concentration.

Chacabuco avait cette particularité d'être le seul "campamento" construit à l'intérieur d'une enceinte totalement fermée. Il suffisait d'ajouter des barbelés, quelques miradors, quelques gardes armés et de disposer des mines tout autour du camp pour prévenir toute tentative d'évasion. Comme si l'aridité du désert n'était pas suffisamment dissuasive !
C'est donc à Chacabuco qu'ont été déportés, emprisonnés, torturés et pour finir souvent tués ceux dont l'idéal politique ne pouvait s'accommoder de la dictature de Pinochet.



Chacabuco se visite. Nous l'avons donc visité, mais pour une fois ce ne sont pas les friches industrielles qui ont le plus retenu notre attention.


Sous un soleil de plomb, et dans le hurlement des hauts parleurs qui diffusaient les meilleurs rocks d'Elvis Presely (sic !) nous avons longuement arpenté le "camp de prisonnier politique" dont l'emplacement était indiqué par un panneau.


J'aime beaucoup Elvis Presley, mais dans un camp de concentration, même désaffecté, sa musique a quelque chose d'obscène. Comme sont obscènes les mots écrits en espagnol, en anglais, ou en français écrits sur les panneaux et les dépliants distribués aux touristes :

"encarcelados y aislados del mundo dieron nuevamente vida a este lugar"

"under arrest and isolated from the world, these prisoners gave new life to this place"

"Délimité par des fils de fer barbelés, des mines antipersonnelles et des tours de garde,
ce lieu a connu une nouvelle vie."


Une nouvelle vie, a new life, dar nuevamente vida ... quelle que soit la langue, ces mots ne s'accordent pas avec Chacabuco, pas plus que la musique d'Elvis Presley !

D'ailleurs à Chacabuco, je n'ai pratiquement photographié que des portes, des fenêtres, des perspectives, des échappées. Jusqu'à l'obsession.



15 février 2012

Ruta salitrera : Humberstone et Santa Laura

Humberstone et Santa Laura, situées toutes les deux à une cinquantaine de kilomètres d'Iquique, sur un plateau désertique, sont les deux "officinas" les plus visitées, ne serait-ce que parce qu'elles sont classées depuis 2005 au Patrimoine l'Humanité. Un classement bien tardif, trop tardif peut-être car certaines structures sont terriblement dégradées et paraissent difficiles à préserver en l'état, sans même parler de les restaurer.


La structure principale de Santa Laura.
A vrai dire j'en rêvais depuis si longtemps que je lui ai longtemps tourné autour avant d'oser la photographier.

On la repère de très loin et lorsqu'on s'en approche, elle paraît à la fois très imposante, et très fragile.

Nous sommes seuls sur le site et le silence est total.

Pas tout à fait en vérité parce que le vent fait claquer les tôles, le bois craque, une poulie grince....

L'énorme machine a l'air encore vivante.

Je n'ai aucune idée de ce à quoi ont bien pu servir les machines que je photographie.

Elles sont rouillées, démantelées, fracassées et pourtant elles me fixent de leurs yeux vides, comme si elles avaient quelque chose à me dire...



Je m'efforce d'imaginer le fracas, les stridences, les vibrations, la poussière, la chaleur, l'odeur âcre du salpêtre ou du goudron, de la sueur et du sang.

J'essaye d'imaginer les mouvements des poulies et des courroies, les roulements, le va-et-vient des pistons ...

mais dans l'immobilité des machines je ne vois plus que des lignes, la juxtaposition de deux couleurs, un dessin abstrait.






















Dans la partie "ville" d'Humberstone, j'erre au hasard entre l'église, l'hôtel, la "pulperia", le marché, l'hôpital ...
Le tracé des rues, l'état des bâtiments, l'énorme bâtiment de l'administration avec sa belle varangue .... l'impression est celle d'une ville déserte mais qui pourrait d'un jour à l'autre reprendre vie ou presque. Comme un musée vivant.

Deux bâtiments ont été en partie restaurés : le théâtre et l'école.
La culture et l'éducation, c'est un bon début, non ?


14 février 2012

Ruta salitrera

Suivre la route du salpêtre au Chili, c'est suivre un itinéraire plus ou moins balisé pour retrouver ici et là, quelques traces d'un passé certes disparu, mais disparu depuis peu. Une archéologie moderne, en quelque sorte, qui ne s'aventure pas beaucoup plus loin que le XXe siècle et se satisfait de vestiges industriels, de vieux wagons rouillés, de générateurs déglingués, de hangars en tôle ondulée.


Voici en gros l'histoire : Le Chili possède (ou possédait ?) d'importants gisements de salpêtre (ou nitrate de sodium), un minerai utilisé essentiellement dans la fabrication d'engrais mais aussi d'explosifs. L'exploitation du salpêtre a permis le développement économique du Nord du Chili au cours de XIXe siècle et bien que situées en plein désert d'Atacama, les mines ont vu affluer d'importantes populations de mineurs chiliens mais aussi boliviens ou péruviens. Populations qu'il fallait loger au plus près de leurs lieux de travail. C'est ainsi que sont apparues de véritables villes au coeur du désert.

Conditions de travail, conditions de vie, exploitation des uns par les autres, enrichissement, paternalisme, mouvements ouvriers, répressions ... voilà les bribes d'une histoire que l'on reconstitue en visitant ces villes et ces mines désormais fantômes. Car depuis que le procédé Haber a permis aux fabriquants d'explosifs de se passer du salpêtre chilien, les mines ont été abandonnées les unes après les autres.

Le long de la route entre Calama et Antofagasta, les "ex officinas" sont légions. De certaines il ne reste rien, qu'un panneau signalant leur emplacement. Quelques murs en adobe, un arbre mort marquent parfois l'emplacement d'un "campamento", d'une ville surgie de nulle part et maintenant disparue, comme Pampa Union qui comptait pourtant plusieurs milliers d'habitants


Retrouver l'histoire de chacune de ses mines, de chacune de ses villes n'est pas chose aisée. Le projet Album Desierto mené depuis 93 a permis de réunir sur un seul site une quantité de photos et de documents concernant l'histoire de "l'or blanc" du Chili.

11 février 2012

El Trans Atacama tren

Emprunter le Trans Atacama est une bonne façon de prendre la mesure de la géographie chilienne.

Le Trans Atacama est un train constitué de deux voitures (restaurées en 2009) tirées par une locomotive diesel, qui permet de parcourir une centaine de kilomètres dans le désert d'Atacama depuis Iquique jusqu'aux ruines de la gare de Pintados. Une distance parcourue à petite vitesse, dans la chaleur de l'été chilien puisque l'idée est de faire revivre aux passagers les conditions de transport du siècle précédent, lorsque le train constituait l'unique possibilité de se déplacer d'un point à l'autre du Chili. Le voyage pouvait alors durer plusieurs jours, et n'allait sans doute pas sans incident divers qui retardaient d'autant l'arrivée à destination.

Il ne s'agit bien sûr que d'une courte réplique de ces voyages ferroviaires, à l'intention des touristes. Mais l'itinéraire est en lui-même instructif : le train part du port d'Iquique, traverse d'abord l'immense et terrifiante zone franche (la Zofri), progresse lentement entre entrepôts et bidonvilles, avant d'attaquer la montée au milieu d'un gigantesque parking de voitures d'occasion dont on se demande comment elles ont pu être garées puisque quelques centimètres seulement les séparent, quand elles n'ont pas les roues carrément dans le vide ! On comprend alors que le moindre centimètre de surface plane doit être littéralement arraché à la montagne.


Dès que le train a pris de la hauteur, chacun se précipite à la fenêtre : à droite le Pacifique; de l'autre côté, les hauteurs désertiques de la pré-cordillère; entre les deux la ville !

La lumière est cruelle, pour les yeux comme pour les appareils photos; le paysage n'est qu'un immense champ de cailloux; des traces de pneus dans le poussière, les ruines d'un "campamento", un cimetière abandonné témoignent du combat mené par des hommes pour extraire du désert de quoi survivre (et de quoi enrichir quelques propriétaires !)




Les photos sont surexposées, on distingue mal les formes et les distances. Pas grave ! Elles disent ainsi la brûlure du soleil sur les pierres et sur les hommes. "From sun to sun !" Du lever au coucher de soleil ! C'est en ces termes que se définissait la journée de travail du mineur chilien ou des ouvriers chargés d'installer les rails du train. A la pelle et à la pioche. Par 30° ou 40 ° Celsius.

Estacion San Antonio. Les voyageurs descendent pour se dégourdir les jambes, prendre quelques photos. A côté de la voie ferrée, passe une camionnette, un camion chargé d'explosifs; plus loin, quelques bulldozers... Les ouvriers d'aujourd'hui sont mieux équipés; le travail est sans doute moins pénible, mieux payé. Mais il s'agit encore et toujours de creuser le désert pour en exploiter ses richesses. Le temps du nitrate est fini, celui du cuivre s'achève; il y a encore le lithium, les terres rares...

Je devrais sans doute, au nom de la Nature, de l'écologie, du politiquement correct m'offusquer de ce qui est en train de se passer dans le désert d'Atacama, mais, pour le moment je songe plutôt aux conditions de vie de ceux qui ont vécu et travaillé dans ce désert. Ce sont les héros anonymes d'une épopée sans gloire. Et je les admire.


Dans le cimetière de Los Pintados, les tombes sont innombrables.

Pendant que nous visitions le cimetière, un déjeuner a été préparé : nappes blanches, porcelaines, verres à pied... service à l'anglaise, puisqu'il s'agit de reconstituer les conditions de vie des "maîtres" d'autrefois.

Le principal intérêt de ce lent voyage en train est de permettre au voyageur d'imaginer ce qu'a pu être cette fameuse "route du salpêtre". Tout au long du parcours une guide rappelle faits et anecdotes qui en ont ponctué l'histoire. Drôles parfois, tragiques souvent !

De retour à Iquique, ne restera plus qu'à trouver le roman de Hernan Rivera Letelier, Los Trenes se van al purgatorio pour en savoir un peu plus sur ces voyages en train dans le désert d'Atacama.

"La locomotora emerge a la luz del amanacer corriendo a todo vapo por la llanuras de la pampa. Recortado contra un horizonte en ciernes, el convoy semeja un negro girón de sombras desprendiéndose de la noche. Y en tanto el diamante de la aurora termina de redondear el día, y el penacho de humo se despide de las estrellas trémulas, los vagones siguen desgrandando su penitente rosario de rieles. Jadeante, sin siquiera recibir el saludo crispado de algún cactus reseco, el tren se va adentrando en los más fiero del desierto, allí donde su paso irá alborotando de vida a esos perdidos pueblos saliteros acurrucado de vida como momias a la orilla de la vía. Tristes escombros abandonados cuyas ánimas - vestidas de sus mejores trajes - auún siguen recibiendo su llegada como si se tratara del acontecimiento más importante del mundo. "


Un train d'autrefois abandonné sur la voie












Et celui d'aujourd'hui, plus pimpant certes, mais le désert est le même

Pour en savoir plus sur ce train du Transatacama, le plus simple est d'aller sur leur site ou de chercher sur Youtube la video qui montre dans quel état étaient les voitures avant d'être restaurées.

"Un viaje inolvidable al corazon del desierto más arido del mundo"

10 février 2012

La nature ET l'homme

Réduire le Chili à "de beaux paysages" est certainement abusif et je ne m'y risquerai pas.
Parce que parler de la beauté d'un paysage c'est, d'une façon générale, faire référence à un état de nature "originel", à une nature sur laquelle l'homme n'est pas encore intervenu. Ces paysages existent au Chili, bien entendu, mais il en existent d'autres profondément marqués par l'aventure humaine et ces paysages m'intéressent tout autant.

Iquique, cette ville portuaire du Nord du Chili, capitale de la région de Tarapacá, mon premier point de chute au Chili est à cet égard assez remarquable : il n'y a guère plus de 2 km entre la mer et la montagne et c'est sur cette étroite bande de terre que la ville a été construite. Ce qui donne des raccourcis photographiques pour le moins surprenants ...
que l'on regarde la montagne (alt. 1000m environ) depuis le port ...


ou que l'on essaye de deviner, depuis la montée vers la montagne, la ville qui se cache derrière "el cerro del drago", une extraordinaire dune de sable dont on se dit qu'un jour ou l'autre elle finira bien par engloutir la ville.


A Antofagasta, 500 km plus au Sud, la géographie n'est guère différente : à la tombée du jour, l'ombre s'étend sur la ville qui n'a de cesse de grimper à l'assaut des collines les plus proches alors que le soleil éclaire encore les montagnes à peine plus lointaines.


Les paysages chiliens ne sont donc pas seulement beaux : ils témoignent de l'histoire d'un peuple, qui a dû, pour survive, s'accommoder d'un environnement a priori peu hospitalier et qui a forcément laissé ses traces dans le paysage ...


... parfois très anciennes, parfois plus récentes.

09 février 2012

Beaux paysages (suite)

Des dunes de sable, des roches rouges, des canyons, des geysers... déjà vu, tout ça ! En Amérique, en Libye, en Iran ou en Chine. Histoire de faire ma blasée. Mais un désert de sel, un désert où rien ne pousse, pas même un brin d'herbe, où les montagnes ont l'air saupoudrées de neige alors qu'elles ne le sont que de sel, voilà ce que je n'avais jamais vu.


Mais encore ...
Un désert de cailloux où dans l'immensité plate, contrastant avec les ocres environnant, surgit parfois une étendue verte, ou bleue : les eaux turquoise d'une lagune aux bords frangés de sel.


Laguna Miscanti, Laguna Miniques, Laguna Chaxas, Laguna Cejas, Laguna Tara... C'est à chaque fois le miracle de l'eau au milieu du désert "le plus aride du monde".

Ces lagunes sont plus belles les unes que les autres. Difficile d'en préférer l'une plutôt que l'autre !


A Laguna Cejas, on se croirait au bord de l'Antartique, à prendre chacun des amas de sel pour un iceberg miniature, le vent sculptant le sel comme il le ferait de la glace.


Laguna Chaxa ... un miroir où viennent se poser les flamands roses ...


Salar Aguas calientes ... la palette de couleurs va du rouge à l'anthracite en passant par toutes les teintes de l'ocre, du rose du beige mais aussi du bleu, du vert et du blanc...


eau, sel, sable ... dans la lumière brûlante de midi, tout finit par se confondre jusqu'à frôler l'abstraction.

08 février 2012

Beaux paysages

Pour quelles raisons décide-t-on un jour de partir au Chili ?
La première est certainement la promesse de beaux paysages, contenue dans un mot comme Atacama !
El salar de Atacama, le désert salé d'Atacama...
Situé à plus de 2000 mètres, entre les Andes et la cordillère de Domeyko, aux pieds de volcans dont certains sont toujours en activité (activité ralentie, mais activité quand même !)
De quoi faire rêver les géologues autant que les poètes et les photographes, surtout les photographes...
... tous à pied d'oeuvre pour photographier le coucher de soleil sur la Vallée de la lune !


Ou les geysers du Tatio, dans les premières lueurs de l'aube d'un petit matin glacé !


Il est vrai que le "spectacle" est assez extraordinaire pour faire oublier le souffle court (4280 mètres quand même !) et les doigts gelés (- 6° en plein été !) qui peinent à appuyer sur l'obturateur....


d'autant que le spectacle change de minute en minute, au fur et à mesure que le jour se lève.


Splendeur du ciel, de la terre et de l'eau qui masque en réalité d'horribles dangers : que la croute de sel s'effondre, que le pied bascule et voici le touriste plongé dans une eau à 85°, la bonne température pour ébouillanter un homard ! Le guide qui vous accompagne en ces terres inhospitalières tient en réserve suffisamment d'histoires épouvantables pour ramener à la stricte obéissance le voyageur un tant soit peu rétif aux consignes de sécurité !

05 février 2012

Retour de voyage

Laissez-moi poser mes valises, et je vous raconterai ...

17 janvier 2012

Stephen Shore

Thanks to a friend whod decided to drive around Texas in 4 days, I discovered a photographer which really appeals to me. He is not a brand new photographer but I just didn't know him.

He seems to have worked first under the influence of Walker Evans and travelled from East to West, from New York to Amarilo, taking photographs on the road : landscapes, small towns, details ... and published in 1982 a book of photographs entitled Uncommon Places.

When you journey through Texas you certainly drive through lots of weird little towns, like Presidio, by the mexican border. It's empy, quiet but...who knows what may happen there...



Thierry Girard, french photographer and great admirer of Stephen Shore, led me to the american photographer.
But Thierry Girard is an excellent photographer himself and his work in black and white is quite interesting as the french guy took a picture of the same place, 10 years later, without knowing the first picture ! Coïncidence !


Plus, Thierry Girard on his blog, makes all kind of commentaries about the pictures he took during his own trip to Texas and elsewhere... Much to read (as soon as I can spare a few hours !)

16 janvier 2012

La foi

"- La foi soulève des montagnes !
- Oui, des montagnes d'absurdités ! "
Je ne sais plus où j'ai trouvé cette citation mais elle me plaît bien...

14 janvier 2012

Les Acacias

Simple coïncidence : le film de Cyril Mennegun, Louise Wimmer se passait en grande partie dans une voiture, refuge ultime d'une femme en état de grande précarité; le film de Pablo Giorgelli, Les Acacias se passe presque exclusivement dans la cabine d'un camion.

Un camionneur chargé d'un trasnport de bois entre le Paraguay et Buenos Aires a accepté de prendre pour passagère une femme, sans savoir qu'elle voyagerait avec un bébé, une petite fille aux yeux comme des boutons de botinne. Le camionneur est du genre bougon, la passagère du genre taiseux, le bébé du genre ... bébé ! Elle dort, elle pleure, elle mange, elle sourit et le camionneur apparemment craque devant cette petite chose. Craque aussi pour la mère, bien entendu ! Mais imperceptiblement, subtilement, malgré lui et comme à reculons. Et il n'en faut pas beaucoup plus pour faire un film tout à fait attachant, bien qu'il ne se passe vraiment pas grand chose dans cette cabine de camion, en tout cas rien de spectaculaire ! Juste l'ébauche d'une relation possible - mais encore hypothétique - entre deux, non trois êtres humains. Car l'élément déclencheur, dans cette histoire d'amour, c'est bien cette drôle de petite fille aux yeux en bouton.

13 janvier 2012

Louise Wimmer


Pas très réjouissant a priori ce premier long métrage de Cyril Mennegun ! En effet, il met en scène une femme de 50 ans, qui, laissée sans ressource après son divorce, n'a d'autre choix que de cumuler les petits boulots et de dormir dans sa voiture. Cette mise en scène de la précarité donnerait plutôt envie de fuir, mais ce qui retient le spectateur c'est la ténacité hargneuse avec laquelle cette femme se bat, résiste, organise sa survie. Non, elle n'est pas aimable comme le lui reproche son employeur, mais peut-on l'être dans une telle situation ?

Entre documentaire et film de fiction, Louise Wimmer constitue un beau portrait de femme, avec ses forces et ses faiblesses mais toujours juste.

12 janvier 2012

Vodka Lemon

Parfois lassée des nouveautés cinématographiques, j'aime bien me consoler avec une valeur sûre sortie en DVD; si possible un des ces films bizarres, improbables que j'affectionne tout particulièrement comme ... Vodka Lemon qui commence par une scène totalement surréaliste : un lit glisse à toute vitesse sur une route enneigée.

Gras
On se croirait dans un vieux film de Polanski, du temps de Deux hommes et une armoire. Mais ce n'est pas du Polanski, c'est du Hiner Saleem, un cinéaste kurde irakien émigré depuis un certain temps en France. Il est le réalisateur de Si tu meurs, je te tue, sorti en 2011 et dont j'ai déjà fait l'éloge.

Dans Vodka Lemon (qui date de 2004) Hamo, veuf à la belle soixantaine, mais sans ressource aucune, vit dans un petit village enneigé du fin fond de l'Arménie. Il reçoit une lettre de son fils, qui a émigré en France, espère y trouver un chèque, quelques dollars... mais rien. L'enveloppe ne contient rien d'autre qu'une courte lettre. Alors Hamo se décide à vendre le seul bien qui lui reste, une armoire un peu de guingois qu'il transporte sur son dos jusqu'à la route...
Le film n'est fait que de ces petites scènes insolites qui, mises bout à bout racontent une belle histoire d'amour et de générosité malgré le dénuement extrême dans lequel vivent les personnages. Hiner Saleem aurait pu faire un film misérabiliste, tragique, compassionnel; il a choisi l'humour et la dérision.
C'est un rayon de soleil au milieu de la neige, du froid et de la gadoue. Un bel antidote au marasme et à la déprime hivernale.

11 janvier 2012

A dangerous method / Take Shelter

Bon d'accord, ce n'est pas un mauvais film, et puis les acteurs (Vigo Mortensen, Michael Fassbender, Keira Knightley ) sont effectivement excellents.
Mais je ne sais pas si c'est parce qu'il s'agit d'un film "en costumes" - la reconstitution historique aux détails près me semble toujours prendre le pas sur la mise en scène et l'histoire qu'on raconte - ou si c'est à cause de mon manque d'intérêt pour le sujet - la psychanalyse ? la rivalité professionnelle/amoureuse entre Freud et Jung ? - en tout cas le film de David Cronenberg, A dangerous method ne m'a pas vraiment passionnée.

Pas plus d'ailleurs que Take Shelter, le film de Jeff Nichols. Pourtant une histoire de petites gens d'une petite ville perdue dans les grandes plaines du Midwest avait, au départ, tout pour me plaire. Mais Take Shelter finit un peu trop par ressembler à l'étude d'un cas clinique : schizophrénie paranoïde ! La réalité ou la déformation de la réalité par un esprit malade ? Où finit la norme, ou commence la folie ? La seule chose qui permet au spectateur d'échapper à l'ennui, c'est la beauté des ces grands ciels américains, surtout par temps d'orage.

03 janvier 2012

Le Havre

Inscrite au patrimoine de l'humanité depuis 2005, toute reconstruite au carré après la guerre, Le Havre est certainement une ville singulière. Mais dans le film de Kaurismaki, elle est franchement bizarre : elle a l'air d'une ville des années 50, tristounette, mais avec plein de couleurs, presque comme dans les films de Jacques Demy ! Des murs turquoises. Des portes rouges. Des chaises ... jaunes peut-être. Pourtant dehors tout est gris, le ciel, les rues.... parce que la vie des pauvres gens, ce n'est vraiment pas grand chose.


Les films de Kaurismaki parlent tous de ces petites gens, au bord de la misère peut-être, mais certainement pas au ban de l'humanité. Car dans cette ville du Havre où l'on fait la chasse aux immigrés clandestins et même aux enfants, il y a des âmes charitables pour leur venir en aide. Ils vivent à crédit, ne savent pas de quoi seront faits leurs lendemains, mais n'hésitent pas à tendre la main. Sans faire d'histoire. Comme une évidence.


L'histoire est bien une histoire d'aujourd'hui : on y parle de Londres, de l'évacuation de Sangate. Mais l'horloge de Kaurismaki s'est arrêtée sur les années 50 : les personnages semblent évoluer dans une ville à la fois réelle et imaginaire. L'effet est un peu déstabilisant au début mais en fin de compte, le charme du film tient justement à ce précaire équilibre entre deux registres celui de l'actualité économique et politique et celui de la nostalgie; celui du réalisme social et celui de la fantaisie; celui de la tragédie qui toujours menace et celui de la comédie avec "happy end", comme dans les films de Lubitsh ou de Capra. Les dialogues sont très écrits, sonnent subtilement faux; les personnages s'appellent Arletty ou Marcel Marx. Les acteurs ont l'air empruntés, s'expriment avec componction. "As-tu mangé ? demande Marx à l'enfant noir. Et non pas "T'as mangé ? "


Je suppose que l'écriture, le style, le regard de Kaurismaki peuvent irriter. Personnellement j'adore. C'est à la fois subtil et facile, plein de clichés et de finesses. Cela ne ressemble à rien, sauf à un autre film de Kaurismaki !