31 décembre 2025

Henry Wise, Nulle part où revenir

 Nulle part où revenir est un premier roman qui s'inscrit directement dans la tradition du "rural noir" : un polar glauque et poisseux situé dans une contrée perdue du Sud des Etats-Unis, avec pour principal décor des marais insalubres qui grouillent de serpents. (Définitivement pas un roman pour les ophiophobes!) 

On connaît les ingrédients du genre, population noire pauvre, et petits blancs tout aussi pauvres, nature quasiment rendue à l'état sauvage, malgré quelques champs de tabac (ou de chanvre?), habitat délabré, drogue, alcool, sexe, violence, et bien sûr, un passé qui ne passe pas et la culpabilité qui va avec. Après, tout est question d'écriture (ou de traduction?) et surtout de dosage. Or pour se faire remarquer un écrivain à son premier roman n'a d'autre choix que d'aller dans la surenchère. 

Malgré ses efforts pour créer un personnage presque attachant - un adjoint du shérif  honnête mais velléitaire parce qu'il a lui-même un passé douteux à se reprocher - Henry Wise abuse un peu trop des ficelles du genre et son roman traîne parfois en longueur sans pour autant gagner en profondeur. Dommage.

 

30 décembre 2025

Papiers d'agrumes

Et au troisième jour .... la pluie a enfin cessé de tomber. L'occasion d'aller faire un tour à Sète et surtout au MIAM (Musée international des arts modestes) qui propose toujours des expositions originales. Qui aurait imaginé en effet que les papiers d'agrumes, ces papiers de soie qui entouraient - entourent encore ? - les oranges pouvaient faire l'objet d'une exposition tout à fait passionnante. 

 

Parce qu'elle touche au domaine du graphisme, mais pas seulement. Il y est aussi question de travail agricole, de commerce,  de marketing, de concurrence internationale ... Bref d'économie. 


Mais ce qui m'a sans doute le plus surprise, c'est le nombre de livres consacrés aux papiers d'agrumes et à leurs collectionneurs ! Je ne mangerai peut-être plus une orange, ou une clémentine, ou une mandarine de la même façon...

29 décembre 2025

Soulages

 

Noire la peinture de Soulages ? Certainement ! Mais si le tableau bénéficie de lumière naturelle, il suffit d'attendre devant la toile que le lumière change; sinon à nous de nous déplacer pour que le noir paraisse soudain plus sombre ou plus lumineux, mat ou brillant, le trait épais ou d'une finesse extrême. 

Mais avant de passer à l'outrenoir, Soulages s'était essayé au brou de noix ...

 
... aux multiples possibilités des bruns et des marrons. 
 
 

Et puis bien sûr il y a le bleu. Les bleus....
 



28 décembre 2025

Depardon au Pavillon populaire (suite)

En 2019, Depardon est aux Etats-Unis et il utilise cette fois une chambre photographique. Ce qui permet certainement un rendu supérieur à ce que peut faire un téléphone. Soit. Mais plus que la qualité incontestable de la photo, ce qui m'intéresse c'est l'objet photographié par Depardon. 

 

Un café un peu minable à deux pas de la frontière mexicaine ...

Un entrepôt banal en tôle ondulé mais très coloré...  

 

L'Amérique des petits, des humbles, des modestes. Rien à voir avec la beauté à couper le souffle des grands espaces américains. Rien à voir avec l'éclat éblouissant des buildings de N-Y ou de Chicago. Non, pas l'Amérique qui fait rêver, pas l'Amérique "instagrammable", mais l'Amérique moche, que l'on ne veut pas voir (sauf peut-être au cinéma).

C'est donc bien ce regard très personnel porté sur le monde qui caractérise les photos de Depardon.

Et c'est la raison même pour laquelle le reportage qu'il avait effectué  à Glazsgow en 1980, à la demande du Sunday Times a en fin de compte été refusé. " Trop personnelles, pas assez documentaires" ?

 

Parce que dans la noirceur des années Thatcher, Depardon essayait malgré tout de trouver un peu, un tout petit peu de couleur ? Un tout petit peu d'espoir ? Le diaporama présentée au Pavillon populaire est un des moments les plus forts de l'exposition. 


Depardon au Pavillon populaire

Depardon a photographié la ferme de ses parents et la France rurale. Et il est connu pour cela.  Mais ce n'est qu'une partie de son oeuvre photographique comme le montre intelligemment l'exposition présentée actuellement au Pavillon populaire de Montpellier. Le parcours proposée par les curateurs commence par  rappeler le travail de photographe de presse de Depardon et les travaux commandés par la Datar sur le paysage français dans les années 80. A cette date, Depardon avait déjà pas mal arpenté le monde, mais c'est en photographiant la ferme de ses parents que Depardon s'est autorisé à poser un regard moins documentaire, plus personnel sur le monde. Les salles qui suivent proposent des photos qui montrent la curiosité du photographe et son goût pour les détails, si possible colorés qu'aucune légende, aucun texte ne vient compléter. Juste un regard posé sur les choses, sur les gens.

 
Ce qui laisse au spectateur la liberté de s'interroger sur les choix du photographe. Et même de se demander si placé au même endroit il aurait fait le même choix. Car les photos de Depardon ne sont pas intimidantes, ce ne sont pas des défis techniques, des cadrages spectaculaires, des effets de lumière inattendus. 
 

Ce sont des photos très ordinaires, mais ce qui les distingue toutefois c'est l'attention portée à la couleur, qui permet de magnifier la scène la plus ordinaire.  Qu'il s'agisse, d'une scène de rue, d'un portrait, ou même  ...
 
 
 
de quelques chaises en plastique dans un bistrot lambda...


27 décembre 2025

Montpellier, quartier Antigone


Je n'étais pa revenu dans ce quartier depuis ... très longtemps et il me tenait à coeur de vérifier s'il avait pris vie, curieuse de voir comment il s'était développé. Parce que du projet papier à la construction il y a un pas, mais de la construction à son appropriation par les habitants, il y en a un autre beaucoup plus aléatoire. 


Sans remettre en cause le parti-pris de Bofil de miser sur l'histoire greco-romaine de la ville, j'ai été frappée par l'aspect monumental et pour tout dire "mussolinien" de l'ensemble qui remet l'être humain  à sa minuscule mesure. En dépit des nombreux petits restos cosmopolites qui bordent la Place du millénaire, en dépit même du marché qui se tient le mercredi sur la place du Triangle d'or, je n'ai pas été vraiment convaincue. Antigone reste un lieu de passage, agréable parce qu'entièrement piétonnier avec arbres, pelouses, fontaines et statuaire inspirée de l'antiquité. Mais vivant ? 

Il est vrai que l'épisode "cévenole" alors en cours sur Montpellier incitait plus à regarder le sol pour ne pas mettre les pieds dans l'eau jusqu'aux chevilles,  qu'à lever les yeux vers le ciel, et les éclaircies du lendemain ont été bien trop rares pour renoncer au parapluie. 


26 décembre 2025

Résurrection

Je m'étais dit que je le reverrai et lui accorderai une seconde chance, mais finalement peut-être pas. Parce qu'en dépit de sa virtuosité, et de sa passion affirmée pour le cinéma, Bi Gan, le jeune réalisateur chinois ne m'a pas totalement convaincue. 

Odyssée d'un rêveur .... mais rien n'est plus difficile à partager que les rêves. Hommage au septième art ... dans sa chronologie ? dans la diversité de ses genres ?  Encore faut-il avoir les mêmes références que le réalisateur. Traversée de l'histoire chinoise ... à condition d'avoir les repères nécessaires. Film à sketches dont chacun est consacré à un des cinq sens ? Là, je suis vraiment passée à côté ! 

La presse, dans son ensemble, rivalise de dithyrambes : "terrassante beauté", "visions fulgurantes et hypnotiques", "littéralement hallucinant", "d'une beauté sidérante", "chef d'oeuvre sensoriel et poétique", "hypnotique et vertigineux", "tourbillon de mirages et métamorphoses" .... mais pour le spectateur peu enclin à l'hypnose et aux hallucinations, le film reste largement incompréhensible et réservé apparemment à ceux qui sont capables de donner du sens aux images. 

C'est pourquoi je souscris aux propos d'Aurélien Allin qui sur le site de Cinéma Teaser reconnaît la virtuosité du cinéaste, mais la juge écrasante et paradoxalement assez vide : " Outre le fait qu’elle se conclue paradoxalement sur un dernier plan mortifère assez désespérant, cette ode au cinéma ne célèbre finalement que la forme. Une forme brillante par moments mais dévitalisée car asséchée de l’autre moteur essentiel du cinéma : le récit et les émotions universelles qu’il permet de susciter pour tous nous lier, ensemble, devant un écran, dans un même élan d’empathie."

 

24 décembre 2025

Nathan Harris, Amity


 
  
Le nouveau roman de Nathan Harris se passe, comme le précédent, à la fin de la guerre de Sécession et met en scène un frère et une soeur qui malgré la fin de l'esclavage, n'ont d'autre solution que de rester au service de leurs (anciens) maîtres. Mais ce n'est que le début du roman parce que l'auteur ne tarde pas à séparer les deux personnages qui, bien sûr, chercheront par tous les moyens à se rejoindre. De la Louisiane au désert mexicain, que de paysages traversés, que de dangers courus, que de rencontres inattendues, que de péripéties ! Le rythme du roman est celui de l'aventure, son décor celui du western... 
 
Mais Nathan Harris n'a que faire des clichés, et se soucie avant tout de créer des personnages qui ont chacun une vraie personnalité, à commencer par Coleman, sensible et réfléchi, très différent de sa soeur June, plus audacieuse, plus déterminée. Les autres personnages - et ils sont nombreux - ne sont pas négligés pour autant et c'est sans doute une caractéristique de l'auteur, cette capacité à créer des personnages peu ordinaires et pourtant crédibles. Au travail sur les personnages, s'ajoute la construction élaborée du roman qui alterne récit à la première personne (Coleman) et récit à la 3e personne (June); s'ajoute encore  le choix d'une écriture au registre soutenu ou qui m'a paru telle puisque le roman n'est pas encore traduit.
 
Avec Amity, Nathan Harris tient les promesses de son premier roman, celui d'accrocher ses lecteurs avec une histoire très romanesque, parfois dramatique, parfois drôle qui les conduit à s'interroger sur une période déterminante de l'histoire des Etats-Unis et, en particulier, sur a possibilité de faire cohabiter sur un même territoire des populations différentes. Une occasion apparemment manquée. 
 

23 décembre 2025

L'agent secret

 

Avec ou sans barbe ? Pour s'y retrouver dans le film de Kleber Mendonça Filho, il faut être attentif aux changements capillaires de Marcelo qui accessoirement, change aussi de prénom.  Mais de là à en faire un agent secret ? Le titre est un peu trompeur, comme d'ailleurs l'étiquette "thriller" accolée au film. Il s'agit plutôt à mes yeux d'une chronique, sans événements majeurs, qui met en scène un homme menacé par la dictature en raison de son engagement politique, sans autre précision. L'absence de précision suggérant que chaque individu peut à tout moment se sentir menacé dès lors qu'il est soumis à un régime autoritaire. 

 Après une première séquence étonnante, de bon augure pour la suite, le film m'a paru s'engluer dans un récit trop fractionné pour être facilement compris, constitué d'éléments disparates, que l'on peine parfois à relier à la trame principale. 

Natif de Récife, et apparemment très attaché à sa ville, Kleber Mendoça Filho y avait déjà situé  deux de ses précédents films, Les Bruies de Recife et Aquarius, faisant de cette ville une sorte de microcosme représentatif du Brésil tout entier dont il montre à la fois les dysfonctionnement, politiques, économiques et la capacité de résilience ou de résistance de la société. C'est sans doute dans cette perspective que son dernier film peut-être apprécié plus que comme un soit-disant thriller, genre auquel il se contente d'emprunter au passage quelques codes.

22 décembre 2025

La petite cuisine de Medhi

De cuisine il est effectivement question dans le premier film d'Amine Adjina, puisque Medhi, le personnage principal est chef dans un restaurant, restaurant qu'il a l'intention d'acheter avec sa petite amie. Mais dans La petite cuisine de Medhi, il est surtout question des mensonges que Medhi invente et dans lesquels il s'enferre parce qu'il ne parvient pas à affronter sa mère. Une histoire de famille donc, de famille algérienne parce que la famille de Medhi  est venue du "bled " il a longtemps, mais qui pourrait aussi bien être une histoire de famille lambda, lorsqu'un enfant dévie un tant soit peu de la trajectoire envisagée pour lui par ses parents. Mais quand, aux dissensions familiales, s'ajoutent des différences culturelles, tout devient plus compliqué. 

Algérien, Medhi est devenu expert en gastronomie française mais ne sait pas cuisiner le couscous ! Il est tombé amoureux de Lea au lieu de s'intéresser à Amel, l'épouse parfaite que lui destinait sa mère. Histoire d'amour, histoire culinaire, La petite cuisine de Medhi est surtout une jolie réflexion sur les différences culturelles. Entre farce et comédie légère, Amine Adjina a trouvé le ton juste pour en parler. 


 

15 décembre 2025

Mektoub my love

Je n'avais pas vu un seul film d'Abdellatif Kechiche depuis L'Esquive. Trop de polémiques sans doute et manque d'opportunité plus vraisemblablement. J'ai donc été voir Mektoub my love, canto due, histoire de combler une lacune. Ce qui n'est peut-être pas, j'en conviens, la meilleure raison d'aller voir un film. D'autant que je suis sortie du film en me disant qu'on ne m'y reprendrait plus.  Certes le réalisateur obtient de ses acteurs un jeu qu'on pourrait qualifier de "naturaliste", bien que toujours un peu outrancier, mais le scénario dans son ensemble et les personnages qui lui sont associés m'ont paru peu crédibles; l'intérêt se porte alors sur les jeux de caméra, la surabondance de gros plans, surtout quand il s'agit de filmer le corps des femmes. Parfaite démonstrations du "male gaze", dénoncé par les féministes américaines. A sa traduction française, "regard masculin" j'ajouterai volontiers "concupiscent". Ce n'est pas le cinéma qui m'intéresse. 


13 décembre 2025

La gratuité des musées ...

.... dont le principe est plus ou moins acquis, mais pas encore traduit partout en actes, est certainement un geste essentiel pour permettre à chacun de se familiariser avec l'art. Et ce que j'apprécie particulièrement, c'est la possibilité d'entrer au musée pour y flâner parfois sans objectif, parfois pour voir un seul tableau. Un instant suspendu qui permet d'échapper au quotidien.  
Ainsi c'est un nouvel accrochage qui a arrêté mon regard, avec la proximité de ces deux tableaux, a priori très différents, l'un géométrique, qui mise tout sur la couleur, l'autre figuratif sur un sujet convenu, celui des femmes au bain. 
 
 




Le premier, sans titre, date de 1972; il est l'oeuvre de Shirley Jaffe, peintre américaine installée à Paris depuis 1949. L'essentiel de son oeuvre s'inscrit dans l'abstraction géométrique. 
Le second, Les Odalisques, date de 1902-1903; il est l'oeuvre de Jacqueline Marval, peintre française (née à Quaix en Isère). 
Le point commun entre les deux tableaux ? Pour moi, une évidence, que je peine à définir. L'utilisation des couleurs me semble-t-il. Ou juste, dans les deux tableaux, quelque chose qui repose l'oeil sans pour autant l'endormir, une dynamique des formes,une harmonie générale. Ils ne se ressemblent pas et pourtant ils vont bien ensemble. Métaphore d'un monde possible, d'une sérénité rêvée. 

12 décembre 2025

Epopées graphiques

 L'exposition tombe à point pour égayer l'hiver. Et comme le billet permet plusieurs entrées, pourquoi s'en priver ? Parce qu'il y a beaucoup à voir et beaucoup à lire dans cette exposition particulièrement ambitieuse.  En effet, en partant de la collection Michel Leclerc et de quelques emprunts complémentaires, le musée de Grenoble entend retracer toute l'histoire de la bande dessinée, depuis ses balbutiements jusqu'à ses dernières productions. A ce parcours chronologique se superpose un parcours thématique qui bien sûr ne se limite pas au seul territoire français. Le risque de se perdre au milieu de toutes ces planches est évident, comme il est évident que l'exposition ne pouvait être exhaustive; et certains ne manqueront pas de pointer les lacunes ou se plaindront que leur auteur préféré n'est pas suffisamment mis en valeur...  Sans doute. Reste que faire entrer la bande dessinée dans un musée classé "beaux-arts" est une démarche audacieuse qui permettra peut-être à certains que l'Art (avec un grand A) intimide ou indiffère, de franchir pour la première fois la porte du musée. Ce qui en soi est une bel objectif. 

Le deuxième objectif me semble-t-il est de montrer qu'entre le dessin dans la case et le tableau accroché au mur, la différence ne tient souvent qu'à la taille, et qu'une fois agrandi et encadré, le dessin change éventuellement de catégorie. 

Osamu Tezuka, 1961

Certains dessinateurs d'ailleurs n'hésitent pas à passer de la planche imprimée à la peinture tout court.

 
C'est le cas de Philippe Druillet  ...  


Et bien sûr d'Enki Bilal


 L'exposition du musée de Grenoble, aussi "savante" puisse-t-elle paraître, est avant tout ludique et il suffit pour s'en convaincre de regarder tous ces adultes, plantés devant un dessin, une planche, un extrait de comics ou de manga, pour comprendre que ce qu'ils regardent, le sourire aux lèvres, c'est avant tout le souvenir d'une lecture particulièrement appréciée. 

 

Trois jours à vivre

Revisiter l'histoire du cinéma est toujours intéressant (surtout quand l'occasion est présentée de visionner le film en salle plutôt que sur son écran d'ordinateur). Le décalage temporel permet de regarder un film sous un angle différent de celui que l'on pouvait avoir à sa sortie et de prendre ainsi la mesure de l'évolution du cinéma. 

Trois jours à vivre, le  film de Gilles Grangier date de 1958 et fait preuve d'une certaine liberté puisqu'il s'inscrit dans trois genres différents au moins, celui du film policier (le personnage principal a été témoin d'un meurtre), de la comédie (rivalités ridicules parmi les membres d'une compagnie théâtrale) et pour finir, du film d'amour tragique, puisque l'héroïne commet un meurtre pour sauver son amant. Dans ces conditions l'effet de surprise tient moins à l'intrigue elle-même qu'aux hésitations du spectateur qui ne sait pas où le réalisateur va l'emmener.

Le choix des acteurs constitue un atout de plus pour le cinéphile d'aujourd'hui parce qu'il lui est donné l'occasion de voir des acteurs comme Daniel Gelin et surtout Lino Ventura et Jeanne Moreau à l'orée de leur carrière. 


 

 

11 décembre 2025

Calendrier de l'Avent


 Déposé sur un banc, à l'intention de qui le trouvera, ce petit bouquet de fleurs séchées. Sur l'étiquette, ce message : Ce bouquet de l'Avent est pour toi, passe une bonne journée.

Une publicité pour la ferme florale de Lucie ? Sans doute. Mais avant tout un geste gratuit, qui amène un sourire sur les lèvres de celui ou de celle qui trouve le bouquet. Ici ou là. 

 https://www.lucky-fleurs.fr/ 

 

10 décembre 2025

Quand Harry rencontre Sally

Séquence nostalgie pour cette "comédie sentimentale" qui a fait les beaux jours des années 90. Le schéma est celui de tous les films du genre, deux individus qui a priori n'ont rien en commun vont finir dans les bras l'un de l'autre. Ici, pas de différence sociale au départ comme dans Un divan à New York ou Pretty woman,  mais une différence de caractère radicale : elle est aussi optimiste que maniaque, alors qu'il est franchement pessimiste tendance cynique. Ils mettront 12 ans et 3 mois à finalement admettre qu'ils sont faits l'un pour l'autre. 

Pas de surprise ni même de suspense dans le scénario, les acteurs se donnent à fond et le dialoguiste a fait des étincelles. Il est vrai qu'une comédie romantique sans réplique cinglante, ne jouerait pas son rôle qui est avant tout de divertir. Et 35 ans après la sortie du film de Nora Ephron, le divertissement est toujours dans la salle. Parce que tous les spectateurs de la séance à laquelle j'ai assisté connaissaient apparemment le film, l'avaient sans doute vu plusieurs fois et, comme moi, gloussaient avant même d'entendre les répliques, capables de les souffler aux acteurs si nécessaire ! De scène culte en scène culte le film faisait le bonheur de la salle. Un plaisir simple sans prise de tête, mais partagé puisque dans une salle de cinéma. 


 

 

09 décembre 2025

Un divan à New York

Deux films la même semaine, deux comédies qui mettent en scène des psychanalystes ?  Pure coïncidence. Mais coïncidence amusante.

Un Divan à New York est un film de Chantal Ackerman, qui date de 1996. Un scénario bien ficelé pour une comédie sentimentale façon Lubitsch ou Pretty woman (à chacun ses références), l'essentiel est que les deux personnages, que bien entendu tout oppose, se rejoignent à la fin du film pour un happy-end amoureux. Et c'est évidemment ce qui se passe dans Un divan à New York où un psychanalyste un tantinet psycho-rigide  échange sur un coup de tête son appartement de luxe sur la 5e avenue avec l'appartement parisien très "bohème" d'une jeune danseuse pétillante, avide de découvrir NY. Tout est léger dans ce film, même si, au passage, la psychanalyse en prend pour son grade. 

 

Le dernier film de Chantal Ackerman que j'ai vu est l'inoubliable Jeanne Dielman, 23 quai du commerce... un film engagé, terriblement austère et radical dans sa mise en scène. Rien à voir avec la frivolité du Divan à New York.  Il n'est pas donné à tous les cinéastes d'être capable de changer à ce point sa manière de filmer. C'est peut-être le moment de revoir plus systématiquement sa filmographie ...

08 décembre 2025

Vie privée

Il y a des films que l'on va voir parce que c'est le bon créneau horaire. Mauvaise raison bien sûr. Et choix peu satisfaisant. Pourtant Rebecca Zlotowski est une réalisatrice qui m'intéresse et j'avais apprécié à leur sortie Grand central,  et Les enfants des autres ... Mais Vie privée ne m'a pas emballée du tout, à moins de le prendre comme une farce un peu délirante ou comme une charge contre la psychanalyse, puisqu'en l'occurrence, c'est la psy qui déraille complètement. La fascination de la réalisatrice pour son actrice principale est évidente, Jodie Foster est au centre du film, mais son jeu m'a paru un peu trop maniéré pour être tout à fait crédible. Conclusion, aller voir un film parce qu'un grand nom est à l'affiche n'est pas non plus une bonne raison
 

06 décembre 2025

Marie Vintgras, Blizzard


 Premier roman de Marie VintgrasBlizzard fonctionne comme une fugue à quatre voix, quatre personnages - Bess, Benedict, Cole et Freeman- s'exprimant tour à tour à la première personne. Le recours à la première personne permet d'accéder au flux de pensée de chaque personnage, qui va et vient entre passé et présent. Quatre vies, quatre âmes fracassées dont le lecteur s'approche petite à petit, intrigué d'abord puis touché par l'extrême solitude de chacun de ces êtres, avant que l'intrigue ne vire carrément au thriller. 

Roman psychologique, Blizzard est aussi un roman des grands espaces puisque l'écrivaine a choisi de situer le récit non seulement dans une contrée du bout du monde, au fin fond de l'Alaska, mais en plein blizzard, le genre de situation météorologique extrême où la survie de chacun est en jeu.  

Dès son premier roman, Marie Vintgras s'inscrit parmi les écrivains raconteurs d'histoire, ceux qui osent se servir de leur imagination pour parler des autres plutôt que de parler d'eux-mêmes. Trois ans plus tard, son deuxième roman Les âmes féroces est venu confirmer son talent ... Il appartient maintenant à l'écrivaine de ne pas faire de la construction de ses prochains romans un procédé. 

05 décembre 2025

Gerhardt Richter

La grande exposition rétrospective que la fondation Vuitton consacre à Gerhard Richter souligne clairement que le peintre fait partie des artistes intranquilles, toujours à la recherche d'une approche nouvelle de leur art, jusqu'à trouver leur manière définitive. Ce qui n'est pas tout à fait le cas pour Richter qui de manière récurrente abandonne puis reprend des façons de faire un temps délaissées. D'où l'impression d'une très grande diversité dans le parcours chronologique proposé.  Et l'impossibilité de définir vraiment le peintre...
 

 ... qu'il travaille d'après photographie pour s'approcher au plus près du réel, comme dans ce paysage rural estompé par la brume ...

 ou qu'il modifie progressivement la photo originale - un enfant dans les bras de sa mère - jusqu'à la rendre quasi abstraite. Exactement comme dans sa tentative de reproduction d'un tableau du Titien, dont il ne reste au final que les couleurs et le mouvement. 

 L'abstraction pure, celle qui se pratique à grands gestes est une autre de ses habitudes picturales, comme sur cette feuille de papier canson de petit format que l'on peut sans peine imaginer sous un format monumental, comme une fresque murale. 
 

04 décembre 2025

Fabienne Verdier



 L'accès à l'exposition sur l'architecture 1925 se fait au bout d'une longue galerie, où sont exposées les dernières toiles de Fabienne Verdier, dont je suis depuis longtemps le parcours. Son geste est toujours spectaculaire, bien qu'un peu éloigné désormais de ses origines calligraphiques, ne serait-ce que par sa démesure. Mais les éléments d'architecture gothique autour des toiles m'ont paru un peu lourds et passablement étouffants. 

 

02 décembre 2025

L'exposition art déco de 1925

L'art déco est à l'honneur à Paris avec une exposition au Musée des arts décoratifs intitulée : 1925 - 2025 cent ans d'art déco et une deuxième exposition à la Cité de l'architecture et du patrimoine intitulée:  Paris 1925 : l'art déco et ses architectes. Titre un tout petit peu trompeur puisqu'en réalité il s'agit de présenter les seuls architectes de L'exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes qui s'est tenue à Paris en 1925. Ouf, on y est. Maquettes, dessins, photos sont là pour montrer les pavillons construits à cette occasion, qui répondent avant tout à des cahiers des charges bien particuliers et de très nombreuses contraintes - comme une hauteur limitée à 5 mètres - justifiées par le fait qu'il s'agit d'architectures éphémères. Autant de "pavillons" qui n'existent plus qu'en images, mais qui ont permis à certains architectes de l'époque d'accéder à la notoriété. Pour ma part je n'ai retenu que Mallet-Stevens, auteur du Pavillon du tourisme, repérable de loin grâce à son "campanile", et Auguste Perret, le maître du béton, qui, pour l'occasion, utilise le bois plus que le béton pour construire un théâtre de 900 places. 

Cela fait longtemps que je suis fascinée par les grandes expositions internationales qui ont jalonné le début du 20e siècle, surtout par celles qui se sont tenues à Paris : l'exposition des arts décoratifs et industriels de 1925, l'exposition coloniale de 1931, et celle des arts et techniques de la vie moderne de 1937.  J'ai depuis peu une raison de plus de m'y intéresser depuis que j'ai découvert que l'entreprise chargée des travaux électriques de ces trois expositions (et des illuminations prévues sur la tour Eiffel) était celle du grand-père de mon mari. Modeste contribution certes, mais sans branchements électriques ... pas de lumière !  Et c'est ce qui a valu à Eugène Reinhardt, sa légion d'honneur. 

 

La Tour Eiffel illuminée pendant l'exposition de 1937, vue du Trocadéro, feu d'artifice,1937,
épreuve sur papier,H. 24,0 ; L. 30,1 cm.,Don Mme Bernard Granet et ses enfants et Mlle Solange Granet, 1981,©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais/Alexis Brandt

https://www.worldfairs.info/expohistoire.php?expo_id=33https://www.worldfairs.info/expopavillondetails.php?expo_id=33&pavillon_id=2891https://www.worldfairs.info/expopavillondetails.php?expo_id=33&pavillon_id=2817


Parfois on ne retient qu'une photo


Pourquoi celle-là et celle-là seulement ? Le bleu sans doute.  Et les deux silhouettes qui permettent d'imaginer une rencontre, deux vies, un futur... La photo est de Tyler Mitchell, un jeune photographe américain qui a d'abord évolué dans le milieu du skate puis de la mode. Loin du misérabilisme  ou de la violence qui sont souvent de mise lorsqu'il s'agit des Noirs américains. 

https://www.mep-fr.org/event/tyler-mitchell-wish-this-was-real/ 

Il y avait beaucoup d'autres photographies à la Maison européenne de la photographie, mais il y avait aussi beaucoup de monde, devant les photos.  Edward Weston méritait certainement que je garde le souvenir d'au moins une de ces photos, mais ça ne s'est pas fait. Il est vrai qu'il fait partie depuis longtemps de "classiques" de la photographie. 

 

01 décembre 2025