27 août 2025

Arles 2025 : La collection Marion et Philippe Jacquier


Eloge de la photographie anonyme, l'intitulé de l'exposition me faisait craindre le pire, parce que des accumulations de photos trouvées dans des brocantes, des poubelles ou sur internet, j'en avais déjà vues. Mais  là, c'est différent. D'abord parce que la collection de Marion et Philippe Jacquier est tout à fait exceptionnelle par son ampleur (10 000 tirages argentiques) et couvre toute l'histoire de la photographie, mais surtout parce qu'elle est présentée intelligemment. C'est-à-dire en séries qui font chacune sens, qui racontent un moment de l'histoire de la photographie, et une histoire tout court. 


Comme celle de Lucette, la voyageuse dont les photos ne représentent jamais un paysage, un monument, un objet quelconque, non sur les clichés en noir et blanc ou en couleurs, il n'y a que Lucette, Lucette et encore Lucette et je laisse les psy s'interroger sur cette obsession du "moi". Une autre série, qui date des années 30 est nettement plus poignante. Le photographe amateur a photographié les lieux où il avait embrassé sa chérie, désormais à des milliers de kilomètres. Une croix rouge ajouté sur la photo pour dire son absence, pour dire le vide. Quant au pharmacien qui a monté tout un dispositif pour photographier à leur insu ses clients quand ils passaient au comptoir, on se demande quelle mouche l'a piqué et il a  certainement bien fait de rester anonyme !  

Les photos présentées dans la salle haute du cloitre Saint-Trophime sont parfois floues ou mal cadrées, mais c'est sans importance. Elles sont drôles, touchantes, surprenantes. Elles ne sont pas signées, mais elles en disent beaucoup sur la personnalité du photographe amateur. Et j'en ai conclu qu'une photo isolée est moins parlante qu'une photo constitutive d' un ensemble. D'où l'intérêt des séries. 

* Petite note à l'intention des Grenoblois : la collection de Marion et Philippe Jacquier a été rachetée par Antoine de Galbert pour en faire don au musée de Grenoble.  Bientôt sur les cimaises du musée ???

Arles 2025 : Construction, déconstruction, reconstruction

Les clubs photo mènent à tout. Le FCCB  (Foto Cine Club Bandeirante) de Sao Paolo était un club de photographes-amateurs, qui, entre 1939 et 1964  ont su saisir les tendances architecturales et esthétiques du Brésil et son goût pour la modernité (lBrasilia, Niemeyer, cinema novo ...  ), juste avant que ne s'installe une nouvelle dictature. 

 
Les photos présentées sont toutes de petit format, en noir et blanc,  avec parfois, un agrandissement peint directement sur le mur de la galerie. 

 

Le modernisme se lit, entre autres,  dans une préférence marquée pour les formes géométriques...

 

  
qui n'exclut pas l'humain pour autant (enfin pas totalement !). 
 
 

 

La photo la plus remarquable, la plus séduisante est sans doute celle qui sert d'affiche à l'exposition, une série de parallèles et de diagonales qui font presque oublier qu'il s'agit d'un escalier. Une photo de José Yalenti (1950)


Mais ma préférence va, peut-être, vers celle de la chaise et du parapluie. Pourquoi ? Parce que c'est le début - ou la fin - d'une histoire. Une histoire à inventer bien sûr. 

Une photo dont j'ai bêtement oublié de noter l'auteur. 


 https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/view/1616/constructiondeconstructionreconstruction

26 août 2025

Arles 2025 : Jean-Michel André

Par qui, par quoi commencer, sachant que la version 2025 des rencontres d'Arles a été particulièrement riche et que la diversité des expositions a de quoi satisfaire toutes les curiosités. A chacun de tracer son chemin entre les lieux d'exposition familiers et ceux qui sont à découvrir parce qu'ouverts pour la première fois. Plus que jamais, m'a-t-il semblé, les expositions proposées cette année permettent de s'interroger sur les sens  (les sens ? l'essence ?) de la photographie, sur ses objectifs, sur son intérêt, esthétique, documentaire, provocateur. Sur le "pourquoi?"  plus que sur le "comment?" ... 

Illustrateur et photographe, Jean-Michel André présente une série de photos intitulée Chambre 207. Le 5 août 1983 son père et sa compagne ont été assassinés dans leur chambre d'hôtel,  alors qu'il dormait dans la chambre à côté. Il avait 7 ans et le traumatisme a effacé les souvenirs qu'il aurait pu en garder. Comment parler d'un "fait divers" aussi sanglant (8 morts au total) que sordide  ? Comment le restituer alors qu'on en a perdu la trace ?  

Dans une interview à la revue AMA (art media agency), Jean-Michel André explique comment il a travaillé, quelles recherches il a fait et comment il a élaboré ce projet. " C'est un projet qui relève autant de la reconstitution que de la reconstruction". Valeur thérapeutique de la photographie ? Pas seulement parce qu'il ajoute " J'interroge aussi les limites de l'image. Qu'est-ce qu'on peut montrer ? Pourquoi ? Comment ? Et pour qui ?  [...] Comment transformer l'horreur pour en faire une oeuvre.  

 
Je ne crois pas que mes photos rendent bien compte du dispositif qui permet de préserver le visiteur de la réalité des faits.  Une mise à distance à travers des caches, des ouvertures dans une cloison, une alternance de photos sombres, dépouillées, plus ou moins suggestives ....
 
 
 
D'autres plus lumineuses pour évoquer le temps d'avant, celui des vacances et de la vie
 
 

... images inventées pour la plupart parce que la fiction est parfois le meilleur moyen d'appréhender la réalité lorsqu'elle est trop dévastatrice. 

 La photo comme art de la suggestion ... 



Valeurs sentimentales

Que dire d'un film au demeurant excellent, de surcroît primé à Cannes, scénario bien ficelé, mise en scène dynamique, acteurs parfaits ... qui ne m'a pas passionnée, voire ennuyée? Rien sans doute, si ce n'est que les histoires de famille, les relations compliquées et les psychologies embrouillées me font bailler. 


25 août 2025

Macadam à deux voies

Dans Coyote, Sylvain Prudhomme, mentionnait plusieurs titres de livres ou de films dont il retrouvait le souvenir et sans-doute l'atmosphère alors qu'il longeait la frontière qui sépare le Mexique des Etats-Unis. Voilà pourquoi j'ai été emprunter à la bibliothèque un des films dont il faisait l'éloge et dont j'ignorais tout. Macadam à deux voies de Monte Hellman, sorti en 1971. Un film étrange vraiment. Qui ne ressemble à aucun autre et qui s'inscrit pourtant dans une histoire du cinéma américain très années 1970. 

 

Macadam à deux voies a quelque chose d'un road movie archétypal, parce que tout commence avec deux fondus de mécanique qui bricolent leur Chevrolet  1955, une vieille voiture qui ne paye pas de mine, mais gonflée à bloc. Il participent à des courses clandestines, roulent sans véritable but, embarquent une autostoppeuse, et acceptent le défi proposé par le conducteur d'une Pontiac GTO flambant neuve : rejoindre Washington DC sans emprunter les autoroutes : 3000 km en gros, depuis le Nouveau-Mexique où ils se trouvent.  Pontiac ou Chevrolet, qui arrivera le premier ? 

Oui mais voilà, très vite on s'aperçoit que l'enjeu du film est ailleurs, parce que l'objectif - traverser l'Amérique d'Ouest en Est est moins important que ce qui se noue entre les personnages. Qui parlent peu, mais tout dans leur attitude traduit le refus ... même pas, plutôt l'indifférence vis à vis des normes sociales. Easy rider, auquel le film de Monte Hellman est souvent comparé portait un regard assez caustique sur la société. Dans Macadam à deux voies, il n'y a que des stations services, des garages, et la route, droite jusqu'à l'infini. Les paysages défilent, mais personne ne les regarde. Les personnages n'ont pas de nom, ils sont  du genre taiseux, dialogues a minima. L'auto-stoppeuse passe d'un siège à l'autre, d'un véhicule à l'autre, embrasse qui elle veut. Aucune explication, si ce n'est l'envie du moment. Les voitures sont des lieux clos, mais les personnages sont libres dans leur tête. Jamais road-movie n'a mieux représenté la liberté, qui ne tient pas à la traversée des espace, mais à une attitude, une façon d'accepter la vie comme elle vient et les gens comme ils sont. 

 Macadam à deux voies, échec commercial à sa sortie est depuis devenu "culte", ce qui ne signifie pas grand chose si ce n'est qu'il marque le spectateur par son étrangeté, sa radicalité. Alors même qu'il fait écho à d'autres films sortis la même année (Vanishing point de Richard Sarafian, Duel de Steven Spielberg ou ...  Les Valseuses de Bertrand Blier sorti 3 ans plus tard. Années 70, années libertaires ?

23 août 2025

Last stop : Yuma

Yuma, une petite ville du Sud de l'Arizona, à deux pas du Mexique et de la Californie, un lieu oublié du monde, mais pas tout à fait des cinéastes, puisqu'à 50 ans d'écart deux westerns y ont déjà été tournés. 3H10 pour Yuma de Delmer Dove en 1957 et son remake par James Manigold. en 2007. Yuma est aussi la ville la plus ensoleillée du monde et les étés y sont torrides. 

Il fait en effet très chaud dans le film de Francis Galuppi et l'on n'est même pas dans la ville, mais juste  dans une station-service et le restaurant attenant, un diner années 50, au bord de la route qui mène à Yuma et le désert tout autour. Un décor à la Bagdad café pour un film de braquage qui a du mal à se prendre au sérieux, et c'est ce qui en fait le charme. Les pompes à essence sont vides, le camion citerne est en route, en attendant il n'y a rien d'autres à faire que de se réfugier à l'intérieur du diner. Le pompiste (énorme), la serveuse (aimable), le représentant de commerce (timoré), un couple âgé (ramollo), un autre couple (jeune)  deux braqueurs, un apprenti policier... Des personnages hétéroclites, mais bien vus, des dialogues à la banalité ciselée, un film lent qui prend le temps de faire monter la tension et maintient le spectateur dans l'attente de l'événement déclencheur inéluctable, qu'il persiste à imaginer, et que le réalisateur persiste à déplacer jusqu'à ... Last stop Yuma, une pochade, un film insolite et réjouissant. Parfait pour finir l'été.  

 

22 août 2025

Cairns


La quête de ces deux hommes, à la la recherche d'une femme disparue depuis plus d'un an, dans les montagnes norvégiennes, froides, brumeuses, austères n'est pas inintéressante et les efforts de l'écrivain pour maintenir son roman à la limite de la réalité et du fantastique ou du moins de l'étrange sont  certes méritoires, mais le résultat est un roman pas totalement abouti, un peu plat qu'on finit par lire par facilité plus que par passion. 
J'avoue aussi qu'une collection qui fait de la montagne plutôt que de la littérature son premier objectif me laisse pour le moins perplexe, ne serait-ce que parce qu'elle restreint forcément son champ de lecteurs potentiels. 

 

Arles 2025

 
Arles ... oh là, tout doux, laissez moi arriver. 
Laissez moi trier, classer, archiver et trouver ce qui surnage de ces milliers de photos vues en si peu de temps. 






 

The day of the locust

Après avoir chroniqué Gangs of Taïwan, j'avais été étonnée de voir l'écart entre le titre français et le titre anglais Locust. Je m'étais demandé s'il y avait un rapprochement quelconque à faire avec Day of the locust  (Le jour du fléau) de John Schlessinger. Un tour en bibliothèque et un DVD plus tard, la réponse est : pas vraiment ! Le sort des petits restaurateurs de Taïwan bousculés, éliminés par la mafia locale n'a pas grand chose à voir avec les aspirations d'une jeune starlette de Los Angeles si ce n'est l'irréversible et prévisible cheminement vers la catastrophe finale. Qu'importe. Je n'ai pas regretté le temps passé devant mon écran parce que le film de Schlessinger, sorti en 1975 est une charge totale, brutale et réjouissante contre Hollywood qui se termine effectivement par une sorte d'apocalypse spectaculaire. Pas très étonnant que les studios n'aient pas apprécié le travail du réalisateur et que le film n'ait eu qu'un succès relatif. Les acteurs y sont pourtant excellents en particulier Karen Black, happée par le mythe hollywoodien et Donald Sutherland en amoureux transi capable du pire déchaînement. Et si Schlessinger est parti du roman de Nathanael West pour réaliser son film, il s'est aussi inspiré des personnages les plus torturés de Goya dont on voir passer ici et là, - et très rapidement - quelques figures cauchemardesques. 

Et me voici avec un programme tout tracé : retrouver les tableaux de Goya dont s'est inspiré le cinéaste,  lire le roman de N. West, voir ou revoir d'autres films de Schlessinger comme Macadam Cowboy (1969 et Marathon Man (1976) ... 

14 août 2025

Jeunesse

 La jeunesse chinoise ! Pas celle de Pekin ou de Shanghaï, meilleurs clients des boutiques de luxe et des boîtes de nuit. Non, la jeunesse à laquelle s'intéresse Wang Bing dans ce film est celle qui travaille dans l'industrie textile. Des ateliers exigües et bruyants, où le ménage ne semble jamais fait, pas plus d'ailleurs que le nettoyage des rues où travaillent des jeunes venus de la campagne, logés dans des dortoirs où l'espace alloué à chaque individu ne dépasse pas la surface de son lit... Le réalisateur montre sans pathos inutile les conditions de travail et les conditions de vie de ces ouvriers du textile que ne défend aucun syndicat parce qu'aucun  de ces jeunes gens ne songerait à se plaindre tant leur travail leur est indispensable. Il les filme aussi lorsqu'ils rentrent chez eux à l'occasion du nouvel an chinois. 

Jeunesse est un documentaire sans commentaire, parce que les images parlent d'elles-mêmes.  Certes, le propos de Wang Bing n'est pas totalement nouveau car les médias ont depuis longtemps dénoncés les conditions de travail des ouvriers chinois, mais en prenant son temps et en filmant ses personnages au plus près, le cinéaste crée chez le spectateur un sentiment de proximité sur lequel repose en fin de compte la force du film. 


12 août 2025

Cédric Gras, Les Routes de la soif

 

Hasard heureux des lectures : il n'y a pas longtemps je remontais le Danube depuis son embouchure jusqu'à sa source (Emmanuel Ruben); j'ai ensuite longé la frontière américano-mexicaine d'Ouest en Est (Sylvain Prudhomme), et me voici en train de remonter l'Amou-Daria depuis la mer d'Aral, jusqu'au glacier Fedchentko, sa source supposée. L'occasion de traverser ou de longer plusieurs pays d'Asie centrale, Ouzbetiskan, Turkmenistan, Tadjikistan. L'auteur des Routes de la soif un géographe, familier de ces régions, se désole et s'inquiète de l'assèchement de la mer d'Aral qui s'explique en partie par la culture intensive du coton imposée par les soviétiques du temps de l'URSS. Mais ce n'est pas la seule explication parce que les pays riverains ont sans vergogne creusés des canaux pour détourner l'eau du fleuve pour leurs propres besoins. 

 Les Routes de la soif est bien un récit de voyage, mais c'est aussi un enquête dont les conclusions n'ont rien de réjouissant.  Ce qui en revanche m'a amusé, c'est que l'auteur, un inconditionnel de la montagne et des hauts sommets, qui a  déjà consacré un livre aux Alpinistes de Staline et un autre aux Alpinistes de Mao, ne se sent vraiment pas à l'aise dans les plaines désertiques de l'Ouzbekistan et ne cache pas son ennui devant, les surfaces horizontales,  les horizons plats, la monotonie des couleurs, pour retrouver tout son enthousiasme dès qu'apparaissent les sommets du Pamir ! Le monde pour lui se doit d'être vertical !

Je ne sais pas quelle seront mes prochaines lectures, mais ces trois voyages m'ont déjà offert de beaux dépaysements. Et pas mal d'informations sur l'état du monde parce que leurs auteurs n'ont pas fait du voyage une fin en soi, mais un moyen pour mieux comprendre "l'usage du monde". 

 

08 août 2025

Sylvain Prudhomme, Coyote

Pas un roman, pas un reportage non plus, non, Coyote est un livre qui n'entre dans aucune case et c'est ce qui en fait tout l'intérêt. Sylvain Prudhomme, qui a déjà une dizaine de romans à son actif, décide de faire du stop le long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique - au plus près du fameux mur d'acier et de barbelés -  depuis Tijuana (Californie) jusqu'à Brownsville (Texas), du Pacifique au Golfe du Mexique. Un peu plus de 2500 km au final, avec tous les aléas de l'auto-stop. Inutile de dire qu'il poireaute parfois longtemps avant d'être pris par un conducteur, mexicain ou américain d'origine mexicaine le plus souvent, plus rarement par un Blanc et encore plus rarement par une femme.  

Coyotte n'est pas à proprement parler un récit de voyage,  car ce ne sont pas les paysages qui motivent l'écrivain, mais les gens. En effet, Sylvain Prudhomme s'est efforcé de transcrire au plus près les conversations de ceux qui l'ont pris en charge, dans leur voiture, leur pick-up, leur camion.  Autant de voix, autant de points de vue, autant de vies différentes.  Comme autant d'instantanés mis bout à bout qui finissent par faire le portrait d'une certaine Amérique, pas la plus riche, pas la plus cultivée, pas la plus misérable non plus, ni la plus "dispectable". L'Amérique des frontières.  Et lorsque le conducteur dépose son passager, Sylvain Prudhomme sort son Polaroid pour un portrait, une façon d'authentifier la rencontre. 

Une démarche originale pour un voyage en tout point passionnant, et au final un livre qu'on lit, un peu comme on regarde un kaléidoscope. Certains le trouveront dépaysant, d'autres sans doute y retrouveront leur propre expérience d'une Amérique aimée  ou détestée.  Et comme ni l'auteur ni l'éditeur ne se sont souciés de glisser une carte, en voilà une.  


05 août 2025

Guillaume Bresson

 Le musée de Grenoble présente pour l'été une exposition doublement intéressante. D'abord parce qu'elle permet de découvrir un artiste contemporain, Guillaume Bresson, mais comme ses oeuvres sont placées en regard d'oeuvres "classiques" qui font partie de la collection du musée, le parcours dans les galeries permet de porter un regard neuf sur des tableaux que l'on croyait connaître. Un regard en quelque sorte décapé. 

 

Guillaume Bresson s'inscrit dans une tendance qui est celle du retour à la peinture sur chevalet et au figuratif. Ses techniques, si elles ne sont pas exactement les même, s'inspirent et se rapprochent de celles des artistes du XVIIe ou XVIIIe siècle, jusqu'à la composition même de certains tableaux, mais les scènes qu'il représente, les thèmes qu'il choisit, n'ont rien de religieux; pas de glorification historique non plus; on pourrait sans doute parler de scènes de genre, cette façon de représenter les lieux et les gens ordinaires, mais dans ses tableaux, rien n'est figé. Ce qui domine c'est le mouvement, les affrontements d'individus dans des espaces souvent clos, bétonnés. Des scènes de rues aussi. Une façon de contraindre le spectateur à regarder en face une réalité sociale dont nous détournons trop souvent nos regards. 

 

 Guillaume Bresson utilise beaucoup de couleurs sombres, de gris. Mais dans le portrait de l’activiste LGBT Adam Eli ... il fait un usage spectaculaire d'un violet quasi ...  épiscopal ! 


Et dans la dernière salle, dont les murs ont été repeints en orange pour l'occasion, les tableaux de Bresson  s'accommodent parfaitement avec les oeuvres "minimalistes" de Donald Judd et surtout le Flanders field de Carl André (tellement mieux mis en valeur ici que dans le sous-sol où il était autrefois exposé). 



 
 Le choix des oeuvres exposées est d'une grande cohérence, mais j'avoue avoir une petite préférence pour celle de la première salle, (XIIIe/XVIe siècle), parce qu'on est d'emblée surpris, parce qu'elle est totalement incongrue dans cet environnement, peut-être aussi parce que c'est une des plus claires et des plus énigmatiques. Le chantier, on le retrouvera dans d'autres tableaux, mais les deux hommes ? Des joggeurs, des ouvriers du bâtiment surpris par la pluie ? Que peuvent-ils bien se dire ?  
 

 

Et pour la dernière image, j'avoue tricher un peu : c'est un tout petit angle d'un tableau bien plus grand, mais derrière les poteaux, derrières les rochers.... il y a la mer.  


 Exposition Guillaume Bresson au Musée de Grenoble place Lavalette, jusqu'au 28 Septembre ! 

04 août 2025

Gangs of Taïwan

 

Le film se passe bien à Taïwan, mais la menace chinoise sur Hong Kong est toujours en arrière plan. Une allusion récurrente qui donne au film de Keff, réalisateur américain né à Hong Kong sa dimension politique bien que ce soit avant tout un thriller social. Employé dans un petit restaurant, Zhong-Han le personnage principal participe le soir aux exactions commises par un gang au service d'une mafia locale. Intimidation, menaces, violences, une routine bien établie dont Zhong-Han semble s'accommoder jusqu'au jour où ...  La rencontre avec une jeune fille déterminée, le rachat du restaurant par un promoteur sans scrupule, la nécessité de prendre position, de choisir son clan : tout le film tient sur ce point de bascule d'un individu, vers le bien ou le mal.  En tablant sur le mutisme de  Zhong-Han, le réalisateur contraint son personnage à ne s'exprimer que par les expressions de son visage, par l'image donc et non par la parole et contraint aussi le spectateur à supposer,  à imaginer ce qui se passe dans la tête du personnage. Une vraie trouvaille qui donne toute sa force au film. 

 Réussir un film à dimension psychologique, social et politique sur le tempo d'un thriller, c'est plutôt pas mal pour le premier long métrage ! Mais Keff n'en restera certainement pas là. 

 https://www.semainedelacritique.com/fr/articles/a-propos-de-locust

 

 

03 août 2025

Le rire et le couteau

 3h31, oui c 'est la durée du film, celle devant laquelle on hésite. Mais une fois devant l'écran, le temps ne compte plus, parce que Le rire et le couteau est un film dense qui ne laisse pas indifférent et qui met le spectateur face à ses questionnements. Peut-être un peu trop ? Il y a en effet quelque chose de baroque dans ce film,  une surabondance de couleurs et de mouvements, une accumulation de motifs, jusqu' à l'outrance parfois, une surcharge de bizarreries, une profusion de personnages tous plus hauts en couleurs les uns que les autres,  sauf le jeune ingénieur un peu falot chargé d'étudier l'impact environnemental et social d'un projet d'autoroute. Car c'est là le prétexte trouvé par le réalisateur Pedro Pinho, pour montrer sa vision de l'Afrique ou du moins de la Guinée-Bissau, marquée comme la plupart des pays africains par son histoire coloniale et les enjeux actuels de la décolonisation. 


Je ne suis pas certaine qu'à la fin du film on ait les idées beaucoup plus claires sur le rôle des associations humanitaires ou environnementales, sur les perspectives économiques et politiques de la Guinée-Bissau et de l'Afrique en général, sur les attentes des individus happés malgré eux par le modernisme, mais au moins les questions ont été posées. Et si l'on se sent un peu perplexe à la sortie du cinéma, cela évite de se reposer sur ses certitudes. Le rire et le couteau est sur ce mpoint assez percutant.

02 août 2025

Judith Perrignon, Nous nous parlons d'un lieu où tout est fragile


 

 

Les livres de Judith Perrignon continuent de me séduire par leur intelligence, leur sens de l'humain et la clarté de l'écriture. Son dernier livre fait une fois de plus la preuve de ses qualités, de journaliste au départ et surtout d'écrivaine. 

Rachid est un homme de 88 ans, rencontré à l'occasion d'un atelier d'écriture dans un centre d'hébergement d'urgence. Une vie commencée sous les bombes américaines en Algérie, poursuivie en France, à Marseille, Saint-Etienne, Belfort, Paris ... une ville trimballée à droite et à gauche jusqu'à ce foyer où il a trouvé refuge. Une vie avec des rêves, comme toutes les vies, mais encore plus de déceptions, une vie qu'il faut accepter malgré tout. De cette vie Rachid ne garde que des bribes, mais Judith Perrignon en fait un tout, entre mélancolie et poésie. Une centaine de pages seulement pour une vie qui, sans elle, serait passée inaperçue. Comme tant d'autres.   

27 juillet 2025

Dörte Hansen, Quelque part en mer

 

Quelque part en mer.... au vu de la couverture on s'attendrait presque à un roman animalier, ou tout du moins à une histoire de marins perdus en mer. On pense à Melville peut-être, à Hemingway, ou à tous les récits de navigateur dont on se gave en attendant, à notre tour, de partir en mer....

On ouvre rarement un livre sans avoir une attente, comme une rêverie préliminaire. Et c'est tant mieux si les premières pages nous emmènent loin de ce que l'on avait imaginé.

Le "quelque part en mer" de Dörte Hansen, c'est en fait une île de la mer du Nord, "entre Jutland, Frise et Zélande " mais ce pourrait être Ouessant ou n'importe quelle île battue par la mer et les vents. Et ce dont parle le livre, c'est de la vie des îliens, une vie simple, ordinaire, mais aussi rude et parfois tragique. Il y a quelque chose d'austère dans l'écriture de Dörte Hansen, qui colle parfaitement aux lieux et aux personnages. Quelque part en mer n'est pas un roman à suspense qui multiplie les péripéties, non, plutôt une chronique familiale qui permet d'imaginer la vie sur l'île. Un famille dont la vie tourne forcément autour de la mer, qu'on s'en nourrisse, qu'on s'en accommode ou qu'on la haïsse.  Malgré les apparences, ce n'est pas un roman d'autrefois, mais bien un roman d'aujourd'hui où les estivants d'hier ne sont plus désormais que des touristes, parce que le ferry qui relie l'île au continent permet de partir et de revenir, et que l'île n'est plus tout à fait un lieu clos coupé du monde, un enfermement, mais un choix. 

Quelque part en mer est un roman suffisamment dépaysant pour donner envie d'aller voir à quoi ressemblent ces îles et ces plages de la mer du Nord.  

22 juillet 2025

Emmanuel Ruben, Sur la route du Danube

C'est un très long voyage, plus de 2000 km qu'Emmanuel Ruben et Vlad ont entrepris pour remonter le Danube, depuis son embouchure jusqu'à sa source, "depuis la mer noire jusqu'à la forêt noire". A vélo. 

 

Un récit de voyage en tous points passionnant parce que son auteur, bien que cycliste inconditionnel ne fait pas de ce voyage un exploit sportif, bien au contraire, on le voit étape après étape peiner, suer, souffler, s'épuiser. Non, le vélo est juste un moyen de transport qui lui permet de rester au plus près du fleuve et surtout au plus près des gens. De préférence les "petites gens" des "petites villes", parfois juste des villages, des hameaux oubliés de l'Europe. Des gens avec qui on partagent une bière, une blague, une confidence.  Parce que le vrai sujet du livre, c'est moins le Danube que l'Europe; pour Emmanuel et son comparse, le fleuve n'est au fond qu'un prétexte à une traversée de l'Europe : Roumanie, Bulgarie, Serbie, Croatie, Hongrie, Autriche, Allemagne ...Sept pays traversés, plus Odessa et le Sud de l'Ukraine car il fallait bien atterrir quelque part pour commencer le voyage. 

 Géographe de formation, Ruben se lance dans une entreprise d'arpentage qui l'amène à parler des paysages, de leur formation, des reliefs, de la végétation, et plus encore des populations, de leur installation dans le paysage et donc de leur histoire. Il ne manque aucune église, aucun musée, si modeste soit-il, aucun monument, et surtout il parle et fait parler les gens qu'il rencontre. Car l'histoire et la géographie comptent moins finalement que les hommes et les femmes qui en subissent les aléas. 

De page en page et de chapitre en chapitre, on s'étonne de tant d'érudition - jamais pédante - et de l'aisance avec laquelle l'auteur transcrit ses observations, ses réflexions pour mieux faire pénétrer le lecteur au coeur de cette Europe qui deviendra peut-être un jour une véritable communauté européenne, mais ne l'est pas encore. Et qui en attendant, se hérisse de plus en plus de barrières et de barbelés. Au fil du voyage, l'empathie de l'auteur pour les pays traversés au début du voyage, fait place à une ironie parfois mordante à partir du moment où il traverse les trois derniers pays de son périple : Hongrie; Autriche et le Sud de l'Allemagne. Autant il était indulgent, et même compatissant vis à vis des populations des Balkans, autant on sens son poil se hérisser dès qu'il aborde l'Europe que l'on dit centrale. Histoire d'affinités sans doute avec les plus humbles, avec ceux qui n'ont rien. Du côté des dominés plus que des dominants, surtout quand ils s'enferment dans leurs certitudes. 

La route du Danube que nous invite à suivre Emmanuel Ruben est finalement aussi politique qu' historique ou géographique ou plus exactement mettons que la géographie et l'histoire de la Danubie expliquent en grande partie les orientations politiques des pays qui longent le fleuve. Tout ça depuis la selle d'un vélo ! 

 

21 juillet 2025

Eddigton

 Ce doit être le Stetson sur la tête de Joachim Phoenix qui pousse les critiques à parler de western. Mais non, Eddington n'est pas un western, pas vraiment un polar non plus, juste un film d'un genre pas très défini, qui fait le tour de tous les problèmes qui menacent la démocratie américaine. Cela commence par des disputes à propos du port du masque et des vaccins, complotistes et illuminés à l'affut, cela continue avec le racisme endémique, mais de plus en plus insupportable, les manifestations et l'éveil à la conscience politique des "blancs privilégiés", les droits tribaux constamment bafoués, les violences sexuelles et pour aggraver le tout, l'omniprésence des téléphones qui permettent à chacun de poster n'importe quoi - mais toujours hors contexte - sur les réseaux sociaux... l'énumération n'en finit pas, mais se résume en deux mots "fanatisme" et surtout "bêtise". Voilà pourquoi le film joue en permanence sur l'excès, le manque de retenue, tourne parfois au grand guignol et se termine dans une apothéose de violence. 

Je n'ai vu aucun des précédents films de Ari Aster, connu pour jouer sur l'horreur et le fantastique. Mais ce qu'il donne à voir de l'état de l'Amérique m'a paru terriblement réaliste, d'autant qu'il le situe non pas dans une des villes comme Los Angeles ou Chicago régulièrement traversées par des accès de violence, mais dans une petite ville, certes imaginaire, du Nouveau Mexique. Une petite ville tranquille où d'habitude il ne se passe rien. Mais là, d'un seul coup, tout dérape et il n'y a pas de retour en arrière possible. Le cauchemar des années à venir ? Pour Eddington, Ari Aster a peut-être renoncé au fantastique mais certainement pas à l'horreur : celle d'une société totalement chaotique, sans repères communs, où chacun est persuadé de tenir la vérité et s'enferme dans une bulle paranoïaque, où plus personne n'essaye de comprendre personne et finit par croire que seules les armes résoudront le problème. "Stop the world, I want to get out... " Mais ouf, ce n'est que du cinéma n'est -ce pas ?  Ou bien ....

13 jours, 13 nuits

Enfin un film d'action ! En tout cas un film qui n'est pas centré sur les problèmes d'un seul individu, mais carrément sur les malheurs du monde, puisqu'il s'agit de l'évacuation de l'ambassade de France de Kaboul en août 2021. 

13 jours, 13 nuits c'est long quand vous avez la charge de filtrer et d'évacuer au plus vite des milliers de personnes qui ont envahi le territoire de l'ambassade dans l'espoir de fuir le régime des talibans. Mais 13 jours, 13 nuits c'est aussi très court parce qu'il y a tant à faire, tant à organiser, tant à prévoir et que l'Elysée tarde à répondre, tarde à donner le feu vert alors que la situation s'aggrave de jour en jour. 

Rien de neuf sous le soleil : Saïgon, Phnom Pen, Téhéran ... les films, les livres, mais surtout les reportages nous ont hélas habitués à cette débandade frénétique de tous ceux qui essayent de fuir un pays parce qu'ils savent que rester c'est à coup sûr la prison et sans doute la mort. Et bien que le déroulé de l'action soit connu ou au moins prévisible, Martin Bourboulon, le réalisateur parvient à maintenir une tension constante dans son film qui n'a rien à voir avec le suspense d'un film d'action ordinaire, mais tout à voir avec la tragédie en train de se dérouler sous nos yeux. Pour les hommes chargés de l'évacuation il faut parer à tous les dangers, rassurer mais aussi bloquer une foule en panique, mesurer les risques, mais aller au-delà quand même, être prêt à utiliser les armes, mais négocier jusqu'au bout. Le succès de l'opération repose sur le Commandant Mohamed Biba,  à 15 jours de sa retraite, mais en choisissant de mettre en avant un certain nombre de personnages secondaires, le cinéaste évite l'écueil de l'hagiographie. On sort du film, un peu secoué, parce que l'évacuation de l'ambassade de Kaboul,  ce n'est pas seulement du cinéma, c'est tout simplement de l'histoire. Une histoire très récente. 


 

16 juillet 2025

Loveable

 Encore un film norvégien, encore une histoire d'amour, encore une histoire de couple ... c'est l'été qui veut cela ?

Le film de Lilja Ingolfsdottir fait irrésistiblement penser aux films de Bergman puisqu'il s'agit d'une plongée profonde dans la psychée d'une personne et dans la dissolution progressive et irréversible d'une histoire d'amour qui avait commencée comme une relation fusionnelle. Pourquoi pas. Le film est plutôt bien fait, pas statique du tout; plutôt bien joué  par les personnages principaux autant que par les personnages secondaires. Oui mais .... dans cette histoire, c'est surtout au comportement de la femme que l'on s'intéresse, à ses exigences, ses doutes, son manque de confiance, sa fragilité, pour expliquer l'échec du couple. Coupable, forcément coupable ! Ben non ! Il faudrait pour équilibrer cette histoire un deuxième film, avec un point de vue aussi empathique sur les erreurs et les insuffisances du mari. 


 

14 juillet 2025

La Venue de l'avenir

 Une remontée généalogique entre 2025 et 1885. Autres temps autres moeurs, évidemment.  Avec de surcroît un alibi culturel (la peinture, la photographie) et touristique (Paris, ville lumière, la Normandie, le jardin de Giverny, ... ), sans oublier la nostalgie (?) des maisons closes. Décorateurs et costumiers ont dû se régaler. Le film de Klapish,  un peu trop fourre-tout et pas vraiment subtil, ne m'a pas emballée. Mais par temps de canicule, le salles de cinéma sont des havres de fraîcheur ! 


 

13 juillet 2025

La trilogie d'Oslo : Rêves

Rêves est le premier volet de la trilogie d'Oslo,  un projet ambitieux du cinéaste norvégien  Dag Johan Haugerud. Est-il assez convaincant pour me donner envie d'aller voir les deux autres volets ? Je n'en suis pas certaine. Certes il exprime avec une certaine justesse les émotions d'une adolescente, tombée amoureuse d'une de ses enseignantes, et leurs répercussion sur sa mère et sa grand-mère, féministes toutes les deux, mais pas de la même façon. Quatre portraits de femmes donc, à des âges différents de la vie, plutôt bien vus. Les attitudes, les sentiments, les dialogues, tout est bien observé et parfaitement rendu. Mais voilà, cela fait au final beaucoup de mots, beaucoup de phrases et il m'a toujours semblé que si le théâtre est bien le lieu de la parole, celui du cinéma est prioritairement celui de l'image et du mouvement. Oui, je suis un peu bornée sur sur ce point !  Ceci dit et malgré mes préjugés, Rêves est certainement un film passionnant pour qui s'intéresse à la psychologie des individus, des femmes en particulier et d'une certaine façon à l'évolution de la société. 


 

12 juillet 2025

Aharon Appelfeld, La Ligne

Depuis que le film La Chambre de Mariana est sorti, on parle beaucoup de cet écrivain né en Roumanie, en 1932, rescapé des camps, réfugié en Israël depuis 1946 et considéré comme un écrivain majeur de la Shoah. Histoire d'une vie, paru en français en 2004 était plus classiquement autobiographique que La Ligne, écrit en 1991 et publié en français en mars de cette année. Mais si La Ligne emprunte un peu plus au genre romanesque, puisque le narrateur est un homme qui refait inlassablement depuis des années le même circuit en train à la poursuite de l'homme responsable de la mort de ses parents, les éléments biographiques sont toujours là, en arrière-plan. . Les paysages défilent; les gares, les pensions où le narrateur revient toujours, les gens qu'il retrouve régulièrement au rythme des ses voyages soulignent le côté obsessionnel d'une mémoire qui ne parvient à oublier ni la permanence de l'antisémitisme, ni le renoncement au communisme. La Ligne ressemble à un récit de voyage, mais un voyage en boucle; ressemble aussi à un polar, puisqu'il s'agit de retrouver un assassin; mais c'est plus encore un texte qui, sous des dehors romanesque, pousse à réfléchir sur ce que signifie être juif, dans un siècle qui après tant de pogroms a connu la Shoah. 


 

11 juillet 2025

Le Jardin d'été

Le film de  Shinji Somai et Yozo Tanaka date de 1994. Je l'aurais su avant de voir le film, j'aurais peut-être été plus indulgente.  Mais dès les premières images j'ai été désagréablement surprise par la qualité de la pellicule, genre Kodachrome un peu trop saturé. De plus, si le point de départ - la curiosité des enfants vis à vis de la mort - était intéressant, et a conduit l'improbable trio à espionner un vieillard, puis se lier d'amitié avec lui jusqu'à en faire le meilleur compagnon de leur été, je me suis assez vite lassée d'un thème un peu trop rebattu (le vieillard et l'enfant), qui n'avait de neuf que d'être japonais. Mais ce qui m'a surtout gêné dans ce Jardin d'été, c'est le jeu des gamins, à commencer par un casting caricatural : petit avec des lunettes, obèse et juste normal souligné de surcroît par les surnoms dont ils écopent.  J'avoue avoir toujours un peu de mal avec les enfants-acteurs, mais ceux-là vraiment, m'ont rappelé ... La guerre des boutons (!) sans doute à cause du plu petit, véritable moulin à parole. Entre allergie épidermique et attendrissement, j'ai hélas penché du côté de l'agacement. 


10 juillet 2025

La soif du mal

Parmi les plaisirs de l'été, il y a les "reprises" de film un peu oubliés, ou de grands classiques qui n'étaient pas ressortis depuis longtemps. 

Fan inconditionnelle d'Orson Welles (à égalité avec Kübrick !), j'avais néanmoins achoppé sur La Soif du mal, vu plusieurs fois, mais qui m'avait paru trop confus pour être convaincant. La version proposée aujourd'hui est non seulement restaurée, mais modifiée pour correspondre non plus au projet mercantile des producteur, mais aux intentions de Welles.  Furieux des modifications apportées au montage par le studio, celui-ci avait rédigé une note de 58 pages pour préciser les changements à apporter. La version présentée actuellement tient compte de ce document et le résultat est époustouflant. J'ai enfin trouvé le film clair - bien que la complexité de l'intrigue demande toute l'attention du spectateur - et franchement éblouissant : la pertinence des mouvements de caméra, la perfection des cadrages, des gros plans qui enferment les personnages et font monter l'angoisse, l'alternance des scènes d'intérieures, et plus rares de scènes urbaines, avec un travail sur la lumière qui donne au noir et blanc toute sa force. Un film d'Orson Welles, c'est souvent un dilemme moral, mais c'est avant tout une aventure visuelle totalement maîtrisée, par le réalisateur et son équipe.  

S'il y a un film à ne pas manquer cet été, c'est bien celui-là. Mais attention, il n'y a pas tant de séances que cela.  Et c'est sur grand écran qu'il faut le voir, c'est dans les salles obscures qu'il éblouit. 

 


 

 

21 juin 2025

Soviet Jeans


Soviet jeans est une série assez drôle sur un sujet qui l'est nettement moins. En Lettonie, à la fin des années 70, encore sous contrôle soviétique, un jeune costumier récupère des jeans achetés aux touristes pour les revendre au marché noir. Inévitablement, il tombe amoureux de la jeune femme venue mettre en scène une pièce au théâtre de Riga; un jeune cadre ambitieux du KGB, par rivalité plus que par idéologie parvient à le faire arrêter et enfermer dans un hôpital psychiatrique où avec l'aide de ses compagnons d'infortune il va monter un business à grande échelle. Au nez et à la barbe de certains, mais avec la complicité de quelques autres. Système D et corruption. 

Huit épisodes, il n'en faut pas moins pour montrer la débrouillardise des uns, face à la stupidité des autres qui ont hélas à leur disposition tout un système oppressif et répressif: écoutes, filatures, menaces et pour finir enfermements psychiatrique, avec à la clé camisoles médicamenteuses et électrochocs. Mais le pire, c'est sans doute la méfiance de tous vis à vis de tous dans un système où tout le monde est espionné et tout le monde espionne, par contrainte et non par choix, car d'idéologie il n'est pas vraiment question. Mais de déviance politique et de déni démocratique, oui, tout à fait. 

On rit bien sûr dans cette série, un rire de soulagement, car la Lettonie c'est loin et 1979 c'est de l'histoire ancienne. Pourtant sommes nous tellement sûrs de notre démocratie, de notre liberté d'expression, de l'égalité de tous devant la loi etc. etc. ? 

En replay sur Arte.  

20 juin 2025

Enzo

Une belle villa avec piscine, une "villa de milliardaire", mais ce n'est pas la piscine d'Enzo, c'est la piscine de ses parents. Et bien que son père et sa mère soient très attentifs au malaise de leur gamin, Enzo ne trouve pas sa place dans cette famille marquée de tous les signes de la réussite. Alors il s'engage comme maçon et se confronte à un autre monde, plus simple, mais aussi plus brutal, plus précaire. Plus vrai peut-être, et plus ouvert sur le monde puisqu'il y côtoie des maçons ukrainiens qui ont fui la guerre. 

Le film que Laurent Cantet n'a pas pu réaliser et dont son co-scénariste, Robin Compillo a pris en charge le tournage, témoigne du regard aiguisé que les deux cinéastes portent sur la société, sans se laisser enfermer dans des clichés pourtant très à la mode sur le mal-être des transfuges de classe. Enzo est bien un transfuge, mais un transfuge à rebours puisqu'il récuse le milieu "bourgeois" de sa famille et choisit, contre l'avis même de ses parents, de renoncer à une trajectoire pourtant à sa portée, pour se rapprocher des classes dites populaires. 

La réflexion sociale, se double pour Enzo, d'une réflexion sur l'identité sexuelle, une deuxième thématique qui n'était peut-être pas indispensable, mais qui contribue à complexifier le personnage et à montrer que le passage à l'âge adulte, est pour certains adolescents, une vraie remise en question de leurs valeurs, sexuelles, sociales, politiques. Une vraie mise à l'épreuve, particulièrement chaotique dans le cas d'Enzo.


19 juin 2025

Akira Yoshimura, Le Convoi de l'eau

 


 Ce n'est pas une nouveauté. Et l'auteur, Akira Yoshimura n'est pas un inconnu du moins au Japon. Publié en 1976, le livre n'a été traduit en français qu'en 2009. 

C'est une histoire étrange  ou du moins inhabituelle autour du chantier de construction d'un barrage dans une vallée reculée et difficilement accessible, au milieu des montagnes. Un village existe pourtant ou des paysans vivent là depuis toujours, indifférents aux transformations que leur environnement est en train de subir.  

Le convoi de l'eau est un roman à la fois très réaliste - le chantier - et quasiment ethnologique - le village et ses habitants que le narrateur, ouvrier sur le chanter, observe intensément. Il ne s'agit pas vraiment d'une confrontation, tout au plus d'une juxtaposition de deux mondes antinomiques. Celui de la tradition, imperturbable et celui de la modernité, souvent destructrice au nom même du progrès. De quoi, dans un premier temps, intriguer le lecteur avant de le faire réfléchir.